Deffence et illustration de la langue françoyse

Depuis quelques jours, la France semble découvrir une réforme de la langue dont le début du processus remonte à 1990, soit il y a plus de 25 ans (ce qui en dit assez long sur la réactivité de notre opinion publique, mais passons). Il est de bon ton de condamner la progressive disparition du « ph » et de l’accent circonflexe, et de s’indigner devant cette inqualifiable acculturation de la langue de Molière… quand bien même les premiers à condamner s’exprimeraient-ils eux-mêmes parfois dans un français approximatif, à l’orthographe chancelante accompagnée de quelques difficultés avec les accords ou la syntaxe, quand ils n’emploient pas des termes sans en connaître réellement le sens (ce qui, admettons-le, rend la chose assez savoureuse).

Mais, face à cette levée de boucliers littéraires, il s’est trouvé quelques voix pour défendre ladite réforme, autour de trois axes principaux:

1/ il y a une certaine mauvaise foi chez les détracteurs de la réforme dans le sens où de nombreux exemples sur lesquels ils s’appuient sont en réalité faux

2/ le français est une langue vivante, normal qu’il évolue au fil du temps

3/ ce n’est pas la première fois que la langue française est modifiée de la sorte et c’est une tradition parfois plus ancienne que l’orthographe-même des mots que nous utilisons.

Bref, les détracteurs de la réforme orthographique seraient de mauvaise foi (sans blague…) et, pire: « s’opposer à la réforme de l’orthographe, c’est mutiler la France » ; rien que ça; wow.

Bon, essayons de raison garder et de prendre le temps de regarder de plus près ce triple argumentaire. Passons rapidement sur le premier qui est le plus valide: « sûr » ne verra pas disparaître son accent et de toute façon, les différentes orthographes, ancienne et nouvelle, demeurent acceptées jusqu’à nouvel ordre. Le deuxième est également juste, mais il coince déjà un peu plus, à cause du troisième: le français est effectivement une langue vivante…

ALORS POURQUOI CE SONT DES MOMIES COUPÉES DU QUOTIDIEN DE LA GRANDE MAJORITÉ DES FRANÇAIS QUI SE CHARGENT DE DÉCIDER POUR LES AUTRES DE CE QUI DOIT ÊTRE L’USAGE DE LEUR PROPRE LANGUE BORDEL?

Parce que « c’est la tradition » ? Ben désolé, l’argument ne tient pas: déjà ce n’est une tradition que depuis Louis XIII (on pourrait donc contre-argumenter en disant que supprimer l’Académie Française serait juste revenir à une tradition antérieure), et puis des traditions qu’on a abandonné, il y en a eu un paquet (à commencer par celle d’être gouverné par un monarque de droit divin, déjà).

Changer l’orthographe du mot « oignon » pour qu’elle devienne plus naturelle, pourquoi pas? Mais « ognon » est tout sauf naturel; la logique aurait voulu qu’on adopte l’usage « incorrect » le plus courant, en l’occurrence la forme anglicisée « onion » qu’on trouve assez régulièrement. Et ce n’est pas le cas.

Le problème essentiel de cette réforme tient finalement moins à ses intentions ou même à son contenu qu’aux principes qui ont régi son élaboration: une poignée d’intellectuels parisianocentrés (j’aime les néologismes; vous voyez qu’on peut enrichir une langue sans passer par l’Académie Française) qui décident pour l’ensemble d’un pays quels doivent être son parler et son écrit, sans tenir compte des usages réels. Or, c’est précisément ça, une langue vivante: des usages réels, quotidiens.

Après, cette réforme changera-t-elle quelque chose? Probablement pas (ça fait 25 ans qu’on est au courant, en même temps, ça laissait le temps de se préparer). À part pour les profs de français les plus appliqués, ceux qui soulignent systématiquement en rouge chaque « faute » (mais bon, vu que les consignes de la dernière décennie tenaient plutôt du « ah mais OSEF de l’orthographe tant qu’on comprend lol » qu’autre chose…), et qui du coup vont devoir vérifier dans le dictionnaire si on a le droit d’écrire « le prof de filo est un enculé » au compas sur la table. Bref, un pétard mouillé.

La remplacement progressif du « ph » par le « f » dans certains mots vous choque parce que vous estimez que c’est une insulte à la langue grecque dont nous avons vaguement hérité ce graphème par le truchement des latinistes? Dites-vous bien que les Grecs de notre époque ont beaucoup moins de scrupules à changer nos « f » en « φ » que vous n’en avez à faire l’inverse (et les Italiens le font depuis un bon moment déjà, sans qu’aucune équivoque ne soit jamais née sur le sens du mot « filosofia »).

Il me semble par ailleurs que, dans notre beau pays, pèsent actuellement sur la culture des menaces bien plus graves que cette « attaque » orthographique.

Au revoir; à bientôt, et bonne année du singe.

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mikaya dit :

    Tres bon billet et tellement vrai pour les momies parisianocentré, dis aussi « parigotetedeveau ». Tu as tout dis :p et pis moi jmen fous je fais des fautes partout (tellement que ma copie finirait par vider l’encre du pauvre stylo rouge du prof :p)

    Ps : avec cette police d’ecriture c’est infamement illisible lol

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    1. tommyloser dit :

      Laquelle? Celle du titre ou celle du corps du texte? (parce que si c’est celle du titre, c’est plus ou moins volontaire :p)

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  2. Mikaya dit :

    Celle en bas des precedents billets, mais elle etait encore moins lisible quand j’ai fait mon com, tu l’as changé entre temps? xD elle etait plus arrondis pleine de boucle 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. tommyloser dit :

      Je n’ai rien changé. Bizarre. :/

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