Miss Peregrine et les pas-X-Men

Ça fait un bail qu’il n’a pas été question de cinéma ici, et la sortie du dernier Tim Burton est une bonne occasion d’y revenir. D’autant que c’est un réalisateur dont j’apprécie en général le travail. Pardon, dont j’appréciais en général le travail, parce que depuis Les Noces funèbres, il n’y a pas un seul de ses films qui ne m’ait pas au mieux déçu (je n’ai pas vu Big Eyes, toutefois; si ça se trouve, c’est bien). Ceci étant dit, vu la qualité de ses deux Batman, force est de reconnaître que le monsieur a un talent particulièrement notable pour les films de super-héros, et qu’on pouvait être confiant sur le résultat en le voyant s’attaquer à une franchise comme X-Men. D’autant plus que, si elle a eu parfois droit à des adaptations cinématographiques de qualité, la franchise a été quelque peu maltraitée sur écran à plusieurs reprises, avec Generation X (dont vous n’aviez certainement jamais entendu parler et c’est tant mieux pour vos yeux), X-Men: L’Affrontement final ou l’ignoble X-Men Origins: Wolverine, et donc… Comment? Il n’a pas eu les droits et a dû se contenter d’une contrefaçon? Chiotte. Ça commence mal.

Jake découvre que son grand-père décédé dans de sinistres circonstances avait des fréquentations étranges, et que toutes les petites histoires fantaisistes qu’il lui racontait enfant sur des gamins aux pouvoirs paranormaux étaient vraies. Il découvre au Pays de Galles (vous savez, le pays où les voyelles sont en option), coincé dans une boucle temporelle qui rejoue continuellement une journée de 1943, un institut pour ces individus génétiquement différents, qui essaient de rester dans la mesure du possible incognito au regard des humains pas génétiquement différents, et surtout à l’abri des Sépulcreux, êtres terrifiants qui se nourrissent des yeux de leurs victimes. Le chef de ces derniers, Barron, a bien l’intention de mettre la main sur Miss Peregrine, qui dirige ledit institut d’une main de fer, et sur les enfants « particuliers » dont elle a la garde.

Bon, après, ce n’est pas parce que ça pue le déjà vu/lu que c’est nécessairement de la merde, alors commençons par le positif: ce film a de la gueule. Vraiment. Que ce soit au niveau des décors, splendides, ou du look des personnages, très burtoniens. C’est vrai que les Sépulcreux ne sont pas un monument de créativité, tant on a déjà vu et revu ce type de design, mais ils font très correctement le boulot. Et en même temps, je n’ai pas souvenir d’un film de Burton où les designs auraient été ratés, même parmi les plus moisis. De plus, les acteurs sont plutôt bien dans le ton grotesque général, notamment Samuel L. Jackson qui en fait des caisses et cabotine comme jamais.

Par contre, au niveau de l’écriture, ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas ça. Passe encore pour les dialogues et les personnages, clichés au possible sans être totalement imbuvables. Pour l’histoire, en revanche, on est… comment dire… paumé? Parce qu’à titre personnel je n’ai absolument pas compris comment fonctionnait le temps dans ce film. Alors soit je suis vraiment très con (ce qui n’est pas improbable), soit les logiques temporelles n’y ont absolument aucun sens.

On a un personnage qui se retrouve catapulté en un lieu qui rejoue quotidiennement la même boucle de l’année 1943, ça, OK. Sauf que, en dehors de la boucle, le temps s’écoule normalement… mais quand les personnages en sortent, bin soit c’est la temporalité « normale » (l’époque de Jake), soit encore 1943, et les actions opérées dans le passé sont parfois sans conséquence sur l’avenir, parfois si, sans qu’on sache jamais pourquoi. Enfin, si, on sait pourquoi: c’est écrit dans le scénario, donc pif pouf magie.

Et puis il y a la grande joute finale. Que je ne vais pas spoiler, rassurez-vous, mais dont je dirai néanmoins qu’elle ressemble à une espèce de souk grand-guignolesque mixant maladroitement Maman, j’ai raté l’avion et le dernier acte du premier film X-Men, le tout en mode grotesque façon Pirates des Caraïbes. Ça vous paraît absurde? Ça l’est.

Et tout bien considéré, c’est un peu tout le film qui l’est. Si on met de côté l’aspect « temporalité aléatoire » pour ne s’intéresser qu’au reste, on a un script de film pour enfant (logique, vu l’œuvre dont il est tiré)… clairement pas réalisé comme un film pour enfant. Même si Miss Peregrine n’est jamais franchement gore, il est visuellement dérangeant, Burton appréciant depuis ses débuts les promenades dans l’uncanny valley avec des personnages humainement monstrueux ou monstrueusement humains; et ce film ne fait pas exception.

Miss Peregrine, c’est donc un peu comme si Silent Hill avait violé Peter Pan, puis que ce dernier avait abandonné l’enfant devant la maison de Stan Lee et que celui-ci, après avoir vainement tenté de l’élever, l’avait fait interner dans un asile polonais où il aurait été récupéré par J. K. Rowling.

Bref, une créature de Frankenstein cinématographique.

Au revoir; à bientôt.

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