Jurassic World

Bon bon bon. Jurassic Park, c’est un peu la madeleine cinématographique ultime, en ce qui me concerne (ça et Terminator; et Starwars; et puis Alien; et puis… merde). C’est un film que j’ai vu un paquet de fois (presque autant que Blade Runner et L’Empire Contre-attaque), donc autant dire que je l’attendais impatiemment, cette suite qui devait laver l’affront qu’avaient été les épisodes 2 (sérieusement? Une gymnaste qui fait des barres asymétriques pour tuer un raptor???) et 3 (sérieusement? C’est vraiment TOUT ce que vous avez réussi à faire avec Sam Neill et William H. Macy dans le casting???).

Le film met en scène une famille américaine lambda en phase de divorce qui envoie ses gosses au loin, dans le parc animalier géré par leur tante. Le Jurassic World a donné vie au rêve de John Hammond et marche plutôt pas mal; sauf que l’effet « wow » (sic) est un peu passé et que du coup, bah faut créer du nouveau dino; et c’est ainsi qu’a été créé l’Indominus Rex, très gros prédateur suffisamment dangereux pour qu’on le tienne, encore, à l’écart du public le temps de trouver une solution pour l’exhiber sans trop de risque. Sauf que tout ne se passe évidemment pas comme prévu et que la bestiole s’échappe pour se mettre à tuer des gens (et d’autres dinos).

N. B.: à partir de là, il va y avoir du spoil. Et du grand n’importe quoi, vu que c’est ce que propose le film.

Bon, déjà, le pitch en soi est un problème: il n’y a juste aucune putain d’idée. En fait, ce n’est même pas vraiment une suite de Jurassic Park, c’est un remake déguisé, avec des poncifs à la con en guise de postiches: la famille en difficulté qui se reforme et se consolide face à l’adversité, la méchante armée qui vient foutre sa zone pour transformer des animaux en arme, les scientifiques & affairistes qui font n’importe quoi avec la nature pour faire du fric avant qu’elle ne se retourne contre eux, le gentil badass rebelle au coeur d’or qui va faire ce qu’il peut pour sauver la mise à ce beau petit monde, ce n’est même plus du vu et revu, c’est de la morale hollywoodienne archaïque. Morale qu’on retrouvait certes également dans le premier épisode, mais c’était traité de manière beaucoup moins balourde (en fait, en qualité de traitement des valeurs états-uniennes, on est vraiment très, très proche des épisodes 2 & 3).

Après, on pourra dire que le film a le mérite de montrer le parc en fonctionnement. Et c’est vrai qu’il fait envie, ce parc… sauf que toute personne ayant jamais mis les pieds dans un zoo ne peut pas y croire une seule seconde. Je veux bien admettre les mini-dinos qui servent de poney (c’est peut-être la meilleure idée du parc, IMHO), mais le coup des gyrosphères qui se déplacent librement dans les enclos de gros herbivores ou le canoé parmi les sauropodes sans la moindre protection… juste non. Quand on voit les précautions prises dans les parcs zoologiques actuels qui galèrent à accueillir des éléphants ou des hippopotames, il est inconcevable qu’on puisse faire preuve d’une telle désinvolture avec des animaux beaucoup plus gros et dangereux. Pour autant, comme je le disais plus haut, il faut bien reconnaître qu’il fait rêver, ce parc, et il est très dommage que ces considérations viennent un peu gâcher le truc.

L’autre gâchis, beaucoup plus grossier, c’est l’Indominus. Cette bête n’a aucun sens. Je veux dire, créer un maxi-dino imaginaire pour satisfaire le public, ok, on peut trouver une certaine logique là-dedans (je suppose). Mais dans ce cas… pourquoi lui coller des gènes de raptor, le seul dino qu’on ne peut pas montrer au public? Pourquoi lui donner des capacités de caméléon, si le but est de le MONTRER, du latin monstrare et dont le Larousse nous donne comme définition « faire voir quelque chose à quelqu’un, lui mettre sous les yeux« ? Pourquoi la rendre aussi « intelligente » alors que les autres dinos « intelligents » du parc (les raptors) sont aussi les plus incontrôlables (c’est d’ailleurs un des gimmicks de la série)?

Un peu plus tard, on apprend qu’il est le fruit d’une magouille entre l’armée (qui veut une arme biologique) et le Dr Wu du premier épisode… et c’est juste complètement con. J’ai le sentiment que c’était d’une certaine manière pour faire « comme dans Aliens » car le réalisateur semble beaucoup aimer ce film (cf la séquence où les agents de la sécurité du parc se font bouffer les uns après les autres pendant que le spectateur voit les images de leurs « caméras embarquées » en salle de contrôle). Sauf que là… bin c’est juste un gros dino; c’est quand même potentiellement moins efficace qu’un xénomorphe au sang acide, capable de s’infiltrer dans une structure par des passages étroits et de survivre sans oxygène. Je vois très mal comment on peut décemment imaginer utiliser une bête de quinze mètres de haut dans une opération militaire à notre époque, même avec ses capacités de caméléon. Et puis, il est quand même très survendu, cet Indominus: on nous le présente comme un monstre intelligent capable de se jouer des humains avant de les bouffer… mais ce n’est pas tant lui qui est intelligent que les humains de ce film qui sont complètement stupides, alignant les décisions absurdes et les comportements idiots.

Je me demande d’ailleurs ce qui a pu passer par la tête du staff en charge du scénario et de l’écriture en général, car certains trucs sont juste aberrants (au niveau des productions The Asylum; en moins drôle), comme la directrice en talons hauts qui distance le T. Rex à la fin, par exemple… ou le dernier combat de l’Indominus, absolument pathétique et dont l’aboutissement fait penser à un mauvais Disney. De fait, à l’exception de quelques plans intéressants (dépourvus de dialogues, que c’est étrange), le film est un ratage complet, incapable d’arriver à la cheville de son prédécesseur (le premier Jurassic Park, puisque la production a choisi d’ignorer les deux autres)… qu’il passe cependant son temps à référencer. Parce que oui, le fan-service dans ce film est une plaie. Acceptable et même agréable dans un premier temps, il devient vite extrêmement lourdingue et même pénible alors que le film avance dans le temps.

Donc non, ce Jurassic World ne parvient pas à redresser la barre et s’avère très comparable, en termes de qualité, aux épisodes 2 & 3 (jusque sur le plan technique, parce qu’il faudrait quand même être de très mauvaise foi pour y voir de grosses améliorations en termes d’effets spéciaux; et ce alors que près de quinze ans se sont écoulés depuis Jurassic Park 3). Paradoxalement, l’aspect le plus intéressant du film est sa mise en abyme: l’effet « wow », la surenchère pour se maintenir au niveau des attentes du public en termes de tape à l’oeil, c’est un peu l’histoire de la franchise depuis le deuxième épisode (un T. Rex solitaire dans la jungle ne suffit plus? Mettez-en deux et faites-en courir un dans les rues de San Diego), et Jurassic World l’exprime autant verbalement que factuellement; à vouloir faire du « wow », on finit par faire n’importe quoi. Son succès en salles devrait néanmoins assurer à la franchise une certaine pérennité, et il faut juste espérer que le prochain épisode fera quand même mieux que ce truc.

Au revoir; à bientôt.

Publicités

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Abienesst dit :

    Ma plus grosse déception ciné de cette année

    À se demander si les scénaristes avaient fumé au moment de l écriture du scenar, ou s ils ont été recrutés à la crèche…

    Et j ai jamais autant enchaîné les facepalm en si peu de temps

    J'aime

  2. tommyloser dit :

    Si ça peut te rassurer, Pixels était encore plus pénible à regarder. Tu auras au moins échappé à ça. 😉

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s