Spin

N’ayant pas pu mettre la main cet été sur le deuxième tome de Legend of the Galactic Heroes pour cause de rupture de stock, je me suis rabattu sur un titre qu’on me conseillait de longue date (et qui squattait ma PAL depuis un bail): Spin, de R. C. Wilson.

Tyler Dupree et ses amis les jumeaux Lawton ont été témoins dans leur enfance d’un changement radical pour l’ensemble de la planète: l’apparition du Spin, une membrane qui emprisonne la Terre dans un flux temporel ralenti. Alors que les années s’écoulent sur la planète bleue, le Soleil, lui, vieillit à une vitesse vertigineuse d’un point de vue terrien et l’extinction de l’humanité (et de toute forme de vie terrienne) semble approcher à grands pas. Circa 4 x 109 ap. J.-C.: Tyler couche par écrit les souvenirs de sa vie, intimement liée à celle des jumeaux Lawton, traumatisés chacun à leur façon par l’apparition du Spin.

L’ensemble du roman sera donc structuré en une alternance entre moments présents (les chapitres intitulés « 4 x 109 ap. J.-C. » donc) et les flashbacks de Tyler, dans lesquels ce dernier peut témoigner de la vie de Jason & Diane Lawton. Le premier, devenu un véritable génie de l’ingénierie, cherchera de manière quasi-obsessionnelle par tous les moyens possibles et imaginables à comprendre le Spin (et accessoirement trouver un moyen de s’en débarrasser), les causes de son existence et les motivations de ses constructeurs potentiels, les Hypothétiques. La seconde, terrifiée par ce changement soudain, se réfugiera quant-à elle, comme de nombreux terriens, dans la religion, rejoignant un culte chrétien nouvellement créé pour l’occasion.

Cette dichotomie entre les jumeaux constitue pour ainsi dire le moteur du roman, avec au beau milieu un Tyler tiraillé entre son meilleur ami et la fille dont il est amoureux. Le premier est à la fois rationnel et obsessionnel, extrêmement intelligent et conscient de l’être au point de se montrer parfois condescendant voire ouvertement méprisant, mais fidèle en amitié au point de ne se livrer qu’à Tyler; la seconde souffre d’un profond complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère mais se rebelle contre sa famille et notamment son père: l’adoption d’une religion oscillant entre le mouvement hippie et le millénarisme évangéliste constitue à ce titre un magnifique pied de nez à son paternel plein aux as et une jolie tache sur la photo de famille.

Car les Lawtons sont riches, bien introduits dans la haute société états-unienne pré-Spin et encore plus post-Spin, et par conséquent extrêmement influents. De fait, Jason n’a aucun mal à se retrouver en première ligne pour tout ce qui concerne le Spin, et Tyler avec lui. Du trio, ce dernier est peut-être le plus équilibré (et donc le meilleur narrateur possible auquel le lecteur pouvait s’identifier): intelligent sans être un génie, lucide tout en faisant parfois preuve d’une grande naïveté, il semble indispensable aux jumeaux, comme une sorte de repère inébranlable. Le père de ces derniers l’a d’ailleurs bien compris et agit en conséquence.

Car E. D. Lawton a beau être beaucoup moins directement présent dans le roman que ses enfants, il n’en demeure pas moins un personnage essentiel, une figure de pouvoir sachant tirer profit de la moindre opportunité. Il est surtout celui qui a façonné Jason à l’image de ce qu’il estimait nécessaire pour assumer son héritage tout en dédaignant sa propre fille, reléguée à un rôle subalterne de pauvre conne tout juste bonne à marier à un bon parti. De fait, durant une grande partie de l’histoire, les actes des jumeaux se trouvent largement conditionnés par la figure de leur père, qu’ils agissent à la manière dont ce dernier souhaitait les voir agir ou au contraire en réaction, par rébellion.

Le Spin apparaît quant-à lui surtout comme un déclencheur, un McGuffin exacerbant des traits ou des réalités présents bien avant son existence, dans la vie du trio. Incompréhensible et implacable, il fait irruption sans aucun signe avant-coureur sans que l’on comprenne bien pourquoi. Le « pourquoi » demeurera d’ailleurs une interrogation constante jusqu’à la fin, que je ne vais pas spoiler ici mais que je trouve, personnellement, très pertinente.

En bref, si vous aimez la SF d’anticipation, vous devez lire Spin. Il y a dans l’écriture de R. C. Wilson un petit quelque chose qui rappelle J. Brunner (dont je vous conseille d’ailleurs vivement les romans Tous à Zanzibar et  Eclipse Totale), et tout ce qu’il faut pour ouvrir une belle saga. Car ce n’est là que le premier tome d’une trilogie dont il me tarde de lire la suite.

Au revoir; à bientôt.

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