Sing « Yesterday » for Me

Il fallait bien que cela arrive un jour: l’un des mangas les plus magistraux des années 2000 s’est terminé le mois dernier, plus de douze ans après le début de sa publication en France, pour un total de onze tomes (le dernier étant particulièrement fat en nombre de pages). Ce qui nous donne au final une moyenne inférieure à un volume par an, quand on y pense (sachant que les trois premiers ont été publiés la même année), donc autant dire qu’on était très loin des rythmes de publication de fous d’un certain nombre de titres et qu’il fallait bien savourer chaque tome. Et justement, les œuvres de Kei Toume, ça se savoure, et celle-ci tout particulièrement: il s’agit d’une des plus belles histoires d’amour qu’il m’ait jamais été donné de lire, tout support confondu. Ou pour être plus précis, c’est peut-être celle qui me parle le plus.

Probablement la faute au trio-cœur du scénario, composé de Rikuo, Shinako et Haru, trois personnages qui vont passer ces onze tomes à se chercher, mutuellement ou eux-mêmes, pendant plusieurs années. La dernière étant assurément la plus originale, dans tous les sens du terme: se baladant avec un corbeau domestique et dotée de goûts plus ou moins douteux (en matière culinaire, notamment), elle est désarmante de sincérité, excentrique, et amoureuse de Rikuo, qu’elle croise régulièrement à la supérette où il travaille. Rikuo, éternel indécis à la langue néanmoins bien pendue, semble ne pas avoir réussi (ou plutôt voulu réussir) à trouver sa place dans le monde du travail après ses études; et il éprouve toujours des sentiments pour Shinako, son amie de la fac qui lui a collé un râteau… et avec laquelle il renoue quand elle entre, par hasard, dans la supérette sus-citée. Shinako, d’un caractère calme et posé, est quant-à elle devenue enseignante en lycée et semble avoir plutôt bien réussi… mais n’arrive toujours pas à assumer le décès de son premier amour et trop se rapprocher de Rikuo lui est donc difficile.

Puis le triangle amoureux devient carré lorsque Rui, jeune frère du défunt, déclare sa flamme à Shinako. Puis pentagone, lorsque Haru se voit poursuivie des assiduités d’un nouveau prétendant. S’ajoutent également divers personnages aux personnalités plus ou moins fortes, avec lesquels interagit le trio/quatuor (puisqu’il faut bien considérer Rui comme un personnage principal à part entière au bout d’un moment): collègues, employeurs, amis, ex de passage… Si bien que le récit s’éloigne fort souvent de son cœur « romantique » pour se tourner vers la tranche de vie de personnes à tempérament artistique.

Car Kei Toume a pris le parti de tisser son histoire en suivant des tempéraments créatifs et de raconter leurs difficultés à mener leurs projets à bien, moins sur le plan artistique que sur le plan professionnel (ou scolaire) et financier: Rikuo est photographe mais se contente dans un premier temps d’un petit boulot de caissier, Rui suit des études pour devenir peintre mais prend rapidement conscience des difficultés inhérentes au métier, des élèves de Shinako peinent à rassembler les fonds nécessaires à la réalisation d’un film, etc.

Bref, Sing « Yesterday » for Me est bien davantage qu’une simple romance adulte, bien davantage qu’un récit générationnel qui ne parlerait qu’à ceux qui ont grandi en lisant Video Girl Ai dans leur adolescence: c’est une suite d’instantanés de la vie de jeunes japonais qui cherchent leur place (affective, créative, professionnelle…) avec tout ce que cela sous-entend. Si l’on devait lui chercher un défaut, finalement, ce serait peut-être sa longueur, du fait de ses digressions, mais ce sont justement ces digressions qui constituent son plus grand intérêt.

Et c’est donc avec une certaine mélancolie qu’on repose ce dernier volume, après tant d’années à accompagner Haru, Rikuo et les autres (même s’il faut bien avouer que l’histoire finissait par tourner en rond et qu’il est bon qu’elle se termine à temps).

Toutefois… c’est étrange. Kei Toume est une mangaka assez estimée en général, avec un style graphique personnel doté d’une certaine identité, et son œuvre la plus magistrale est assurément celle-ci. Pourtant, elle est arrivée à son terme dans une indifférence à peu près générale (à l’exception notable de Sirius qui porte apparemment à ce titre la même affection que moi). Regrettable.

Au revoir; à bientôt.

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