L’Étranger de la Plage

Il se sera écoulé plus d’un mois sans parler de manga ici. J’avoue que je ne m’en étais même pas rendu compte. Désolé, je corrige ça de suite. Aujourd’hui, donc, L’Étranger de la Plage de Kanna Kii.

Mio Chibana, lycéen japonais, est orphelin: son père pêcheur avait disparu en mer quand il était enfant, et sa mère vient de décéder des suites d’une longue maladie. Il habite sur la même île que Shun Hashimoto, un jeune écrivain qui, trois ans auparavant, a gâché son mariage en annonçant ouvertement son homosexualité durant la cérémonie, et qui vit depuis chez sa tante. Mio passant ses soirées, déprimé, assis sur un banc à regarder la mer près de chez cette dernière, il commence à susciter la curiosité de Shun. L’Étranger de la Plage est l’histoire de leur rencontre et de la naissance, trois ans après, de leur idylle.

Quand on ouvre un manga étiqueté « yaoi » par son éditeur francophone, c’est un peu comme une loterie. Le genre de loterie qui fait qu’on peut se retrouver aussi bien avec un Piyoko Chitose-like  qu’avec un titre du calibre de Seven Days. Et les avis (détaillés ou non) de lecteurs ou lectrices qu’on peut trouver sur les sites spécialisés n’aident pas vraiment, vu que le sens critique s’en est fait la malle depuis un bail, pour peu qu’il y ait jamais été présent, d’ailleurs: L’Étranger de la Plage faisait l’objet de retours plutôt positifs, mais c’était aussi le cas de véritables merdes.

Coup de pot, on est dans la tranche haute, et pas qu’un peu. Un reproche récurrent que je fais à bon nombre de « yaoi » à m’être passés sous les yeux est que l’histoire est très souvent d’une platitude insipide: dans une bonne moitié des cas, on a affaire à un scénario de romcom shôjo (ou josei) lambda ultra-archétypal où on se sera contenté de coller une bite aux personnages féminins et de rajouter des scènes de culs aussi crédibles que dans un hentai bas de gamme (avec certes souvent moins de récurrence). Pas ici.

Enfin, si, il y a bien une scène de cul (à la fin). Mais elle est logiquement amenée, pas franchement démonstrative et sert finalement plus à mettre en valeur l’évolution des rapports sentimentaux des personnages qu’à se rincer l’œil. Ces rapports sentimentaux, justement sont…crédibles. En fait, je ne vois pas vraiment comment mieux les qualifier.

Déjà, on est très loin ici de la société idéale, où la tolérance à la non-hétérosexualité serait une norme acquise et où il n’y aurait nulle homophobie, telle qu’on peut en trouver dans pas mal de titres (lesquels ne s’encombrent généralement pas de ce genre de problématique pour foncer directement aux histoires de fesses): Shun n’a pas que gâché son mariage, il s’est également attiré l’opprobre de sa propre famille, et s’il vit dans un environnement plutôt ouvert, on devine assez facilement, au peu de personnages présentés dans le manga, que ses interactions sociales sont quelque peu limitées (et sa profession d’écrivain ne lui en demande apparemment pas davantage).

De plus, là où beaucoup de titres auraient joué la carte de la facilité en rajoutant des personnages masculins pour générer des ambiguïtés ou autres love-triangle,  il n’y a ici pour seuls personnages masculins nommés que Mio et Shun, tous les personnages secondaires récurrents étant féminins (la moitié d’entre-elles étant lesbiennes). Le doute, l’ambiguïté, reposent dans L’Étranger de la Plage sur la question de l’acceptation de l’homosexualité.

Acceptation par les autres, déjà, mais aussi par soi-même: Mio est-il vraiment et sincèrement amoureux de Shun ou cela n’est-il qu’une passade avant de revenir à une sexualité plus hétéro-normée? Shun reviendra-t-il en arrière pour retourner vers son ancienne promise, quitte à hypocritement faire semblant, au nom des conventions sociales? Peut-on prétendre aimer quelqu’un si on l’invite à se nier, ou si on se nie soi-même, même quand on est persuadé que c’est pour le plus grand bien?

Enfin, si l’histoire est intelligemment construite, le dessin n’est pas en reste: Kanna Kii a un trait tout en délicatesse, un peu à l’image de celui de Rihito Takarai (à qui l’on doit Seven Days, Seule la Fleur Sait et Welcome to Hotel William Child Bird), qui sied totalement à ce type de récit.

L’Étranger de la Plage est donc un one shot très réussi, à tous les niveaux. Plus qu’à attendre que sa suite soit publiée, en janvier.

Au revoir; à bientôt.

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