Qualia under the Snow

Ce n’est pas un secret: j’ai une affection toute particulière pour Kanna Kii (la même que pour Rihito Takarai et Aki Shimizu, en gros). Aussi est-ce donc les yeux fermés que j’ai acheté Qualia under the Snow, son manga le plus récent en VF.

Akio Kobayashi est un étudiant studieux (oui, je sais, ça ressemble à un pléonasme, mais foutez les pieds juste une fois dans un amphi de première année en fac de psycho ou socio et vous pourrez constater que ce n’est en rien une évidence). Oh, et il est aussi misanthrope ascendant botaniste; du coup, l’essentiel de ses activités consiste à s’occuper des plantes à l’université et bosser. Habitant d’un foyer pour fauchés insalubre, il croise un soir un autre locataire, Michiru Umi Ôhashi, également inscrit à l’université locale (même si on ne sait pas trop en quoi; le sait-il lui-même, d’ailleurs?), bourré comme s’il sortait d’une soirée d’intégration d’étudiants en pharma (plus jamais de vodka-fraise-tagada; JAMAIS).

Arrive alors ce qui doit arriver tout-à-fait normalement dans ce genre de situation: ils baisent toute la nuit. Attendez, non, ça, c’était chez Piyoko Chitose. En fait, Akio se contente de ramener l’indélicat imbibé en son modeste logis et de chastement le border. Mais du coup, Umi en garde une certaine sympathie pour Akio et débute alors une belle histoire d’amitié entre l’asocial et le volage, le second tentant d’apprivoiser le premier tout en sentant ses sentiments grandir envers icelui (j’adore ce mot).

Et… bin… c’est un peu décevant. Attention, c’est très, très loin d’être de la merde et il s’agit d’un titre qui a totalement sa place dans toute mangathèque normalement constituée. C’est juste qu’après L’Étranger de la Plage et L’Étranger du Zéphyr, Qualia fait un peu pâle figure. Pour plusieurs raisons.

Déjà, il est plus maladroit dans son écriture… encore que je ne suis pas totalement certain d’être pertinent en écrivant ça. Étant très piètre nipponophone, je ne l’ai lu qu’en VF et je suis incapable de dire si les problèmes d’écritures viennent de la VO ou de la traduction. Toujours est-il que le duo de personnages principaux semble au premier abord très naïvement dépeint; ce problème s’efface au bout d’un petit moment (pour reparaître ponctuellement par la suite), mais il n’empêche que la première impression n’est pas la meilleure.

La faute à des dialogues (ou monologues) assez bizarrement écrits, ce qui est paradoxal, vu que c’était un des points forts des Étranger (d’où cette interrogation sur la traduction française de Qualia; autre éditeur, autre traductrice). Toutefois, j’ai un peu de mal à saisir la critique de Benjamin Benoit au sujet de l’emploi du mot « normal » pour désigner les hétéros: il s’agit ici d’une histoire se déroulant dans un pays qui, si j’en crois le sieur Tagame, est un pays affligé d’une profonde homophobie latente; il n’est par conséquent guère étonnant qu’un personnage homosexuel ait, dans ce contexte, totalement intériorisé sa soi-disant anormalité sous la pression sociale.

C’est totalement dégueulasse, on est bien d’accord, mais vu le contexte, on ne peut pas vraiment dire que ça nuise à la crédibilité du personnage d’Umi. Au contraire, c’est même, quelque part, ce qui contribue à renforcer l’idée qu’il souffre de l’image qu’il renvoie et justifie d’une certaine manière sa fuite en avant: incapable de se lier à qui que ce soit avant de croiser le chemin d’Akio, il intériorise directement l’idée que le seul homme avec il voudrait construire quelque chose est très probablement hétéro. Et souffre du regard qu’il pense méprisant d’Akio.

Ce dernier… est difficilement définissable avant la fin du manga. Il se présente au départ comme un personnage froid, distant, acerbe et peu loquace, ne cherchant non-seulement pas la compagnie des autres représentants de son espèce, quel que soit leur sexe, mais cherchant même visiblement à les éviter le plus possible: pas d’amis, pas de relations sexuelles, une famille dont il préfère se tenir éloigné…

Toutefois, Umi tapant l’incruste, il se sociabilise petit-à-petit (au moins avec ce dernier), jusqu’à une conclusion très convenue (pour le genre) et néanmoins un peu forcée, et qui du coup s’avère quelque peu décevante. Mais on parle d’un manga de Kanna Kii, et malgré ces quelques problèmes, il se place, encore, dans le haut du panier de sa catégorie.

Déjà parce que l’autrice à un trait particulièrement agréable, d’une grande délicatesse. Ensuite, parce qu’elle évite bon nombre d’écueils et d’outrances familières de beaucoup de mangas étiquetés « yaoi » (comme le fait de rusher une relation pour en arriver au plus vite à la case anal sex sans capote). Enfin parce que malgré les maladresses d’écriture, le duo Akio/Umi s’avère très attachant.

Bref, moins intéressant et plus maladroit que les Étranger, Qualia n’est pourtant pas dépourvu de qualités qui en font une lecture des plus sympathiques pour cet hiver.

Au revoir; à bientôt.

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