Logan

Le saviez-vous? Le personnage de Laura Kinney alias X-23 a fait sa première apparition dans la série animée X-Men: Evolution; eh oui, il aura fallu attendre l’année suivante (2004) pour la voir apparaître sur papier (dans NYX). Et elle constitue d’ailleurs le seul et unique apport réel de cette série médiocre à la franchise, mais c’est une autre histoire. Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que X-Men: Evolution est née consécutivement au succès du premier film X-Men, avec lequel elle n’entretient pas de lien narratif particulier mais dont on sent bien que, davantage que les comics, il a servi de base à son élaboration; tout comme sa suite immédiate, ultérieurement: X-23 est en effet apparue dans l’épisode 11 de la saison 3 diffusé en août 2003, soit quatre mois après X-Men 2, qui insistait lourdement sur le passé de Wolverine et les expériences dont il avait pu être l’objet/sujet. L’arrivée de X-23 au cinéma dans Logan (rien à voir avec Dacia, haha, lol, drôle, mdr, xptdr), troisième film spin-off sur Wolverine, constitue donc, d’une certaine façon, un juste retour des choses, une manière de boucler la boucle.

Wolverine n’est plus ce qu’il était: en vieillissant, son facteur régénérateur a perdu de son efficacité et la présence d’adamantium sur son squelette ne fait qu’aggraver les choses. Il bosse désormais comme chauffeur de limousine dans une Amérique post-Trumpienne où les mutants se sont quasiment éteints: il n’y a pas eu de nouvelle naissance depuis des années et les adultes ont été pourchassés et exterminés jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une poignée. Dont Logan, mais aussi Caliban et Xavier. Une infirmière mexicaine lui jette entre les pattes une petite fille qui serait l’une des dernières mutantes, et voilà Wolvie papa-ours à devoir gérer une gosse et un vieillard grabataire, poursuivi à travers le pays, du sud au nord, par les agents de Donald Pierce (j’ai comme l’impression que le main villain a été spécialement choisi pour son prénom pas du tout connoté).

Et donc, contrairement à ce que le titre aurait pu laisser penser, Logan n’est pas une adaptation directe de Old Man Logan. Je vois de toute façon mal comment ç’aurait pu être le cas, vu que les relations entre Marvel Comics et 20th Century Fox sont toujours aussi exécrables. Le scénario du film mélange en réalité des éléments qui en sont issus (Wolvie vieux, X-Men morts…) à quelques emprunts à X-23: Innocence Lost, X-23: Target X et X-Men: Le retour du messie. Avec son lot de nouvelles idées plus ou moins bienvenues, comme par exemple le fait que les mutations n’apparaissent plus à la puberté, mais dès l’enfance (ce qui leur ôte la quasi-totalité de leur portée symbolique; mauvais point).

Construite comme un road movie, l’histoire prend à contre-pied les archétypes narratifs des films de super-héros; ne serait-ce, déjà, que parce qu’on ne structure habituellement pas une histoire de super-héros au cinéma sous la forme d’un road movie; mais aussi et surtout parce qu’on y montre des personnages principaux profondément épuisés et diminués (Logan, Xavier), ou immature (Laura), en proie à des antagonistes qui n’auront de cesse de les pourchasser jusqu’à la fin. Du Mexique au Canada, le voyage est initiatique et salvateur pour Laura, mais pour les deux autres, c’est une sorte de recherche de rédemption ou d’espoir perdu, à son corps défendant dans le cas de Logan, qui a accepté, la rage au ventre, les terribles implications de cette nouvelle réalité.

C’était d’ailleurs le point de départ de Old Man Logan, où l’arrivée d’un personnage porteur d’un relatif espoir (Hawkeye, en l’occurrence), lançait le griffu sur la route. Ici, c’est X-23 qui tient ce rôle, de manière particulièrement bienvenue puisqu’elle nous est présentée comme sa fille pas vraiment naturelle: Logan, c’est donc une « famille » claudicante et constituée à l’arrache en voyage dans un pays de merde, avec des tueurs aux basques, pour l’avenir de la mutanité.

Symboliquement parlant, la portée de ce film dépasse pratiquement tout ce qui a pu être produit dans la franchise jusqu’ici: à travers ces trois ou quatre mutants que nous suivons, c’est toute une frange de l’Amérique actuelle, désespérée, dont on suit l’errance; ce n’est pas un hasard si le voyage commence au Mexique pour s’achever au Canada, présenté comme une terre d’espoir où les mutants sont acceptés tels quels et accueillis comme les réfugiés qu’ils sont, finalement. De même, la cause de l’absence de naissance mutante, telle qu’elle nous est (tardivement) présentée est lourde de sens. Tout comme le fait que des mutants (comme Caliban) sont impliqués (parfois à leur corps défendant, parfois non) dans la tentative d’anéantissement de leurs semblables.

Le jeu d’acteur n’est pas en reste, avec un Hugh Jackman meilleur que jamais et une jeune Dafne Keen qui signe ses débuts à Hollywood de manière tonitruante. Boyd Holbrook dans le rôle de Donald Pierce s’en tire à merveille, et s’avère peut-être même le meilleur antagoniste sans pouvoir jamais vu dans un film de la franchise. Quant-à Patrick Stewart… ben, c’est Patrick Stewart, quoi. Vous l’avez déjà vu mal jouer, Patrick Stewart? Parce que moi, jamais.

Bref, c’est un grand film… jusqu’à la scène de baston finale. Que je vais spoiler, donc passez au paragraphe suivant si vous voulez. Cette scène… n’a aucun sens. OK, ce sont des gosses apeurés qui fuient devant des paramilitaires lourdement armés… mais ce sont des gosses apeurés dotés de putains de pouvoirs! Et des pouvoirs qu’ils ont été entrainés à maîtriser! Alors pourquoi se laissent-ils aussi facilement capturer? Dans leurs rangs se trouvent un géomancien, une cryomancienne, une phytomancienne et apparemment au moins un télékynésiste! Même en admettant qu’ils se refusent à tuer (ce qui ne tient pas vraiment, vu qu’ils le font), ils avaient largement de quoi les arrêter. Et X-23, qu’on a vu massacrer des membres de ces escouades plusieurs scènes plus tôt attend d’être encerclée pour combattre et n’arrive à rien avant l’arrivée de Logan; alors qu’on est dans les bois, soit LE terrain favorable par excellence pour les mutants de type « Dominant Species » (Logan, Daken, Rahne, Sabretooth…). On pourrait se dire que le troupes de Donald Pierce disposent d’inhibiteurs de pouvoirs, sauf que cette hypothèse est infirmée (vu qu’un des gamins arrive à utiliser ses pouvoirs électriques même capturé et enchaîné; et il n’est pas le seul). Et puis d’ailleurs, l’ordre qu’ils ont reçu, les membres du commando, c’était pas de les éliminer, les mioches? Pourquoi les capturer vivants, prendre un GROS risque, pour après devoir les buter?

Toutefois, à part ce (gros) problème, il n’y a que peu de fausses notes dans ce film. Quelques fautes de goût, peut-être (X-24…), mais dans l’ensemble… eh bien c’est probablement le meilleur film de super-héros que j’ai vu depuis l’ouverture de ce blog, toutes écuries confondues. Une très belle réussite, plutôt inattendue si on se réfère à la qualité du premier épisode de cette série de spin-off.

Au revoir; à bientôt.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mikaya dit :

    VACHE !! un avis aussi dithyrambique de ta part, ce film doit être un chef-d’oeuvre alors o_O
    ou alors c’est un piège !!!!! et tu l’as tellement trouvé pourri que tu fais tout pour nous obliger à aller subir le supplice nous aussi !!
    oui voila, je ne vois pas d’autre explication (toi, aimer un film comme ça?? hérériiiiie :p lol)

    Blague à part, ça me donne grave envie de le voir pour le coup ^^

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  2. tommyloser dit :

    Bin, non, étonnamment: je suis totalement sincère et ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu non plus; c’est juste un film très réussi que j’aime bien, malgré ses quelques défauts (la baston finale étant ce que j’ai trouvé le plus meh).

    Il est suffisamment bon pour faire de lui le meilleur film de la franchise depuis le premier X-Men, dont il est d’ailleurs l’antithèse.

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  3. Deathmes dit :

    J’ai tiqué comme toi pour la bataille finale sur la double incohérence. Pour les pouvoirs on pourra essayer de mettre ça sur le compte d’un manque de maîtrise de ceux-ci, là ou celui de Laura est plus inné. Du genre la cryomencienne qui à l’air assez limitée. Ce qui ne les empêchent pas de s’en servir comme instrument de torture.

    D’ailleurs en ce qui concerne l’apparition précoce de leurs capacités c’est peut-être à mettre sur le compte des manipulations de Rice. Et question symbolique, j’ai bien aimé avec quel pouvoir se retrouve le leader du groupe.

    Mais bon, en dehors de ça j’ai vraiment bien aimé ce film qui arrive aussi à toucher des gens peu familiers à cet univers comme Serval avec qui je suis allé le voir. On ressent le dilemme de Logan qui sait qu’accepter d’aider ou d’être aider s’est mettre des gens en danger de mort. Et le vieux Charles-Xavier fait peine à voir. Faut dire que le cast est très bon dans l’ensemble et j’ai trouvé Jackman méconnaissable avec ses cheveux et sa barbe hirsute.

    Aimé par 1 personne

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