MS Gundam – Iron-Blooded Orphans (Saison 2)

Dans l’épisode précédent (il y a un peu plus d’un an), nous avions laissé les Tekkadan en position favorable au terme d’une histoire assez morne à base d’escorte de Relena-like sur fond de vagues magouilles politico-militaires et de yakuza eiga. Avec un bilan pour le moins mitigé. Qu’en est-il de cette deuxième saison?

Après leurs exploits contre Gjallarhorn, l’équipe de Tekkadan est devenue beaucoup plus fréquentable et doit désormais faire face à de nouveaux soucis: comment gérer une entreprise de sécurité militaire quand on n’a d’expérience qu’en combat? Alors que l’aristocrate rebelle McGillis avance ses pions pour « révolutionner » Gjallarhorn, les membres de Tekkadan vont apprendre à leurs dépends que faire confiance à n’importe qui est en général un raccourci vers le cimetière le plus proche.

Une bien meilleure saison que la précédente. Peut-être parce que la Relena de service a été promue à un lointain rôle administratif et décisionnaire sur Mars, alors qu’elle était une sorte de McGuffin neuneu et encombrant auparavant (ce qui fait qu’on la voit beaucoup moins). Mais ce n’est certainement pas la seule raison: les antagonistes déclarés ont aussi plus de consistance, à la notable exception de Iok Kujan, caricature ambulante de crétin détestable à tous les points de vue et doté de la capacité de survie d’un cafard.

Rustal Elion est ainsi un vrai connard manipulateur dont les projets restent nébuleux jusqu’au dernier épisode: si on sait dès le départ qu’il veut le pouvoir, on ne comprend que très tardivement ce qu’il a l’intention d’en faire. Et à ce sujet (ce qui a d’ailleurs constitué ma plus agréable surprise), le moins que l’on puisse dire est que l’on est assez loin de l’idéalisme, fanatisme ou nihilisme qui avaient depuis deux décennies habité les principaux bad guys de la franchise: Rustal Elion est et reste, du début à la fin, un pragmatique.

Quant-aux « revenants » réguliers de la saison précédente, ils ont aussi gagné en consistance au passage (à part McGillis, qui est inexplicablement devenu con; ou peut-être l’a-t-il toujours été, mais ça ne se voyait pas trop jusqu’alors). Le duo Orga/Mikazuki continue de fonctionner, et la diminution physique de ce dernier ne lui hôte rien (à ce sujet, s’il n’est pas le premier personnage de pilote handicapé dans la franchise, c’est bien la première fois qu’une série TV Gundam propose un héros paralytique).

Reste que, si ces personnages sont globalement intéressants, il ne sont pas des mieux exploités. En fait, le pire ennemi de la série est sa trame scénaristique. Déjà pas franchement terrible dans la première saison, elle est dans la seconde totalement décousue, laissant l’impression d’un build up bancal jusqu’au début du dernier arc. De fait, il est difficile d’y trouver un réel fil directeur, tout au plus une suite d’événements entre lesquels sont ballotés les Tekkadan et leurs amis. Événements qu’ils subiront davantage qu’autre chose, d’ailleurs.

Enfin, demeure le plus gros problème de la série depuis le premier épisode de la saison 1: elle est incapable d’exploiter la densité de son background. Les Mobile Armors, l’héritage d’Agnika Kaieru, le transhumanisme… autant de points d’intrigue qui auraient pu faire l’objet d’un développement, au moins succinct, mais relégués à l’état de simples éléments contextuels, au mieux de plot twists, au milieux de sous-intrigues et de querelles de yakuzas.

Toutefois, malgré ce potentiel gâché, la série a su trouver de bonnes idées, qui lui ont permis de sortir un peu de la routine entretenue par la franchise depuis ∀ Gundam. Il s’agit, par exemple, à ma connaissance, de la première série TV de la franchise à mettre en scène un personnage ouvertement homosexuel (Yamagi Gilmerton), sans cependant tomber dans les clichés pseudo-humoristiques lourdingues habituels. De même, elle propose des combats beaucoup plus brutaux que les précédentes, à la limite de la bestialité (la dernière bataille étant certainement l’une des plus intenses). Elle sait aussi se montrer à la fois logique (dans son déroulement général) et surprenante (dans son événementiel), prenant parfois à contrepied certains lieux communs et facilités scénaristiques récurrentes. Pour sa fin, notamment.

Elle tranche radicalement avec ce qu’on a eu l’habitude de trouver dans les déclinaisons télévisuelles de Gundam. GROS SPOILER (passez au paragraphe suivant si ça vous dérange): McGillis, Orga, Akihiro et Mikazuki meurent (au combat ou assassinés), laissant le champ libre à Rustal Elion pour… appliquer la politique démocratique voulue par McGillis. Plot twist? Même pas: tout se déroule de manière on ne peut plus logique, sans deus ex machina ni trahison de dernière minute. Après tout, si on savait dès les premiers épisodes que Rustal ferait tout pour prendre le pouvoir total, il était toujours resté vague sur ce qu’il en ferait; il s’avère qu’il était, lui aussi, réformiste. L’ironie du sort a voulu que sa prise de pouvoir n’a été rendue possible que par la rébellion d’un autre adepte du changement, soutenu militairement par d’autres individus qui voulaient faire évoluer les choses. Il lui aura fallu les diaboliser et les vaincre pour gagner sa légitimité la plus absolue, permettant ainsi l’application de leur politique, post-mortem, mais en son nom (et se tressant ainsi au passage une jolie couronne de lauriers). Gundam IBO réussit donc le tour de force de proposer un happy end qui est également un bad ending sanglant (il me semble d’ailleurs que c’est la seule série TV de la franchise à s’achever par la mort de son protagoniste principal; même Tomino n’avait pas osé avec V Gundam). Pour paraphraser le patron de Gundam-France, la série est une illustration de l’adage « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

Alors, que dire de plus, si ce n’est que, en dépit de ses multiples défauts, elle entre sans trop de problèmes au panthéon des meilleurs Gundam TV et qu’elle constitue peut-être ce qui s’est fait de mieux en la matière depuis le début du siècle…

Au revoir; à bientôt.

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