G no Reconguista

Quand une franchise de SF dépasse les  30 ans de bouteille, c’est rarement sans accrocs, et si elle aura pu avoir ses moments de gloire, d’autres s’apparenteront plutôt à de bons gros epic fails. Gundam n’échappe bien entendu pas à la règle, car elle en aura connu, des hauts et des bas, cette franchise; parfois au sein d’une même série d’ailleurs (je pense notamment à ZZ-Gundam, dont le début racle les fonds de chiottes pour se terminer de manière correcte, ou à Gundam Seed, qui, si elle ne sombre jamais vraiment, part néanmoins en vrille après l’épisode 30). Cependant, celle dont il sera question aujourd’hui est l’une des plus équilibrées et des plus régulières de toute l’histoire de Gundam; parce que c’est de la merde de bout en bout.

Plusieurs siècles après une guerre particulièrement dévastatrice, le monde s’est reconstruit sous la tutelle d’une puissante entité religieuse (SU-Cord) qui régule les avancées technologiques (notamment les Mobile Suits, mechas habituels de la saga) et l’accès aux ressources énergétiques. Bellri, étudiant-pilote de la Capital-Tower (qui sert à la fois de centre de commandement et d’ascenseur orbital aux SU-Cordistes), capture un modèle de MS inconnu piloté par une jeune pirate, Aida, qui ne le laisse pas indifférent. Parvenant à s’échapper, cette dernière rejoint son vaisseau, le Megafauna, accompagnée d’un Bellri curieux de découvrir le monde et maintenant pilote attitré du mystérieux MS, le G-Self, avec lequel il semble avoir une affinité particulière. Commence alors pour Bellri un voyage initiatique qui le mènera dans un espace divisé entre différentes factions dont certaines, hostiles, envisagent de reconquérir la Terre. Le pitch a l’air cool, hein, lu comme ça. Maintenant, vous pouvez tranquillement vous torcher avec, parce que c’est Tomino qui est aux commandes.

Tomino, c’est en quelque sorte le papa de la franchise, celui sans qui le Gundam de 1979 n’aurait probablement jamais existé. Mais c’est aussi une personnalité… disons particulière. Resté bloqué dans les années 80, il nous livre ici un anime « à l’ancienne », donc avec une animation traditionnelle (le bon point de la série, parce que ça tranche pas mal avec la CG à laquelle on est désormais habitué et donne une relative identité au titre)… et une construction visuelle archaïque. Mais s’il n’y avait que ça, ce ne serait pas un problème. Le problème, c’est l’écriture.

Que c’est mauvais. Mauvais à un point qu’il est difficile d’imaginer. La narration n’a aucun sens, l’histoire est inutilement compliquée (« compliquée » et non « complexe », car elle est au fond assez simple, elle est juste présentée d’une manière totalement alambiquée qui la rend incompréhensible au commun des mortels; ceux qui n’auront pas pris de le temps de remettre un peu d’ordre la dedans, s’entend), les personnages ressemblent plus à des fonctions qu’à des personnages dotés d’une personnalité propre et surtout, surtout, les dialogues sont écrits avec le cul: en général des monologues simultanés quand il ne s’agit pas purement et simplement… d’un monologue solitaire dans les chiottes (je ne déconne même pas). Si on ajoute à ça l’humour, disons spécial, de Tomino (je ne suis même pas sûr qu’un gosse des années 70 aurait esquissé un sourire), ça donne des situations totalement aberrantes, à mi-chemin entre Eugène Ionesco, Jean-Marie Bigard et Pas de Pitié pour les Croissants. Au point que l’adaptation en français a été, de l’aveu même d’un des traducteurs, un calvaire.

De plus, si on excepte l’aspect « visuel » (mecha-design, animation traditionnelle…), bin cette série n’a vraiment rien pour elle. Elle n’a rien à apporter, pas plus au monde de la SF qu’à celui de l’animation: tout ce qui y est traité est du vu et revu, en plus mauvais. Par exemple, la théocratie; c’est un thème récurrent en SF, qui a été traité de diverses manières et avec plus ou moins de bonheur (le « plus » étant probablement L’Empereur-Dieu de Dune de Frank Herbert, mais trêve de hors-sujet); ici, elle est réduite à la simple phrase: « le monde est dominé par le clergé SU-Cordiste ». On nous le dit, on nous le rappelle verbalement, on nous le répète au bout de quelques épisodes pour que ça rentre… et dans les faits? Qui sont les SU-Cordistes? Des fonctionnaires lambda ensoutanés: le sacré, le mystique, le symbole, le dogme… tout cela n’existe pas dans GnR. Comment dès lors peut-on y croire? S’il s’était agi de montrer un clergé bureaucrate et/ou corrompu, qui ne croit pas ou qu’à peine formellement en ses propres principes religieux, j’aurais pu le comprendre, mais ce ne semble même pas être le cas. Quelque part, la Guilde de Last Exile remplit beaucoup mieux le rôle de régent sacré du monde que le clergé SU-Cordiste, alors que ce n’est même pas à proprement parler une instance religieuse. Tomino a tout simplement oublié la règle n°1 des arts visuels: au lieu de dire quelque chose, mieux vaut le montrer.

GnR a commencé sa diffusion presque vingt ans après Evangelion, près de quinze ans après RahXephon et Last Exile, et pas loin de dix ans après Eureka seveN. Turn A Gundam, le précédent Gundam sur lequel avait travaillé Tomino en 1999, abordait déjà la plupart des thèmes traités ici, en mieux (à part le SU-Cordisme, mais pour ce que ça apporte…). Cette série a, au mieux, vingt ans de retard. Et quand je dis ça, je ne suis même pas certain qu’elle aurait été bien accueillie à l’époque tellement elle est mal écrite. Elle a même réussi à entrer sans forcer dans le top 3 des séries les plus ratées de la franchise; bon, Gundam Seed Destiny conserve néanmoins toujours une confortable avance, mais c’est malgré tout un sacré tour de force.

Surtout, elle pose, par son échec artistique, une question fondamentale pour l’avenir de la franchise: si, même en revenant à ses fondamentaux (animation traditionnelle, design pas trop flashy ou surchargé, Tomino aux commandes), une série Gundam échoue à être intéressante, comment (et pourquoi) faire perdurer l’existence de cette franchise?

Jusqu’à aujourd’hui, la Sunrise a continué à développer l’Universal Century avec des cycles d’OVA sur diverses périodes, comme elle le fait depuis les années 1980 (ce qui nous donne des titres comme l’inégal Gundam UC, le récent Gundam – The Origin ou le futur Gundam Thunderbolt). Elle a continué en parallèle à développer des univers alternatifs, comme le tout récent « Post Disaster » de Gundam Iron-blooded Orphans (disponible gratuitement et légalement sur Daisuki, profitez-en), malgré l’échec cuisant qu’a été Gundam AGE il y a quelques années. Mais elle a, surtout, commencé à générer des productions mettant en abyme la franchise, et c’est peut-être là son avenir. Et c’est de l’une d’elles dont il sera question demain.

Au revoir; à bientôt.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Mikaya dit :

    … j’ai pas encore finit mais moi j’aime bien GnR… oui alors je sais déjà ce que tu vas dire « j’ai des gouts de chiotte finit à la pisse »… Mais euuuuuh… J’aime bien Bellri et… bon ok, à l’épisode 13 j’arrive toujours pas vraiment à comprendre ou ca va, pourquoi ça y va et comment ça se fait qu’ils font ça…
    genre, on essai de partir dans l’espace, on revient en fait, et pis on met un gros robot factice pour … comme ça… et pis et pis.. Les méchants deviennent gentils on sait pas pourquoi et le gentil il suit les méchants on sait toujours pas pourquoi…
    En fait j’aime bien sans plus, mais je sais toujours pas pourquoi non plus XD

    J'aime

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