Alien: inconvenant

Avant de commencer à parler du film proprement dit, deux ou trois petits trucs d’ordre contextuel. En effet, je m’interroge de plus en plus sur la santé mentale des professionnels du cinéma (enfin, de ceux qui restent, pour ce qui concerne les salles). Par exemple, quand un brillant esprit peut avoir trouvé pertinent de diffuser, juste avant la projection d’Alien: Covenant, la bande annonce d’Alien: Covenant (et uniquement celle-ci, en plus). Je veux dire, ça sert à quoi? Remarquez, c’est pas plus con que l’idée de la diffuser juste avant de passer Power Rangers, un samedi matin, alors que la moitié du public dans la salle est composé d’enfants (les parents ont A-D-O-R-É).

Autre chose: la pub pour le Dolby Atmos, illustrée de séquences spatiales. Je veux bien que ce soit un lieu commun du cinéma que de foutre des piou-piou et des bruits de réacteurs dans le vide spatial (qui comme chacun sait accentue la propagation des ondes sonores car il n’y a évidemment pas d’air pour l’atténuer), mais avant un film issu d’une franchise dont le slogan fut, un temps, « dans l’espace, personne ne vous entend crier » (et pas seulement parce qu’il n’y a personne à moins de 12 parsecs), ça fait légèrement mauvais genre.

Enfin (et après c’est promis, j’arrête), les pages de pubs avant les films m’agacent, mais ne m’insupportent normalement pas plus que ça; sauf quand un génie s’amuse à trafiquer les niveaux de son, rendant le truc littéralement douloureux. Sérieusement. J’en suis arrivé à associer inconsciemment le nom de certaines marques & magasins à « dégâts auditifs sévères, fuir de toute urgence » (ce qui n’est a priori pas le but recherché; à moins que le cinéma local ait été infiltré par les antipubs; auquel cas, bien joué les mecs, ça marche du tonnerre et je suis tout cœur avec vous).

Bref, après ces digressions, que dire de Alien: Covenant?

Suite à une sévère avarie, le vaisseau de colonisation Covenant (vu que c’est apparemment devenu la norme dans la franchise de nommer les films d’après le nom du vaisseau principal) se déroute vers une planète passée jusque là inaperçue mais présentant des caractéristiques la rendant parfaite pour un établissement humain. Las, sur place, un agent pathogène a semble-t-il anéanti toute faune et civilisation de la planète en question. Jusqu’à ce que certains membres de l’équipe, infectés, servent d’incubateurs à des bestioles coriaces et agressives.

S’ouvrant sur une séquence de flashback manifestement destinée à nous expliquer pourquoi David (l’androïde de Prometheus) est un connard, le film suit un tracé sans surprise, mais correspondant précisément à ce qu’on attendrait d’un film estampillé Alien. À savoir: un groupe de gens débarque quelque part ailleurs que sur Terre; il y a des facehuggers dans la place qui injectent un ou plusieurs embryons de xénomorphes dans un ou plusieurs hôte(s); les survivants essuient de lourdes pertes et tentent de s’enfuir et/ou d’en finir avec la ou les bestiole(s).

Ça, c’est le schéma de base, les variations s’opérant essentiellement au niveau du lieu (cargo minier, planète en terraformation, planète pénitentiaire…) et des personnages impliqués (transporteurs, marines, prisonniers…). Le tout déterminant la capacité de survie desdits personnages. Dans cet épisode, cette capacité est proche du néant, pour une seule et unique raison: les personnages sont juste trop cons pour vivre. Non, vraiment.

« Ah, maudite tempête magnétique! Il va falloir la traverser pour atterrir et ruiner nos communications en plus de risquer nos vies; ce n’est pas comme si on pouvait simplement attendre qu’elle se calme; ou essayer d’atterrir plus loin! »

« Ah, mais non! Il n’y a jamais eu besoin de combinaison hermétique quand on explore une planète inconnue! Allons! Ce n’est pas comme s’il pouvait y avoir des agents pathogènes mortels dans l’atmosphère! Ou comme si ces agents pouvaient contaminer des membres de l’équipe, tous bien entendu immunisés contre tous les maux connus et inconnus à ce jour! »

« Ah, bien sûr, cher inconnu que nous venons juste de rencontrer, nous te faisons confiance quand tu nous dis que cet endroit est absolument sûr; ce n’est pas comme si tu puais la tromperie à douze kilomètres; et tant qu’à faire, autant prendre le plus de risques inconsidérés! »

« Ah, sale traitre, je le savais! Mais je vais quand même continuer à te faire suffisamment confiance pour te suivre jusque dans ton labo chelou; tu m’as bien dit que c’était sans risque, ce n’est pas comme si… oh, la jolie bestiole arachnéenne dans l’œuf bizarre! C’est très… HMFFF!!! »

Et ça, ce n’est que pour le premier segment, celui de l’exploration de la planète. Le second, sur le Covenant, est une sorte de remake-hommage à Alien & Alien 3. L’ennui, c’est que le film est tellement démonstratif qu’il en perd tout ce qui pourrait paraître horrifique, se limitant à faire sursauter son spectateur à coups de jump-scares: si certains plans des xénomorphes les rendent majestueux, ce qui pourrait les rendre effrayant a été évacué (ou balancé en trailer depuis un bail), tandis que certaines scènes semblent s’évertuer à les ridiculiser.

Pourtant, le film partait avec de sérieux atouts. Déjà, il arrive après Prometheus; ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais se pointer après une bonne purge est le meilleur moyen de faire bonne impression. Ensuite, le mecha-design est très bien vu, tout comme le design en général, en fait. La cité ruinée des Ingénieurs, notamment, est magnifique, ressemblant à une sorte de Pompéi d’outre-espace avec des cadavres figés et fossilisés dans leurs derniers instants. Les néomorphes ont une forme plutôt intéressante, en bons prototypes des xénomorphes. Il faut ajouter à cela une photographie somptueuse, qui rend souvent honneur à ces designs.

Malheureusement, le reste ne suit pas. Le scénario, par exemple, n’est cohérent que si on admet que les personnages souffrent de troubles suicidaires (ou de connerie profonde). Même le « twist » de la dernière partie du film arrive avec de si gros sabots qu’on le voit venir une demi-heure avant, alors que bon, le principe d’un twist, c’est de surprendre. Le pire, c’est que le film crée des incohérences supplémentaires dans le background de la franchise, l’origine des xénomorphes n’ayant plus désormais qu’un rapport indirect avec les Ingénieurs; à moins que je ne sais quelle excuse capillotractée ne soit formulée à l’avenir dans un futur épisode de ce cycle de préquelles (qui devrait se faire aux dépends de l’épisode proposé par Neill Blomkamp, purement et simplement annulé; et ça, ça fait mal aux fesses).

Alors, Alien: Covenant s’en sort peut-être mieux que Prometheus, mais, d’une, ce n’est pas un exploit, et de deux, on n’arrive toujours pas au niveau des quatre épisodes des années 70/80/90. Et il contribue à gâcher le patrimoine d’un univers qui ne demande pourtant qu’à être encore développé. À croire que Ridley Scott lui-même ne saisit pas l’ampleur de ce qu’il a créé.

Au revoir; à bientôt.

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