Young Avengers: Style > Substance

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L’idée avait tout de la blague de mauvais goût, sur le papier: faire une équipe d’Avengers composée d’ados en crise sur le modèle des Teen Titans, mais avec des « héritiers » d’Avengers existants (entre autres); conceptuellement, c’était très con. D’autant que les Runaways, une équipe du même acabit, mais avec des enfants de super-villains, avait eu droit à ses propres aventures peu avant; donc, risque de double-emploi. Mais Allan Heinberg et Jim Cheung avaient eu l’intelligente idée de tordre cette base pour la développer « à la X-Men » et aborder l’air de rien des thématiques progressistes, pour un résultat surprenamment accrocheur.

Jusqu’à cette année, Panini n’avait publié en France que le volume 1 et un autre titré La Croisade des Enfants. Le premier se posait en exposition des personnages, de leur passé et de leurs motivations, sous le regard à la fois bienveillant et amusé de Jessica Jones, alors devenue journaliste (l’action se déroulant entre les événements de House of M et ceux de Civil War). Le deuxième était centré sur le personnage de Billy Kaplan (Wiccan),  le mage de la bande, qui partait en quête de sa mère spirituelle, Wanda Maximoff (Scarlet Witch). L’équipe des Young Avengers avait entre-temps fait son apparition dans plusieurs épisodes de Civil War (où Hulkling jouait un rôle clef), et Secret Invasion (où Hulkling échouait à jouer un rôle clef; ça ne marche pas à tous les coups, non plus). Enfin, après une longue attente, le « volume 2 », titré Style > Substance est apparu sur le catalogue de Panini, pour sortir en librairie le mois dernier.

Loki, version enfant, se pointe tranquillou sur la Terre 212 pour y rencontrer America Chavez (Miss America) et lui proposer… de faire disparaître Billy Kaplan (celui de la Terre 616). Pendant ce temps, Kate Bishop (Hawkeye) file le parfait amour avec Noh-Varr (Marvel Boy) jusqu’à ce qu’ils doivent fuir une attaque Skrull qui les ramène dans les environs de la Terre. Pendant ce temps (oui, encore), Billy tente de ressusciter magiquement la mère de son petit ami, Teddy Altman (Hulkling), et se plante lamentablement en invoquant une monstruosité polymorphe ingérable. Pendant ce temps (ça n’en finit pas), l’ancien X-Man dépossédé de ses pouvoirs David Alleyne (Prodigy) a sympathisé au boulot avec Tommy Shepherd (Speed), le frère spirituel de Billy, avant qu’il ne se fasse enlever par un être qui a pris l’apparence du Young Avenger retiré Patriot. Tous ces événements se télescopant joyeusement, la nouvelle équipe (re)formée à l’arrache des Young Avengers va se mettre en quête de Tommy tout en tentant d’échapper au problème fausse-maman. En voyageant de dimensions en dimensions, vu que le pouvoir de Miss America fait le café et plein d’autres trucs.

Ça a l’air de partir dans tous les sens? C’est le cas; et pourtant, l’histoire arrive à conserver une cohérence narrative pendant presque la totalité du volume: la connexion entre les différents événement s’effectue très rapidement et les principaux points « obscurs » se trouvent surtout induits par le flou laissé sur les motivations du trickster local (aka Kid Loki) et la nature mystique de Billy.

Puisque nouveaux équipiers il y a, il a bien fallu tenter de plus ou moins les introduire, et si on ne présente plus Loki (qui a quand même droit à quelques segments perso), America Chavez est, elle, un personnage relativement nouveau (apparue pour la première fois en 2011 selon Wikipedia; sachant que cet arc des YA avait été publié originellement en 2013; pour ma part, je ne la connaissais pas avant).

De même, si Prodigy était un X-Man relativement célèbre en son temps (parce que sachant virtuellement tout faire), force est de reconnaître qu’on en savait finalement assez peu sur son compte (la preuve en est qu’il arrive à surprendre en outant sa bisexualité alors que, comme il l’explique lui-même, elle est une conséquence logique de son ancien pouvoir).

Mais comme dans la Croisade des Enfants, un TRÈS fort accent a été placé sur le couple Billy/Teddy (cette virée trans-dimensionnelle montrant un « moi » alternatif de Wiccan pour le moins impressionnant), questionnant Teddy sur son existence même, compte tenu des pouvoirs de son compagnon: un prince mi-Skrull, mi-Kree, c’est peut-être trop beau pour être vrai. De même, America a un lien très particulier avec Billy, ou plutôt avec ce qu’il est censé devenir, et c’est ce qui la motive à le retrouver lorsqu’elle apprend que Loki en a après lui.

Le voyage initiatique, ici sous forme de fuite et poursuite, constitue un prétexte à la révélation d’un certain nombre d’aspect de la personnalité des protagonistes ou de leur passé, en les confrontant tantôt à des versions agressives de leurs parents, tantôt à leurs homologues alternatifs, tantôt aux mondes qu’ils ont façonnés (même si ce dernier aspect ne concerne finalement guère que Marvel Boy et Wiccan). Et visuellement, bin, il a de la gueule, ce voyage. Carrément de la gueule, même. Kieron Gillen et Jamie McKelvie se sont permis pas mal de petites audaces visuelles, comme jouer avec les cadres ou les perspectives, certaines séquences m’ayant furieusement fait penser à une partie de Comix Zone. Certaines scènes de combat sont également très intelligemment construites, et le trait de McKelvie s’avère très régulier et expressif.

En revanche, en termes de scénario et d’écriture, les choix sont déjà plus discutables. S’il avait pu être reproché à Allan Heinberg et Jim Cheung d’avoir créé une équipe de héros hipsters-bobos version ado, l’aspect caricatural est ici encore plus poussé, au point de ridiculiser parfois ses enjeux. La lubie de Kid Loki pour les smartphones et les réseaux sociaux est ainsi assez pathétique, et l’espèce de banquet d’Astérix version teenager californien de la fin était plus que dispensable. On ressent beaucoup de lourdeurs dans l’écriture (genre de la référence pop culture toutes les deux planches, une volonté de coller de l’humour quand le texte en est déjà saturé… même si ça fait mouche à quelques reprises), et beaucoup de redites par rapport aux arcs précédents.

De fait, c’est à un recueil en demi-teinte que l’on a droit, où il est beaucoup question de réalités alternatives, de coming of age (notamment sur les rapports parents/enfants dans l’adolescence) et de problématiques LGBTQ (d’ailleurs, aucun personnage de l’équipe n’est 100% hétéro) traités tantôt intelligemment, tantôt stupidement, avec un rythme assez inégal mais une esthétique toujours recherchée et travaillée. De fait, s’il s’agit probablement du moins bon des trois volumes de Young Avengers parus en français, il reste toutefois bien meilleur qu’un certain nombre d’autres titres super-héroïques de Marvel.

Peut-être aussi que je chipote trop: Allan Heinberg et Jim Cheung avaient mis la barre assez haut dès le départ, et le duo Kieron Gillen/Jamie McKelvie a signé récemment The Wicked + The Divine, ce qui a certainement gonflé mes attentes.

Au revoir; à bientôt.

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