Orange – À nos actes manqués

Pour un blog indexé sur Sama & Nanami, ça a assez peu parlé de manga, par ici, jusqu’à maintenant. Essayons donc d’y remédier avec un titre en cinq volumes qui est arrivé à son terme en France il y a peu: Orange, d’Ichigo Takano (à ne pas confondre avec celui de Benjamin, fort sympathique par ailleurs, ni avec la foultitude d’autres BD qui comptent le mot « Orange » dans leur titre).

Naho est une lycéenne lambda qui reçoit un jour ce qui ressemble à une lettre venue du futur, écrite par elle-même et qui lui fait part de certains événements censés arriver sous peu si elle fait ou ne fait pas telle ou telle chose (ça me rappelle étrangement un truc…); pas question d’apocalypse à éviter ou joyeusetés du même ordre, ceci dit: il s’agit de faire en sorte que le nouvel élève arrivé dans sa classe, Kakeru, survive… ce qui est déjà pas mal quand on y réfléchit. Vraies lettres de l’avenir ou canular idiot? À qui peut-elle faire part de cette histoire et partager ses inquiétudes? Quels secrets cache donc Kakeru? Autant de questions qui vont rapidement trouver leur réponse, en l’occurrence: c’est vrai, ses potes et de gros problèmes familiaux qui le poussent vers une dépression suicidaire. Et ce n’est même pas un spoil.

L’enjeu du manga ne tient en effet en rien à ses « révélations » tellement évidentes qu’elles ne présentent aucune forme de surprise. Il tient plutôt aux tentatives des personnages de sauver Kakeru du suicide, guidés par des lettres du futur suffisamment explicites pour qu’il n’y ait pas vraiment de quiproquo: si certaines consignes venues de l’avenir sont relativement simples à appliquer, d’autres sont un peu plus délicates, d’autant que Kakeru n’est pas un poids inerte. Quant-à Naho, elle est attirée par ce dernier depuis leur première rencontre (et apparemment réciproquement), mais, romance shôjo/seinen (puisque ce manga est les deux) oblige, elle peine à l’exprimer ouvertement, d’autant que le contenu des lettres la trouble (ce qui peut se comprendre).

Bref, c’est une histoire assez subtilement menée… à quelques détails près. La « correspondance épistolaire temporelle » est, pour une fois, cohérente dans son approche: l’autrice évacue le problème des paradoxes temporels en établissant que, si le monde futur tel qu’il existe est immodifiable, il est possible de générer une nouvelle ligne temporelle en modifiant le passé, avec l’idée partagée par les protagonistes que Kakeru doit avoir la possibilité de vivre (avec Naho) dans au moins une des itérations du futur. D’où l’utilité de ces lettres.

Ce qui, en revanche, ruine la suspension consentie de l’incrédulité est le moyen employé par les versions futures des personnages, dropé comme un cheveu sur la soupe dans le dernier volume (et qui m’a pas mal fait rire, d’ailleurs, mais je ne suis pas sûr que c’était le but à la base). Cette « révélation » n’était de plus en rien obligatoire, parce que la troisième loi de Clarke: « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». On parle du futur, alors on peut très bien sortir un TGCM à propos des voyages temporels sans choquer qui que ce soit, sans avoir à chercher de justification fumeuse: le simple fait de dire « on a maintenant les moyens techniques de le faire, c’est beau l’avenir » suffisait. Mais bon, la chose n’est révélée que presque arrivé à la fin de l’histoire, donc on va se montrer tolérant.

Voilà pour le côté un peu négatif. On pourrait aussi arguer que le trait de Takano manque un peu de personnalité (parfois un peu d’assurance, également) et qu’il se situe dans la veine des autrices de shôjo actuelles sans jamais vraiment s’en éloigner. Ce n’est pas nécessairement un reproche en soi, dans la mesure cela permet aussi quelque part d’ancrer le récit dans un balisage bien connu: on parle certes d’un récit de science-fiction, mais cette dernière sert avant tout de prétexte à l’histoire et on assiste finalement à une slice of life de lycéens « normaux » dont les choix sont motivés par la réparation des actes manqués de leur version future.

Orange est un manga assez délicat, traité avec une relative maturité, ce qui explique probablement son changement de catégorie éditoriale en cours de route, après son interruption en 2012 chez Shûeisha et sa reprise en 2013 chez Futabasha. Il est à ce sujet heureux qu’il ait pu trouver sa conclusion de cette manière, contrairement à certains titres définitivement abandonnés sur le bord de la route.

Au revoir; à bientôt.

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