Les Derniers jours du Paradis

Vu que je n’ai toujours pas mis la main sur Vortex & Axis, les suites de Spin, je me suis dit que ce serait cool de lire l’un des derniers bouquins de R. C. Wilson à avoir été publié en français (disons surtout le plus récent à avoir été publié en France à un prix raisonnable), donc Les Derniers jours du Paradis.

2007: la Correspondence Society, association internationale d’universitaires travaillant dans diverses disciplines, voit ses membres décimés après qu’ils aient établi que la radiosphère, qui englobe la Terre, était habitée par l’Hypercolonie, un organisme-essaim extraterrestre conscient exerçant son influence sur les humains en contrôlant leurs communications (ce qui explique accessoirement pourquoi l’humanité n’a pas encore succombé à ses pulsions auto-destructrices). Parmi les victimes se trouvent les parents de Cassie et Thomas, tués par un Simulacre à l’apparence humaine mais aux organes internes irrigués par un fluide verdâtre.

2014: en regardant par la fenêtre de l’appartement de sa tante Nerissa, Cassie voit un homme louche se faire renverser par un chauffard bourré… et son cadavre suinter un liquide verdâtre. Les Simulacres sont de retour et semblent en avoir après les survivants de 2007. Cassie et Thomas doivent donc, avec d’autres rescapés, tenter de fuir et, dans la mesure du possible, préparer une contre-attaque contre l’Hypercolonie, dont les desseins sont plus que jamais mystérieux et la paix factice qu’elle impose à l’humanité plus que jamais fragile.

Contrairement à Spin ou Les Chronolithes, Les Derniers jours du Paradis ne se présente pas comme un témoignage a posteriori: exit, donc, la première personne et le narrateur unique. Le récit alterne entre le point de vue de Cassie, celui d’Ethan et celui de Nerissa, principalement. Avec deux personnages féminins forts comme personnages principaux, on serait tenté de se dire que l’œuvre prendrait un tour plus féministe que les précédentes, mais… vous connaissez le test de Bechdel?

Bien que ça s’applique avant tout au cinéma, c’est parfois intéressant de l’appliquer également à la littérature. En l’occurrence, ici, Les Derniers jours du Paradis rate la dernière épreuve, puisque chaque conversation entre personnages féminins, quelque soit son point de départ, dévie immanquablement sur un mec (love interest, ex, connard trop entreprenant…). Un peu comme si ces femmes étaient incapables de s’affranchir de leurs rapports affectifs aux personnalités masculines qui partagent (ou pas) leurs aventures (alors que les mecs de leur côté n’ont pas vraiment de mal).

Autre point un peu dérangeant: le titre. C’est juste un bon gros spoiler de la fin, en VF comme en VO, rendant caduc tout le questionnement des personnages sur la pertinence de la destruction ou non de l’Hypercolonie, garantie de la paix sur Terre et d’une stabilité qui s’effondrerait avec sa disparition.

Enfin, même en mettant de côté ces deux aspects problématiques, Les Derniers jours du Paradis n’est pas exempt de problèmes. Si Spin ou Les Chronolithes se posent comme des incontournables de la SF d’anticipation récente, du fait de leur relative originalité et de leur traitement, cette œuvre est beaucoup plus classique sur la forme comme sur le fond: le bodysnatcher-like est un sous-genre très exploité (particulièrement au cinéma, même si la littérature n’est évidemment pas en reste) et la seule réelle originalité proposée ici réside dans une approche uchronique… malheureusement sous-exploitée.

Outre l’Hypercolonie, l’armistice de la « Grande Guerre » en 1914, la SDN toujours en place (donc pas d’ONU, mais elle fait office de), les communications radios presque totalement dépendantes de la radiosphère et la paix mondiale durable (malgré des tensions croissantes)… tout cela aurait pu faire l’objet d’un certain développement, mais au final, ces aspects sont juste survolés et ne jouent guère qu’un rôle d’ordre fonctionnel, quand ils ne sont pas simplement droppés au pif, comme un élément de décor qu’on aurait foutu là parce que why not?

Quelque part, sans être un mauvais roman (j’imagine de toute façon mal R. C. Wilson écrire de la merde), Les Derniers jours du Paradis est quelque peu décevant au regard de ce qu’a pu produire l’auteur précédemment. On dirait presque un récit de commande en vue de réaliser un film de série B… ce qui quelque part en fait un bon divertissement, tout bien considéré, pour peu qu’on n’attende pas autre chose qu’une histoire qui, du début à la fin, ne quitte jamais vraiment les sentiers battus.

Au revoir; à bientôt.

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