Vortex

Allez, c’est aujourd’hui au tour du dernier volume de la trilogie Spin, suite à Axis, hier. Et c’est promis, je vous lâche avec R. C. Wilson; pour cette année. Bref, place à Vortex.

Alors que le Spin est arrivé à son terme depuis peu et que l’émigration vers Équatoria en est à ses balbutiements, un déficient mental du nom d’Orrin Mather est interné dans un centre à Houston. Or, il s’avère que ce dernier a en sa possession une série de cahiers manuscrits dont il est manifestement l’auteur et qui racontent l’histoire, dans un lointain avenir, de Turk Findley. Ces écrits troublent profondément le docteur Cole: intellectuellement, Orrin n’aurait jamais dû être capable d’écrire ce qui ressemble à un roman de SF plein d’Hypothétiques et visions futuristes. D’autant plus que le nom de Findley n’est pas inconnu des forces de police: il s’agit d’un dangereux trafiquant, et le texte d’Orrin révèle deux ou trois trucs gênants à son sujet.

Le roman alterne entre les phases « 4 x 109 ap. J.-C. » et les phases « futuristes » dans lesquelles on peut voir déambuler un Turk Findley catapulté plusieurs millénaires après les événements de Vortex. Les premières, à la troisième personne, sont centrées sur le personnage de Sandra Cole qui tente de démêler le vrai du faux dans l’histoire d’Orrin tout en le protégeant du mieux qu’elle le peux de Findley-le-trafiquant avec l’aide d’un policier zélé (et pas franchement désintéressé, a priori). Les secondes, à la première personne, sont les témoignages de Turk Findley et Allison Pearl/Treya, théoriquement écrits par Orrin.

Et ce sont ces derniers qui constituent véritablement l’intérêt principal du roman. Au travers des yeux du pilote et de sa récupératrice, le lecteur découvre qu’Équatoria a beaucoup changé en dix mille ans, que l’humanité à essaimé bien au-delà et que les guerres entre nations/factions n’ont jamais cessé. Les modes de gouvernance et de sociabilité ont, eux, évolué (du moins en apparence). Il se trouve que l’univers humain à cette époque est divisé entre « démocraties corticales » et « démocraties limbiques » (toutes étant des communautés d’humains connectés à différents endroits du cerveau), et qu’elles se haïssent: à peine Turk et le jeune Isaac (une création du Dr Dvali) récupérés, le vaisseau-archipel Vox est immédiatement attaqué à l’arme nucléaire par ses ennemis.

Et on comprend un peu pourquoi en découvrant le fonctionnement de Vox: presque entièrement régie par la dictature de ses émotions, la population du vaisseau-archipel se livre sans culpabilité au massacre de ses éléments gênants ou contestataires, forte de la certitude de suivre le chemin qui les guidera vers leurs dieux, les Hypothétiques. De fait, si Turk, touché par la grâce de ces derniers, fait figure d’apôtre, Isaac, lui, est pour les Voxais un véritable prophète.

Un prophète qui doit les guider dans la traversée du désert qu’est devenu le premier endroit où les Hypothétiques ont rencontré l’humanité: la Terre. Cette dernière est alors inhabitable depuis longtemps, mais, ferveur religieuse aidant, les Voxais sont persuadés que les Hypothétiques y pourvoiront. Et je vais m’arrêter là, sous peine de totalement spoiler le roman.

On retrouve dans Vortex, exacerbés, un certain nombre de traits, manifestement chers à l’auteur, déjà rencontrés dans Axis, comme la question du transhumanisme et les obsessions collectives. Traits que l’on retrouvait déjà par ailleurs dans un certain nombre d’œuvres plus anciennes, comme Le Vaisseau des Voyageurs ou Les Chronolithes. Ici, la ferveur religieuse collective n’est pas le fait d’un groupe restreint mais d’une véritable nation, galopant à toute vitesse vers sa perte car incapable de comprendre le monde qui l’entoure, pétrifiée dans des certitudes qui ne reposent que sur une seule chose: l’espérance.

Il faut dire que le fait que les émotions y soient continuellement partagées y joue beaucoup: s’il permet théoriquement une bien meilleure empathie, il place sur un piédestal la moindre euphorie collective, entrainant des choix irrationnels, jusqu’à l’absurde décision unanime de se jeter sans possibilité de retour à la reconquête d’une planète agonisante. On aurait difficilement pu imaginer meilleure métaphore des réseaux sociaux.

L’auteur dresse également un portrait évidemment désespérant de notre belle planète, condamnée et dévastée. Le Spin avait inexorablement rapproché pour notre espèce la date de l’inhabitabilité de la Terre (comme les activités humaines sont en train de provoquer un radical changement de la biosphère?) et ce qui devait prendre des millions d’années n’en aura pris que quelques milliers: la Terre n’est plus qu’une ruine sans vie.

Surtout, enfin, cette trilogie aura tenté de questionner les réactions humaines à la confrontation à une forme d’intelligence tellement supérieure que ses motivations profondes nous restent incompréhensibles: le fanatisme religieux, l’acceptation résignée, l’enthousiasme de la recherche de connaissances ou la folie du désespoir, entre autres; R. C. Wilson aura exploré la plupart des possibilités, au travers de divers prismes.

L’épisode final constitue ainsi une sorte d’apothéose, la rencontre entre l’humanité et les Hypothétiques ayant commencé par aboutir à la colonisation de l’espace proche pour finir, en un sens, par transcender le temps, avec l’écriture de l’histoire de Turk avant même que ce dernier n’ait mis les pieds sur Équatoria, soit dix mille ans avant les faits.

Autant dire que je conseille la lecture de ces trois romans.

Au revoir; à bientôt.

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