The Legend of Zelda – A Link to the Past

Plus de vingt ans après sa publication au Japon, Soleil-Manga vient de nous publier dans une belle édition reliée le manga qui avait été commandé en 1992 par le magazine américain Nintendo Power au célèbre Shotarô Ishinomori, un ancien disciple d’Osamu Tezuka à qui on doit, entre autres, Cyborg 009 et Kamen Rider. Une pointure, quoi. Il s’agit donc d’un manga publié d’abord aux USA avant d’être édité au Japon, et par conséquent publié en sens de lecture « occidental » dans sa version originale (sens qui a été conservé dans la présente édition) et en couleur (ce qui a également été conservé pour la VF).

L’histoire, tout le monde la connaît ou peu s’en faut: un garçon prénommé Link se réveille en pleine nuit suite aux appels oniriques désespérés de la princesse Zelda, emprisonnée dans son propre palais avec d’autres jeunes filles par le sorcier Agahnim en vue d’un futur rituel. En bon héros médiévalisant du début des années 90, Link va donc devoir libérer sa princesse; et accessoirement accomplir moult quêtes, visiter des donjons à énigmes, ramasser une pelle d’objets… Ah pardon, pas ici.

Parce que si le manga suit globalement le déroulement de l’histoire du jeu (pas dur, vu qu’elle tient sur un post-it), l’auteur a fait le choix de nous épargner la plupart des visites de donjons, celles qui restent étant souvent réduites à une poignée de combats, voire à un simple boss-fight. Et c’est cool parce qu’il évite du coup un gros écueil des adaptations de jeux vidéo: beaucoup trop coller à une narration d’oeuvre interactive sur un support qui ne l’est pas (c’était un peu le problème de Silent Hill le film, d’ailleurs).

Par contre, là où le bât blesse un peu… c’est sur le dessin des personnages. J’ai un profond respect pour Shotarô Ishinomori et son oeuvre dans son ensemble. Son Kamen Rider, publié chez Isan Manga, est magistral et Cyborg 009, publié chez Glénat, demeure une référence de la SF de son époque. Mais là, c’est un peu problématique. Bien que le dessin soit loin d’être mauvais (c’est juste vieillot, mais quand on aime la patte vintage de l’auteur…), on peine néanmoins réellement à reconnaître les personnages, plus proches de Kitaro le Repoussant (que je conseille soit dit en passant, comme l’ensemble de la bibliographie de Shigeru Mizuki; surtout son Hitler) que de ceux qu’on pouvait rencontrer dans les illustrations officielles des manuels des jeux Zelda de l’époque. De plus, si l’ajout de personnages pour interagir avec Link était a priori indispensable pour étoffer un peu le personnage (encore qu’il existe d’excellents manga où les dialogues sont réduits à la portion congrue), Roam (allusion manifeste au personnage de Jet Link dans Cyborg 009) était franchement dispensable.

Ceci étant dit, force est de reconnaître que l’auteur s’est totalement réapproprié l’oeuvre et que, plus qu’une adaptation, c’est une nouvelle version de l’histoire du troisième Zelda qui nous est ici livrée. Le ton y est globalement beaucoup plus burlesque, accentuant le côté absurde de certaines situations, et, a contrario, sa fin revêt un aspect assez mélancolique. Cette dernière est d’ailleurs le gros point fort du manga, s’affranchissant des limites imposées par le jeu et nuançant grandement le happy end de ce dernier, lui imposant une tonalité empreinte d’une certaine tristesse.

Alors, ce Zelda vaut-il le coup? Oui, à la double condition de ne pas s’attendre à un manga aux standards graphiques actuels (doux euphémisme) et d’accepter qu’une oeuvre puisse s’affranchir quelque peu de celle qu’elle adapte. L’édition proposée par Soleil-Manga, assez luxueuse, est de plus de bonne facture et la traduction (signée Florent Gorges) ne donne pas envie de se crever les yeux comme celle de Castlevania (où, de mémoire, le mot « comte » n’est jamais orthographié correctement). Bref, si en cette sinistre fin d’année vous êtes frappé de nostalgite aigüe, c’est une lecture agréable.

Au revoir; à bientôt.

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