L’Éveil du Léviathan

L’année commence bien: je viens de délester ma PAL de deux pavés de 700 pages environ chacun: L’Éveil du Léviathan et sa suite, La Guerre de Caliban, soit les deux premiers tomes de l’épopée The Expanse, qui s’annonce longue (elle compte déjà 6 volumes en VO et trois autres sont d’ores et déjà annoncés).

L’humanité a quitté son berceau depuis un petit moment et a commencé à coloniser le système solaire: d’abord Mars, puis les planètes extérieures et la ceinture d’astéroïdes. Non sans problèmes, d’ailleurs: le gouvernement militaire de la planète rouge s’est érigé en puissance incontournable, rivalisant de facto avec les Nations Unies terriennes, et ce qui se situe au-delà s’est trouvé des velléités indépendantistes, de plus en plus virulentes. Bref, une poudrière spatiale qui n’attend plus qu’une étincelle.

Une étincelle qui porte un nom: Scopuli. Lorsqu’un cargo de glace s’arrête porter secours à ce vaisseau en perdition… il se fait détruire par un appareil furtif, ne laissant que l’officier terrien Jim Holden et quatre autres membres d’équipages comme survivants. Or, seules Mars et la Terre disposent de tels appareils, et la flotte de la première semble très pressée de récupérer les naufragés… qui s’empressent de révéler publiquement tout ce qu’ils savent, rapidement repris sur tous les canaux disponibles et jetant ainsi le trouble dans le système solaire: l’incident pourrait bien déboucher sur une guerre entre les deux principales puissances.

Pendant ce temps, l’inspecteur Joe Miller, alcoolique notoire de la station de Cérès, se voit chargé par sa hiérarchie de retrouver discrètement la fille prodigue de la richissime famille Mao-Kwikowski, Julie, et de la ramener de force dans le giron familial: terrienne sympathisante des indépendantistes, elle semble avoir été entrainée dans une affaire plutôt louche; liée au Scopuli. Tiens tiens.

L’Éveil du Léviathan est un récit de space opera suivant en parallèle le destin de Holden et de Miller, les deux se retrouvant inextricablement liés au fur et à mesure que se dénoue le sac de nœuds que constitue le jeu politique, diplomatique et économique à l’échelle du système solaire. Aussi alterne-t-on les chapitres sur l’un et l’autre, au départ dans des contextes radicalement différents, puis par la suite en des lieux identiques, livrant un point de vue divergent de la situation.

Le premier est un Lee Adama de Battlestar Galactica en mode bras cassé/loser naïf, quand le second est une sorte de Rick Deckard de Blade Runner en plus raté toxico/connard cynique, donc autant dire que voir ce monde au travers du regard de ces deux individus est pour le moins… intéressant. Déjà parce que ça nous change des surdoués, et ensuite parce qu’on peut être à peu près certains qu’ils feront LA connerie à ne pas faire si personne ne les en empêche (et c’est plutôt rigolo, je trouve).

Bref, à Miller les enquêtes dans les stations sordides et les magouilles crasseuses, à Holden les trucs cools à base de voyages spatiaux et de négociations avec les puissants. Aux deux les échanges de tirs avec les malandrins de la ceinture, les organisations criminelles et les para-militaires de compagnies terriennes pourries jusqu’à l’os, sur fond de mystères scientifiques.

Je ne sais pas si le duo d’auteurs qui se cache sous le pseudo de James S. A. Corey (en l’occurrence Ty Franck et Daniel Abraham) a été joueur de Mass Effect, mais les deux premiers volumes de The Expanse m’y ont furieusement fait penser (civilisations ET et IA rebelles en moins; ce qui fait tout de même un gros morceau manquant). Mais en même temps, Mass Effect est un pot pourri d’influences diverses qui ont traversé la SF depuis un siècle; peut-être s’agit-il simplement d’une démarche parallèle identique.

On retrouve par ailleurs dans L’Éveil du Léviathan des éléments horrifiques à la Alien, des conflits Terre/Colonies à la Gundam et beaucoup d’emprunts à la hard-SF, comme les évolutions biologiques de l’humanité sous des pesanteurs beaucoup moins fortes et des environnements beaucoup plus hostiles.

Cet aspect est particulièrement mis en avant, dans une version futuriste de racisme et de xénophobie: les habitants des planètes intérieures méprisent ces humains de la Ceinture et d’au-delà, grands et dégingandés, affligés de toutes sortes de maux et de difformités, économiquement à la traine; les Ceinturiens détestent, eux, ces nabots trapus qui grandissent dans des puits de gravité et qui les exploitent dans des conditions inhumaines. Sans compter que Mars et la Terre se méfient l’une de l’autre, dans ce qui ressemble très fortement à une forme de guerre froide interplanétaire.

Dans ce contexte, les désinformations, les informations partielles ou les déformations volontaires d’informations fiables à la base ont des répercutions titanesques et catastrophiques, comme l’apprendra à ses dépends Holden, lanceur d’alerte débutant. Miller est, lui, beaucoup plus rodé à l’exercice, ayant eu à jongler avec les diverses factions pour maintenir l’équilibre dans sa station (ce qui le rend d’autant plus désabusé), mais pas infaillible en la matière pour autant.

L’Éveil du Léviathan est un des meilleurs romans de space opera de ce début de siècle avec les œuvres de Peter Hamilton. Le principal reproche que je trouve à lui faire est son écriture et sa construction, qui ressemblent énormément à un scénario de série TV… et c’est finalement plutôt une bonne chose, puisque son succès lui a valu une adaptation en bonne et due forme sur petit écran (sur laquelle j’aimerai revenir un peu plus tard).

Au revoir; à bientôt.

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