After War – Gundam X a vingt ans

Les posts-anniversaire sur les jeux vidéo, c’est marrant cinq minutes, mais ça devient lourd à répétition. Donc pour changer, voici quelque chose de complètement différent: un post-anniversaire sur un anime (si si, c’est complètement différent, je vous assure). Un anime qui passe à peu près inaperçu parmi les séries qui composent sa franchise, d’ailleurs: After War – Gundam X.

Pour le pitch, c’est plutôt simple: imaginez que la Guerre d’Un An du premier Gundam se soit achevée de la pire manière possible (plein de colony-drops), avec les conséquences qu’on imagine (catastrophes environnementales, majeure partie de l’humanité anéantie, civilisation réduite à son plus simple appareil…). Une quinzaine d’année après, les survivants et leur progéniture tentent tant bien que mal de survivre dans un monde chaotique. Garrod Ran, né peu après la fin de la guerre, gagne sa vie en volant les MS des pillards (juste avec un flingue et une grenade flash, la classe), lesquels pullulent un peu trop. Il se voit un jour confier un contrat fortement rémunéré pour récupérer une jeune fille otage de Vultures, sortes de pirates des terres, fortement équipés.

Il s’avère que la jeune fille en question, Tiffa Adill, outre le fait qu’elle souffre manifestement d’une forme légère d’autisme, est l’une des dernières newtypes encore en vie, ce qui en fait un objet de nombreuses convoitises (et le contractant de Garrod n’est évidemment pas ce qu’il prétend être). Bref, de fil en aiguille, Garrod et Tiffa sympathisent (et plus puisque affinités), mettent la main de manière totalement fortuite sur le plus puissant modèle de Gundam jamais créé pendant la guerre (le GX) et rallient l’équipage du Frieden, un vaisseau terrestre dont le capitaine, Jamil Neat, est un ancien newtype et pilote de GX que la guerre a laissé dépourvu de pouvoirs et atteint de phobie du cockpit. Et la joyeuse équipe de partir en quête d’autres newtypes potentiels à travers le monde.

L’anime est structuré comme un road movie, ou plutôt comme une wandering story des années 80/90: l’équipage du Frieden voyage (Tiffa servant de McGuffin), rencontre des gens qui ont un problème, résout le problème (ou du moins essaie), puis repart vers d’autres horizons. Ce qui est une structure qu’on ne retrouve pas vraiment dans les autres séries de la franchise, dans la plupart desquelles les factions sont dès le départ clairement établies et où les déplacements des personnages principaux sont déterminés moins par une quête personnelle que par l’accomplissement d’une mission militaire (ou tout simplement la survie). Ici, les factions principales (la Fédération terrienne et la Rébellion spatiale) ont pris tellement cher pendant la guerre qu’elle ne sont plus visibles dans la première moitié de la série que par leurs vestiges ou leurs héritages, qu’il s’agisse de MS pétés ou d’anciens officiers mentalement instables.

Les personnages affectés de problèmes psychiques sont d’ailleurs légion dans cet anime, à commencer par Tiffa et Jamil, mais aussi parmi les rencontres diverses que Garrod aura l’occasion de faire et qui comportent un gros lot de névrosés et de psychotiques, en particulier certains pilotes de MS, pathologiquement obsessionnels ou mégalomaniaques quand il ne sont pas complètement schizophrènes.

Techniquement et esthétiquement parlant, la série se défend carrément, avec une réalisation dans les meilleurs standards de son époque (pour une série TV, s’entend), des musiques qui font le taff, un chara-design sans prétention mais pas dégueu pour autant et un mecha-design fort approprié qui renouait alors avec une relative sobriété après le double carnaval qu’avaient constitué G-Gundam et Gundam W.

Alors, puisque ça a l’air assez cool sur le papier, comment se fait-il que la série soit tombée à peu près dans l’oubli? Déjà parce que scénaristiquement parlant, elle a des défauts assez rédhibitoires, à commencer par sa structure qui laisse une fâcheuse impression qu’on peut quasiment prendre chaque arc indépendamment du reste (sachant que certains arcs sont très dispensables; mention spéciale à celui sur le dauphin newtype), avec un fil directeur de l’épaisseur d’un nanomètre. Ce n’est d’ailleurs qu’à la moitié de la série que se posent réellement les enjeux sérieux, laissant la désagréable sensation qu’on a regardé une vingtaine d’épisodes d’intérêt très inégal pour rien. Elle est, en outre, assez répétitive, avec le même duo de bad guys pénible qui revient régulièrement chier partout, du quatrième au dernier épisode.

À ce problème viennent s’ajouter quelques couacs formels assez gênants avec les personnages, comme la voix de Garrod. En général, j’aime bien le travail de Wataru Takagi… mais on parle d’un comédien qui a doublé, entre autres, Onizuka, Hwang, Hugo et Zangief: pas une seule seconde on n’arrive à croire qu’il s’agit de la voix d’un ado enjoué, à moins d’imaginer qu’il fume un paquet de clope par jour depuis ses quatre ans. On pourrait encore citer Tiffa, qui est d’une mollesse permanente (et donc déprimante), ou Toniya, caricature de blonde manifestement née de l’esprit de l’Eric Zemmour local.

Il est de plus assez difficile de croire à cet univers quand on voit la vitesse à laquelle l’humanité se remet de la catastrophe: quinze ans après le cataclysme, les nations (et les alliances) se reconstruisent, et à part des cratères et des ruines ici ou là, rien ne permet d’établir qu’on se trouve dans un monde post-apocalyptique (même s’il y a bien quelques très gros déserts). On est très loin de Mad Max; ou de Waterworld, pour les séquences aquatiques. Bref.

Cela n’est rien comparé au problème fondamental de cette série: sa date de diffusion. En effet, le premier épisode de Gundam X a été diffusé à peine dix jours après la diffusion du dernier épisode de Neon Genesis Evangelion. Et si elle n’avait pas à rougir sur le plan technique (bien au contraire), sur le plan scénaristique, c’était une autre histoire: avec sa structure classique et son traitement traditionnel des personnages, Gundam X faisait pratiquement figure d’archaïsme animé face à la dernière production Gainax, laquelle avait réussi à créer une grosse hype débordant largement de la sphère des spectateurs habituels d’anime. De fait, elle a semble-t-il été boudée, déplacée sur la grille horaire, puis écourtée.

Gundam X est considérée par beaucoup comme un des plus gros échecs de la saga Gundam (en termes d’audiences, tout au moins). Pourtant, elle n’était pas franchement mauvaise pour autant; juste parfois maladroite, et en retard d’un semestre. Après, c’est sûr que ce n’était pas un chef-d’œuvre absolu, mais c’est un peu rageant de savoir qu’elle s’est gaufrée quand on voit le succès qu’ont pu connaître Gundam W avant elle ou Gundam Seed Destiny après.

Enfin, Gundam X occupe une place toute particulière dans mes souvenirs, puisqu’elle a été la  première série Gundam que j’ai visionné en entier et par conséquent celle avec laquelle je suis entré dans la saga. C’est peut-être pour ça que je l’apprécie autant.

Au revoir; à bientôt.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s