Panzer Dragoon II Zwei a 20 ans

En mars 1996, rien n’était encore joué dans la fameuse guéguerre des consoles 32Bits. Bon, si, il faut bien le dire: les outsiders (PCFX, 3DO, Amiga CD 32…) étaient KO depuis un bail; mais la Saturn n’était pas encore hors course face à la PlayStation, malgré un démarrage calamiteux en Occident qui avait ruiné toutes ses chances de percer un jour sur les rivages atlantiques. Parce que du côté du Japon, les deux machines étaient alors encore au coude-à-coude (et la Saturn devint même la console de Sega la plus vendue sur son territoire d’origine, mais demeura un échec commercial partout ailleurs; soit à peu près l’inverse de ce qui s’était passé avec la Megadrive/Genesis; ironique). Puisque Sega avait encore de bonnes raisons d’y croire à cette époque, on a donc eu droit à quelques bonnes grosses tueries pour sauver la peau de sa bécane. Dont celui-ci.

Jean-Jacques Lundi (oui, ça s’appelle un nom à la con, effectivement) est un jeune habitant d’un monde autrefois ravagé par un cataclysme et dont le peuple essaie tant bien que mal de subsister en adoptant des mesures drastiques face aux mutations de leur bétail, les coolias: dès qu’un individu semble montrer les signes d’une lueur de mauvais présage, il est immédiatement abattu. Mais Lundi n’a pu se résigner à tuer le sien et l’a dissimulé au reste de son village; il faut dire que son coolia mutant, répondant au doux nom de Lagi, présente, en plus de la fameuse lueur, une mutation de ses membres antérieurs qui ressemblent à de petites ailes, et que Lundi rêve de pouvoir un jour voler sur son dos. Sauf que le premier vol de Lagi coïncide malheureusement avec une attaque massive et meurtrière sur son village; n’ayant plus nulle part où aller, Lundi et Lagi se lancent à la poursuite des assaillants, alors même qu’une guerre ravage le continent.

Contrairement à ce que laisse entendre son nom, Panzer Dragoon II Zwei est une préquelle du premier, et une brillante préquelle. Reprenant la recette qui a fait le succès de son rail-shooter de prédécesseur (rotation de la caméra à 360°, système de lock, etc.) tout en corrigeant à peu près tous ses défauts (à commencer par sa difficulté atroce), il se permet d’ajouter de nouveaux éléments de gameplay: une jauge de « berserk » qui fonctionne comme une barre de fury dans un jeu de baston, un dragon évolutif dont la puissance augmente d’un niveau à l’autre, des phases de déplacement au sol et des routes différentes au sein de certains niveaux, même si chacune aboutit finalement aux mêmes bosses. Oh, et il y a aussi désormais une « Pandra’s Box » dans les options, où sont débloqués au fur et à mesure du jeu tout un tas de bonus voire de cheats (genre pouvoir incarner le boss de fin ou jouer en mode « Space Harrier » sans avoir à se coltiner un code chiant comme dans le premier épisode).

Surtout, le jeu possède une identité particulièrement mémorable, notamment au niveau musical où se mêlent sonorités électro et rythmes tribaux, s’éloignant des tonalités symphoniques du premier épisode. Visuellement, on a beaucoup mis en avant, en Europe, l’influence de Moebius sur la saga, et c’est vrai qu’il y a un petit côté Arzach dans Panzer Dragoon (déjà pour le côté bio-mech d’une partie du bestiaire), mais l’influence la plus visible est assurément celle de Miyazaki (qui, il est vrai, était lui-même assez influencé par Moebius), notamment pour Nausicaä et Laputa. Thématiquement, évidemment, on songera à Dragonriders of Pern de Anne McCaffrey et ses dragons-montures télépathes. Ce qui fait de Panzer Dragoon II Zwei, en gros, une synthèse vidéoludique de ce que la science-fantasy avait pu produire de meilleur à cette époque.

Et il constitue accessoirement à lui seul une raison valable d’acheter la machine, puisqu’il n’a jamais été porté ailleurs… et c’est assez désolant, quand on y pense. On se consolera en songeant à la postérité qu’il aura laissé: un troisième épisode en forme RPG qui restera dans les mémoires comme l’un des plus grands jeux de son genre sur cette génération de console, un quatrième épisode qui restera dans les mémoires comme l’un des plus grands shoot’em up de la XBox (et certainement le meilleur de la série), et quelques rail-shooters très inspirés comme le célèbre Rez sur Dreamcast (et son successeur spirituel Child of Eden) ou Crimson Dragon sur XBox One. Et aussi une petite communauté de fans toujours un peu active, en dépit de la mort clinique de la franchise.

Pour ma part, je me souviendrai surtout des heures passées à baver en jouant en boucle au niveau 3  sur un CD de démo fourgué avec la console, délaissant le néanmoins génial Nights into Dreams, avant de passer d’autres heures sur le jeu complet une fois déniché d’occasion (version Pal, celle avec la jaquette la plus pourrie des trois; les Européens n’ont jamais été gâtés sur ce point, avec la Saturn).

Au revoir; à bientôt.

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