Nozokiana

Demain, c’est Noël, donc ce post sera bien évidemment le dernier du calendrier de l’Avent. Et puisque Noël est une fête chrétienne (certes d’origine païenne, mais les chrétiens des premiers siècles étaient très forts pour adapter les rites des religions qu’ils combattaient à leur propre sauce), et que le christianisme, au même titre que les autres religions abrahamiques, est porteur de nombreuses valeurs, comme la chasteté et la pudeur, il me semblait nécessaire de parler d’une oeuvre… qui adresse un joli doigt d’honneur au puritanisme. Bref, parlons d’une histoire de fesses.

Nozokiana met en scène un étudiant débarquant à Tokyo, Tatsuhiko Kido, qui emménage dans un petit studio meublé, pas trop cher, bien situé, prix du loyer à débattre, mais avec des cloisons dans un état déplorable; il y a même un trou dans le mur mitoyen du logement d’à côté à travers lequel… OH WOW! La voisine de Tatsuhiko n’est autre qu’Emiru Ikuno, une timide et jolie collègue de la fac aux tendances exhibitionnistes et voyeuses cachées, qui propose alors à Kido de s’épier mutuellement. Marrant, ça commence comme un scénario de pr0n gonzo.

Et il faut bien reconnaître qu’il y a un peu de ça: quand un manga parle de sexualité, c’est un peu logique de s’attendre à en voir (surtout avec un personnage comme Emiru en figure centrale); ce qui peut faire la différence avec une production Dorcel, c’est la manière dont la chose est traitée. Or, justement, on en est très éloigné, puisque la sexualité y est avant tout abordée comme une forme de rapport humain, et non comme une simple  exhibition masturbatoire, une forme d’intimité rompue, symbolisée par ce trou dans le mur par lequel Kido et Emiru s’épient, voire se surveillent, mutuellement. Ces personnages sont d’ailleurs dotés de personnalités… très humaines, en fait. Ni particulièrement glorieuses, ni particulièrement misérables, et encore moins réduites au stéréotype de leur apparence ou de leur comportement.

Kido, brave provincial débarquant à la capitale, est relativement naïf, mais ni prude, ni stupide et pas plus pervers que la moyenne de l’humanité masculine (donc pas mal, en fait). En dépit de la présence d’Emiru, il tente de mener avec ses petites amies successives une relation sans histoire (autant que possible), construite sur une fidélité réciproque et une relative sincérité (autant que possible), et donc en essayant d’en éloigner sa voisine (autant que possible). Las, vous vous en doutez, tout ne se passe pas comme Kido l’espère… mais Emiru n’est pas nécessairement responsable des problèmes qu’il rencontre: il a beau être sentimental, il est loin d’être irréprochable, et ses petites amies successives non plus.

Emiru elle-même n’est évidemment pas un vulgaire stéréotype de perverse se dissimulant sous une apparente timidité: elle a ses propres problèmes à régler (avec des hommes un peu ou beaucoup trop entreprenants, par exemple), ses propres aspirations et ses propres blessures. Surtout, ses sentiments et intentions réels demeurent sujets à caution jusqu’au dernier volume: il lui faut d’abord, avant de s’engager dans une relation sérieuse avec qui que ce soit, régler ses comptes avec son passé.

En un sens, Nozokiana est la transposition en manga ecchi avec des adultes des principes de base d’un coming of age movie, car il raconte avec empathie le passage de l’adulescence à la maturité, un peu à la manière d’Asatte Dance, avec lequel il partage d’ailleurs beaucoup (tout en étant tout de même moins porté sur les jeux de jambes en l’air que ce dernier). Au delà de l’érotisme qui se dégage de ces pages, Emiru et Kido se cherchent, se repoussent, se haïssent parfois, et leurs rapports affectifs et conflictuels façonnent autant de marches qui les mènent vers… eh, je ne vais pas tout vous raconter, non plus.

Nozokiana est une belle histoire, pas à mettre devant tous les yeux, ceci dit, bien qu’on ait déjà eu droit à beaucoup plus hardcore (Kurokawa le vend comme un manga déconseillé aux moins de 16 ans), et le treizième volume, paru en septembre dernier, y a apporté sa conclusion. A noter qu’il existe une version animée (qui ne lui rend pas vraiment honneur, d’autant que je crois qu’il n’y a eu qu’un seul épisode jusqu’ici) et une version live (que je n’ai pas vu, mais qui a l’air plutôt cool); oh, et il y a aussi un spin-off, Nozo x Kimi (que je n’ai pas lu), sorti depuis peu en Allemagne sous le titre Nozomi & Kimio (chez Kazé).

Au revoir; à bientôt; et joyeux réveillon.

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