Le vaisseau des Voyageurs

Encore un bouquin de R. C. Wilson, je sais, ça va commencer à devenir lassant, à force, mais que voulez-vous, j’aime bien cet auteur. Disons que ce sera l’antépénultième pour cette année (on va garder les suites de Spin pour la semaine prochaine). Bref, il sera question aujourd’hui du Vaisseau des Voyageurs.

Ville de Buchanan, Oregon, années 1990: Matt Wheeler, médecin à l’hôpital local, voit son monde basculer peu à peu dans ce qui ressemble fortement à ses yeux à un véritable cauchemar. Tout a commencé par l’apparition d’un gigantesque vaisseau ET qui se place en orbite autour de la Terre, silencieux. Jusqu’à ce qu’une nuit, ses  mystérieux occupants ne se décident à entrer en communication onirique avec la population terrienne, leur proposant rien moins que l’immortalité. Matt appartient au très faible pourcentage à avoir refusé cette proposition, que même sa propre fille a accepté de bon cœur, et voit avec effroi ses proches changer, évoluer vers quelque chose d’inhumain. Avec une poignée de refusants, il va tenter d’enrayer ce qui ressemble à une véritable invasion, afin de sauver ce qui reste de l’humanité.

Bon, à partir de là, je vais devoir pas mal spoiler, aussi je conseille à tous ceux qui veulent se garder un relatif effet de surprise d’arrêter leur lecture ici-même.

Car s’il n’y a pas de réel effet de surprise, le fait de vendre le roman comme un Bodysnatcher-like (choix éditorial comme un autre, mais néanmoins fort pertinent) a tendance à biaiser nos attentes. Or, cette « invasion » n’existe au fond que dans la tête des refusants.

Wheeler et ses comparses voient le monde évoluer à une vitesse vertigineuse autour d’eux, mais sans qu’il y ait jamais ne serait-ce qu’une once d’hostilité réelle à leur endroit: les Voyageurs sont de toute façon tellement avancés, technologiquement parlant, que l’humanité dans son ensemble ne pourrait même pas être considérée comme une nuisance. Quant-aux modifiés, ils gagnent en sus de l’immortalité une sagesse incommensurable, qui les rend monstrueux aux yeux des refusants, sans pourtant qu’ils nourrissent envers eux la moindre hostilité, également.

Mais comme l’histoire est à quelques passages près focalisée sur le point de vue de refusants, le lecteur n’a guère pour principale grille de lecture que celle d’un petit groupe de paranoïaques hystérisés et désespérés par le gouffre de compréhension qui les sépare de ce qu’ils considèrent comme des monstres, alors que ces derniers ne les regardent guère qu’avec une bienveillante condescendance accompagnée d’une certaine tristesse. Tristesse que compense l’exaltation d’une quête transhumaniste de transcendance, laquelle échappe aux refusants.

Beaucoup de choses échappent d’ailleurs aux refusants: incapables qu’ils sont de réaliser que l’état dans lequel ils ont laissé leur propre planète les condamnait à moyen terme, ils accusent les Voyageurs de tous les maux, allant jusqu’à prendre (vainement) les armes contre eux… et les Voyageurs de continuer leur besogne, sans réelle perte au final, et surtout sans tentative d’empêcher les refusants d’essayer de leur nuire.

Publié originellement en 1992, le roman sent contextuellement la VHS fraîchement déballée et le cinéma sur bobine, mais brasse des thématiques intemporelles (la xénophobie, le transhumanisme, les catastrophes écologiques…) qui sont plus que jamais d’actualité, ce qui en fait une très pertinente lecture encore de nos jours. Même si la fin est pour le moins discutable; je ne vais pas la spoiler (j’en ai déjà assez fait comme ça), mais elle laisse une impression étrange, un peu comme une sorte de happy end forcé sans en être totalement un, peut-être trop « hollywoodienne » pour moi.

Quoi qu’il en soit, Le Vaisseau des Voyageurs est un roman très sympathique, qui préfigure d’une certaine manière un certain nombre de récits ultérieurs de R. C. Wilson.

Au revoir; à bientôt.

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