Terminator Genisys

Née d’un rêve enfiévré de James Cameron alors qu’il était cloué au lit avec une bonne grippe, la figure du squelette robotique du T800 est devenue iconique avec le succès planétaire de Terminator en 1984, puis de Terminator 2: Judgment Day en 1991. Puis suivirent deux bouses en 2003 et 2009 au cinéma (ainsi qu’une série TV très inégale, diffusée en 2008 et 2009, nettement meilleure que ces deux films même si ce n’était pas encore ça). Terminator 3: Rise of the Machines est… une parodie de Terminator? Parce qu’elle est un peu à la franchise ce que Scary Movie est à Scream ou Hot Shots à Top Gun, vu que l’écriture a apparemment été confiée à l’équipe des Grosses Têtes; en plus, le film souffre du syndrome Clone Wars (le film, pas la série): il n’y a que la fin qui vaille le coup d’être vue (le soulèvement des machines qui justifie le titre, en fait). Quant-à Terminator Salvation… à part les T600 et les Hunters-Killers, rien ne permet de la rattacher visuellement à la franchise, que ce soient les machines (plus proches des Transformers de Michael Bay, voire des Matrix que des images du futur de Kyle Reese dans le premier), les armes (des fusils d’assaut? Sérieusement? Ils sont où les plasma-guns?) ou les décors (plus proches de Mad Max 2 que des souvenirs de Kyle Reese). Et puis, le jeu des acteurs et plus globalement le casting n’aident clairement pas (comme les multiples incohérences du scénario): Sam Worthington joue Sam Worthington (il ne semble pas savoir jouer autre chose), Christian Bale… ne joue pas (comme d’hab’) et les autres personnages sont totalement interchangeables avec les archétypes habituels des films catastrophe/invasion « où-que-l’armée-des-USA-elle-est-trop-forte ». Bref, un film qui était une parodie involontaire de Terminator et un film qui était hors sujet. Autant dire que Genisys était attendu au tournant. Bilan?

N. B.: je ne vais pas me gêner pour spoiler, je préfère prévenir.

Le film s’ouvre sur une séquence du futur de 2029 où on peut voir John Connor s’emparer de la base principale de Skynet en compagnie de son fidèle lieutenant Kyle Reese; après la défaite des machines, Kyle est renvoyé dans le passé pour protéger Sarah Connor, mais les choses ne se passent pas comme prévu: John est en effet attaqué à ce même instant par le onzième Docteur (ce qui explique la présence d’une machine temporelle) et Kyle atterrit dans un passé largement modifié. Accueilli par un T1000, il est sauvé in extremis par Sarah Connor et un T800 reprogrammé. Mais si le passé  a changé, alors le futur également: ce n’est donc pas en 1997 que Skynet sera lancé, mais en 2017, époque à laquelle vont devoir voyager les deux jeunes gens pour l’empêcher de nuire… et où ils retrouvent un John Connor cybernétisé et passé à l’ennemi.

Bon, déjà, le premier point qui coince: C’EST QUOI CE CASTING DE MERDE? Autant les machines sont bien castées (Lee Byung-hun est une bonne alternative à Robert Patrick et même si l’intérêt de faire apparaître Skynet sous forme anthropomorphe est discutable, Matt Smith le joue plutôt bien), autant les humains (ceux qui le sont au début de l’histoire, s’entend)… bin c’est quand même un peu de la merde: Jai Courtney est inexpressif au possible, Emilia Clarke est la plus mauvaise des trois incarnations adultes de Sarah Connor jusqu’ici (je retire tout le mal que j’ai pu dire de Lena Headey) et Jason Clarke est… nul; je n’arrive pas bien à déterminer si c’est à cause de son jeu ou de son physique, mais il n’est jamais crédible, que ce soit en tant que chef de la Résistance ou en tant que T3000. Et puis, ça servait à quoi de prendre J. K. Simmons si c’était pour le confiner à un rôle de comic relief?

Le deuxième point qui coince, c’est le rythme du film. Non content de souffrir de longueurs, il est nettement tranché en deux parties, ce qui lui donne un rythme bâtard. La première était a priori nécessaire pour justifier le côté « reboot »: le monde a changé et ce qui était un futur factuellement crédible en 1984 ne l’est plus exactement en 2015 (ce qu’avait tenté maladroitement de faire T3 avec son Skynet connecté); donc revoir les séquences iconiques des 2 premiers épisodes en les modifiant pour créer une sorte de nouveau canon n’était pas idiot. Ce qui l’était, en revanche, c’était de passer autant de temps dessus. En faire une intro du film d’une dizaine de minutes en lieu et place du combat dans le futur (et faire de ce dernier passage un flashback un flashforward arrivant après) aurait été à mon sens plus constructif. Et aurait permis de se concentrer sur la seconde partie du film, a priori essentielle mais totalement rushée et décrédibilisée dès le départ puisque ne trouvant aucune justification logique. Il est d’ailleurs significatif que le réalisateur lui-même ait admis ne pas comprendre où il allait. Pourquoi voyager dans le temps, alors qu’il suffisait d’attendre? Pourquoi le T800, qui insiste pourtant lourdement pour que Kyle & Sarah « s’accouplent » (sic), les laisse-t-il partir vers 2017 avant d’avoir enfanté John Connor?

Le troisième point qui coince, c’est le fan-service. Je n’ai pas grand-chose contre quand il est justifié ou correctement dosé, mais là… bin c’est un peu tout le film qui est une suite de fan-service. La première partie insiste si lourdement dans le « remake » des séquences des deux premiers que c’en devient chiant et la deuxième… bon, je ne vais pas être trop violent avec cette dernière, vu qu’elle refait, en gros, T3 en mieux, mais il n’empêche qu’il n’était clairement pas indispensable de reprendre l’idée (mauvaise) de Sarah Connor Chronicles du voyage vers le futur pour poper à poil sur une autoroute. Et puis merde… était-il nécessaire de caser autant de Terminators différents dans un seul film? Le « papy » T800, celui qui est envoyé pour tuer Sarah en 1984, le T1000, le T3000, le T5000… ça fait plus de modèles différents que dans Terminator Salvation. Et beaucoup trop pour pouvoir iconiser les nouveaux.

Pour autant, tout n’est pas à jeter dans ce film. Si on met de côté le casting et le jeu d’acteur des personnages humains, il respecte à peu près l’esprit de la franchise (au moins visuellement) et s’engage sur des idées pas inintéressantes du tout (comme le fait d’avoir un John Connor outil de Skynet, ce qui était d’ailleurs une idée qui trottait dans la tête de James Cameron, ou la « modernisation » indispensable de Skynet en IA à échelle planétaire sous la forme de Genisys)… mais il ne les développe pas. Terminator: Genisys appelle ouvertement une suite et il est significatif qu’il s’agisse du seul épisode de la franchise où le T800 principal (ou assimilé) survit à la fin. Aussi faut-il, je le crains, se contenter de le prendre pour ce qu’il est: une (trop) longue introduction en forme de reboot pour une histoire dont on attend encore de voir ce qu’elle peut donner. Toutefois, j’ai bien conscience que si je me montre indulgent et ne déteste pas ce film, c’est uniquement pour ce qu’il promet par la suite plus que pour ses qualités intrinsèques, et les critiques acerbes dont il a fait l’objet par ailleurs sont totalement justifiées.

Après, même si ce n’est pas la panacée, on est quand même très au-dessus des épisodes 3 et 4, et pour reprendre l’expression de Benzaie, « c’est un peu la vraie suite médiocre qu’on aurait préféré détester en 2003, plutôt que de s’arracher les yeux ». Mais bien qu’on revienne de loin, c’est un peu désolant de se dire que le qualificatif le plus positif que l’on puisse attribuer au dernier épisode d’une franchise incontournable de la SF des années 80 & 90 est juste « bof ».

Au revoir; à bientôt.

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