Balada Triste

… ou Balada triste de trompeta dans son titre complet original est un film de 2010 qui, comme son nom l’indique, nous vient du pays de  Cervantès (l’auteur, pas le pirate revenant; quoique). Vous me direz, ça aurait aussi pu être le Mexique, le Pérou, le Venezuela ou l’Argentine, mais non. En même temps, le premier cherche encore ses étudiants dissidents disparus, le deuxième est submergé par les manifestations anti-Fujimori, le troisième est tellement dans la merde économiquement que ses prisons sont en autogestion par les prisonniers faute de personnel et le dernier est un peu agité depuis qu’on a appris que son nouveau président figurait dans les Panama Papers; pas la meilleure ambiance pour réaliser un film (ceci est un troll gratuit, merci de ne pas le prendre au sérieux). Bref. Trêve de digression.

Après avoir vu son père, Auguste de son état, mourir des causes de trop de franquisme, Javier décide, dans les années 1970 d’une Espagne encore sous le joug du Caudillo, de devenir clown. Pas un Auguste, cependant: son père lui a judicieusement fait remarquer qu’il serait meilleur en clown triste. C’est dans ce rôle qu’il intègre un cirque miteux mené d’une main de fer par le très talentueux Auguste local, Sergio, un alcoolique violent qui terrorise le reste de la troupe et brutalise la jolie trapéziste Natalia… dont Javier tombe amoureux dès le premier échange de regards. Vaincra-t-il sa timidité maladive? Réussira-t-il à se faire un nom en tant que clown triste? Réussira-t-il à arracher la belle Natalia des griffes de Sergio? Pourquoi je pose ces questions alors que j’ai vu le film et que je connais déjà les réponses?

Pour être tout-à-fait honnête, je n’avais même pas entendu parler de ce film avant que des copains me prêtent le blu-ray… et bordel, j’aurais raté un sacré morceau sans cela. Álex de la Iglesia dresse un panorama crasseux de deux moments de l’Espagne du XXème siècle, traité avec un humour noir et grinçant, résolument porté dans un premier temps par Santiago Segura, puis par la suite par le duo Carlos Areces/Antonio de la Torre, dans le rôle de trois clowns meurtris physiquement et moralement de manières diverses. À ce trio, il faut ajouter Carolina Bang, qui incarne la sulfureuse Natalia, coincée entre deux clowns tarés qui en ont après ses fesses… et qui jette (volontairement ou non) de l’huile sur le feu tout en encaissant les coups.

Les autres personnages ne sont pas en reste, tous dotés d’une gueule et d’une personnalité barrée, du colonel sanguinaire au motard neuneu qui se plante à chaque fois dans son show, en passant par le dresseur dont l’éléphante a broyé l’épouse sous ses fesses. Plus que son histoire, assez bateau sur le papier, c’est le traitement de l’humanité des personnages, avec tout ce qu’elle peut avoir de plus sordide, qui sert de moteur à ce film, contribuant à faire du clown Javier une sorte d’hybride rococo entre le Joker et le Punisher.

Parce qu’au fond, Balada Triste met en scène la naissance d’un anti-héros sous une dictature sanguinaire dont les exactions, non éludées, trouvent un parallèle dans la brutalité de ces sinistres clowns, comme si le rire ne pouvait plus résonner que dans le chaos des armes et des coups. Ce film, c’est un peu comme du Tarantino sans les dialogues pénibles: moralement très douteux, outrancier, brutal et en plus, le Figaro déteste. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour avoir envie de le voir?

Au revoir; à bientôt.

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