F. Compo a 20 ans

… même si c’est un petit peu inexact de dire ça, vu que sa prépublication a commencé en octobre 1996: le 23 avril 1997 correspond en fait à la première publication en bunko de cette rom-com de l’auteur de City Hunter et Cats Eyes.

Masahiko Yanagiba, étudiant, vit seul depuis le décès de son père dans un accident de la circulation. Mais il se trouve que, un peu avant la rentrée universitaire, il reçoit la visite de sa tante Yukari Wakanae, véritable sosie de sa mère, qui l’invite à venir habiter dans sa maison; après tout, Yukari, son mari Sora et sa fille Shion sont la dernière famille de Masahiko. Cependant, les apparences peuvent s’avérer trompeuses, car il s’avère que les Wakanae sont assez éloignés de l’image de la famille modèle japonaise qu’ils semblent renvoyer à première vue. Yukari et Sora sont en effet transgenres, fréquentant quotidiennement un certain nombre de personnes dans le même cas. Quant-à Shion… qui sait?

C’est en découvrant ce manga, environ deux ans plus tard à la faveur de la publication française de Tonkam (qui vieillit très mal, hélas!, avec un papier qui se décolle pour un oui ou pour un non), que j’ai commencé à relativiser pas mal la catégorisation éditoriale japonaise. Il s’agit en effet (à ma connaissance) du premier manga de Tsukasa Hôjô pré-publié en tant que seinen, ce qui paraît très incongru quand on sait que City Hunter, pourtant beaucoup plus violent et ayant pour héros un personnage beaucoup plus âgé que Masahiko, avait été pré-publié en tant que shônen. En réalité, la seule raison pour laquelle F. Compo a été classé à l’époque comme un seinen tient à la transidentité et au travestissement récurrent d’une bonne part de ses personnages.

Dans les années 1980/1990, plus encore que maintenant, la présence de personnages transgenres tenait pour ainsi dire presque uniquement du registre comique, avec un bon lot de mecs-en-meufs musclés et mal rasés. Du genre de ce qu’on pouvait trouver dans City Hunter, par exemple. Avec F. Compo, s’il ne reniait pas cet humour souvent lourdingue, Hôjô introduisait cependant une approche beaucoup plus sérieuse en parallèle sur la question du genre: au fond, dès le premier tome, il est évident, aussi bien pour Masahiko que pour le lecteur, que Yukari et Sora sont respectivement, avant toute chose, une femme dans un corps masculin et un homme dans un corps féminin, avec tout ce que cela peut impliquer de tracas quotidiens et de désapprobation sociale.

Mais c’est surtout la figure de Shion, la « fille » de la famille, qui est peut-être la plus fascinante: changeant de genre en fonction de son ressenti ou de ses envies, oscillant perpétuellement entre féminité et masculinité sans tomber dans la caricature, elle (ou il) s’amuse à faire tourner Masahiko en bourrique au fil des pages, se jouant de sa naïveté et de son indécision.

En sus de sa cousine (ou cousin), Masahiko doit aussi composer avec l’équipe du club de cinéma de l’université qu’il a rejoint et qui A-D-O-R-E le travestir pour en faire son actrice fétiche, pour le plus grand plaisir d’un yakuza pas désintéressé DU TOUT et au plus grand déplaisir d’une petite amie… assez antipathique, en fait. Sans compter les assistantes de Sora Wakanae, au tempérament flamboyant dès qu’une bouteille d’alcool leur tombe entre les pattes.

F. Compo occupe une place assez particulière dans la bibliographie de Tsukasa Hôjô. Outre le fait qu’il marquait la « charnière » entre son style 80/90 et son style post-2000, plus détaillé, posé et expressif, il s’accompagnait d’une volonté manifeste de faire passer un message de tolérance, de compréhension et d’acceptation relatif à une problématique sociale contemporaine bien réelle. Ce n’était certes pas la première fois pour le mangaka (on retrouvait par exemple une autre forme de message humaniste dans les histoires de La Mélodie de Jenny, véritable pamphlet anti-xénophobe), mais il s’agit assurément de celle de ses œuvres dont le propos a été le plus travaillé. De plus, le fait que l’un des quatre personnages principaux officie dans la profession de l’auteur (soit mangaka) n’est pas anodin; et lui permet de glisser par ailleurs quelques petites piques sur les rythmes de travail et leurs conséquences.

Rétrospectivement, il s’agit de mon manga préféré de cet auteur, probablement parce qu’il s’agit de celui qui m’a le plus touché, mais aussi parce que, parmi ses œuvres « longues » (celles de plus de 10 volumes en édition standard), il s’agit de celle dont l’histoire et les personnages sont les mieux écrits. Pourtant, elle est la seule parmi ces dernières à n’avoir jamais fait l’objet de la moindre adaptation animée. Dommage.

Au revoir; à bientôt.

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