Fighters Megamix a 20 ans

Histoire de finir en beauté sur les post-anniversaires de cette année, parlons un peu d’un jeu… dont tout le monde se fout aujourd’hui, même ceux qui l’ont adoré à l’époque: le premier crossover de Sega (à ma connaissance), à savoir Fighters Megamix.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, faire un crossover de différentes franchises de jeux de baston, même appartenant au même éditeur, n’allait pas de soi au milieu des années 1990. En fait, à part SNK avec les premiers King of Fighters, personne ne s’était vraiment risqué à plus que caser dans un roster un ou deux persos d’une autre franchise au background proche (comme Ryô Sakazaki dans Fatal Fury Special et Geese Howard dans Art of Fighting 2, l’histoire des deux jeux se déroulant dans la même ville à des époques différentes; ou Guy et Sodom dans Street Fighter Zero).

Mais il se trouve que la seconde moitié de ladite décennie connut un certain tournant avec la multiplication de tentatives plus ou moins légitimes de faire se rencontrer les peuples de différents jeux de combats. Au point que les crossovers en jeux de baston étaient devenus un lieu commun dans les années 2000, avec moult mélanges vidéoludiques de franchises au succès variable, mais le plus souvent trop limité pour se constituer en nouvelles séries: les KoF et les MvC restent encore de nos jours d’étonnantes exceptions compte tenu de leur résilience, quand SVC Chaos, Neogeo Battle Coliseum, Capcom Fighting Jam ou Street Fighter X Tekken semblent condamnés à demeurer des essais sans lendemain (même si j’espère sincèrement me tromper pour les deux premiers, je ne me fais pas beaucoup d’illusions).

À cette liste de jeux sans lendemain, on pourrait ajouter un certain nombre d’autres titres, dont Fighters Megamix. Ce dernier avait pour vocation de regrouper les combattants des jeux de combat phares de Sega à cette époque, en l’occurrence ceux de Virtua Fighter 2 et de Fighting Vipers. Et c’est précisément ce qu’il a fait; mais pas seulement. Peut-être Yû Suzuki (qui chapeautait le projet) trouvait-il que ça faisait un peu short en termes de nombre de combattants, puisqu’en plus du roster complet des deux jeux furent ajoutés Janet de Virtua Cop, Siba (un perso proto du premier Virtua Fighter qui n’avait pas été retenu dans la version finale, si ma mémoire est bonne), des personnages de Sonic the Fighter, les versions Virtua Kids de Sarah Bryant et Akira Yûki, la Hornet de Daytona USA, le palmier-mascotte de l’AM2 et un morceau de viande (entre autres).

Et on commence à voir poindre la première limite du jeu: il n’avait aucune cohérence artistique. Si les personnages de VF (et Janet) avaient à l’époque un côté stéréotype/archétype très prononcé visuellement, la série a toujours brillé par une relative volonté de « réalisme » (pour peu que ce mot veuille dire quelque chose dans le monde des jeux de baston); dans le même temps, ceux de FV semblaient tout droit sortis d’un carnaval et détonnaient déjà totalement en face (sachant qu’il n’y avait eu aucun redesign); alors que dire lorsqu’on se retrouvait avec un hérisson géant en SD ou une bagnole en antagoniste?

Mais bon, la règle dans un jeu de fight, c’est que tant que le gameplay suit, OSEF un peu des problèmes de design (joueur de Waku Waku 7, je sais que tu me comprends). Et justement, il était très bon… et paradoxalement, c’était là que se trouvait la deuxième limite du jeu: c’était un hybride VF2/FV; deux jeux au gameplay relativement complexe de base, et pas nécessairement très intuitif; donc pas d’effet « Super Smash Bros. » ici (je ne veux pas dire par là que ce dernier n’a aucune complexité, mais qu’il est suffisamment facile à prendre en main pour qu’un débutant ou un casu puisse prendre son pied sans trop s’impliquer). Dans Fighters Megamix, à moins d’avoir pratiqué les deux autres jeux, il fallait s’entrainer pour en tirer un minimum (comme pour ses modèles, en fait).

Troisième et dernière limite du jeu, enfin: c’est une quasi-exclusivité Saturn (le « quasi » n’étant là que pour rappeler qu’il a fait l’objet d’un portage tardif sur une merde de Tiger); pas de portage PC, et surtout pas de version arcade, ce qui était incompréhensible (c’était la spécialité de l’AM2) et quelque part suicidaire, vu qu’à cette époque, un jeu de baston rencontrait encore l’essentiel de son succès d’estime en salle (malgré la crise du milieu). Était-ce pour éviter d’entrer en concurrence avec Virtua Fighter 3 et Last Bronx, eux aussi sortis (en arcade) en 1996? Ou parce que le marché était à l’époque saturé de jeux du genre, en 2D comme en 3D?

Toujours est-il que, malgré des notes excellentes dans la presse spécialisée à l’international, malgré des critiques souvent dithyrambiques, et malgré des ventes plus qu’honorables compte tenu de son format (il s’agit d’un des titres les plus vendus au Japon sur Saturn), il n’y a jamais eu de Fighters Megamix 2. Alors qu’a contrario, Fighting Vipers et Virtua Fighter ont pu continuer (peu de temps pour la première) leur petit bonhomme de chemin séparément par la suite.

De nos jours, le jeu a assez mal vieilli visuellement; davantage, même, que Virtua Fighter 2, sorti pourtant sur Saturn presque deux ans avant lui. Je pense que c’est lié au manque de cohérence artistique, encore une fois: le même jeu avec tous les personnages en SD façon Virtua Kids/Sonic the Fighter aurait probablement mieux affronté les épreuves du temps. Reste que ça n’aurait probablement pas changé grand-chose à son destin, de toute façon: après Fighting Vipers 2, Sega a fini par abandonner l’idée de développer des jeux de combat en 3D, à l’exception des Virtua Fighter. Dès lors, à quoi bon faire un nouveau Fighters Megamix, si c’est pour n’y retrouver que des persos cette dernière série?

Pour autant, Sega ne semble pas avoir totalement abandonné l’idée d’éditer des crossovers, mais il faudra se contenter de karting ou de tennis… ou apprendre à jouer avec des persos de Dengeki Bunko plutôt qu’avec les siens.

Au revoir; à bientôt; et joyeux Yule.

Publicités

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. VpViennetta dit :

    D’ailleurs, quid de la dégradation des armures des persos de FP dans ce jeu (et la possibilité de les faire voler en éclats) ? J’imagine que ce n’était pas implémenté.

    Très bon Yule à toi aussi (incroyable de se souhaiter un truc pareil).

    J'aime

    1. tommyloser dit :

      Si si, il y avait toujours moyen d’endommager les armures des persos de FV (et de quelques autres, comme Rent-a-Hero ou la Hornet). On ne peut pas vraiment reprocher aux dév’ de n’avoir fait aucun effort sur le gameplay, de ce côté-là: on retrouvait bien les spécificités et subtilités inhérentes aux deux franchises. ^^

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s