Mass Effect Andromeda: La révolte du Nexus

Si les trois premiers romans se déroulant dans l’univers de Mass Effect, signés du principal scénariste de la trilogie de jeu originelle (Drew Karpyshyn), ne s’en sortaient pas trop mal en tant que « livres pour les fans » et demeuraient cohérents avec la saga de Casey Hudson, force est de constater que le quatrième roman, le bien nommé Deception de William C. Dietz (manque juste un accent), fut un vrai désastre (à titre indicatif, Bioware a indiqué en 2012 que, s’il devait y avoir une réédition, le roman connaîtrait de profondes modifications; on attend toujours et il semble bien que tout le monde ait envie d’oublier jusqu’à son existence; d’ailleurs, c’est le seul roman de la saga à n’avoir jamais été traduit en français, et il est très improbable qu’il le soit un jour; trop longue parenthèse). C’est donc avec une profonde inspiration et beaucoup de méfiance qu’on ouvre le dernier roman de la saga en date (et dernier tout court?), signé cette fois-ci Jason M. Hough et K. C. Alexander, une sorte de préquelle au dernier jeu sorti (auquel je n’ai pas encore joué) intitulé Mass Effect Andromeda: La révolte du Nexus.

Alors, avant toute chose, petit constat d’ordre éditorial: j’en ai ras-le-bol de ces autocollants de merde sur les couvertures du type « sélection du Festival du Livre de Vladivostok » ou « premier prix du Congrès Annuel de la Sodomie Littéraire » dont personne d’à peu près sain d’esprit ne tient compte. Même si j’imagine que ça doit un peu gonfler les ventes, sinon ça ne se ferait pas. Dans le cas qui nous intéresse, l’autocollant en question, non content d’être moche, arrache au passage la pellicule protectrice de la couverture quand on l’enlève, ce qui est déjà chiant à la base. Mais surtout… sérieusement, « recommandé par Gameblog.fr » ??? Le site qui place les scenarii de David Cage sur un piédestal? Qui a encensé FFXV? Et qui a accessoirement dégagé son fondateur récemment, s’attirant les foudres de ses propres fans? Ôtez-moi un doute: le but de ce genre de truc publicitaire, c’est bien d’aider le bouquin à se vendre, non? Parce que, là, on dirait plutôt que tout a été fait pour le plomber. Bref, le pitch.

Expédié dans la galaxie d’Andromède, le Nexus, contrefaçon HK de la Citadelle, est censé devenir le cœur névralgique du futur empire colonial des peuples conciliens exilés (plus un clan de Krogans). Las, à peine arrivés dans leur nouvelle patrie, le Nexus est victime d’un… truc, qui le bousille partiellement, tuant une bonne partie de ses occupants et ravageant ses systèmes. Parmi les survivants, l’humaine Sloane Kelly (chef de la sécurité), et le Salarian Jarun Tann (comptable) se retrouvent avec une situation à peu près ingérable sur les bras; d’autant que ce dernier est un technocrate prétentieux, accentuant les tensions à bord, notamment avec les Krogans et l’équipe du Turian Calix Corvannis. Sachant que les systèmes de survie sont au bord de l’effondrement et que les ressources disponibles  sont loin d’être inépuisables.

Et… bin… c’est pas mal, en fait. N’ayant pas joué au jeu, je ne peux pas juger de sa pertinence, ou vérifier s’il est cohérent avec, mais on a là une histoire intéressante, un huis clos où l’enfer est bien les autres, et qui semble respecter globalement ce qui existait dans l’univers de Mass Effect avant lui. En gros, c’est un peu l’anti-Deception qu’on était en droit d’attendre pour redorer le blason romanesque de la saga, et c’est réussi. Principalement grâce à deux auteurs manifestement passionnés par cet univers, dont ils ont semble-t-il bien saisi les rouages.

Sloane Kelly est un peu un archétype de personnage bourrin à grand cœur, mais pas dénuée de personnalité pour autant. Calix Corvannis est également un personnage intéressant, sorte de révolutionnaire porté à la tribune par la force des choses, sans absolue conviction. Même Jarun Tann, qui est ce qui ressemble le plus à un antagoniste dans cette histoire, n’est pas totalement un connard; même s’il est profondément élitiste et cynique; et raciste anti-krogan; ouais non, en fait, c’est bien un connard; mais il n’est pas présenté de manière binaire, contrairement à Saren dans le premier roman de D. Karpyshyn.

Le roman s’attache surtout à décrire une situation de crise absolue: abandonné dans une galaxie inconnue et en proie à un danger incompréhensible, l’équipage du Nexus est dès le départ privé de sa leader, et se retrouve avec à sa tête un technocrate, certes lucide et compétent dans sa partie, mais auquel il manque tout un tas de qualités humaines (ne serait-ce que la capacité à communiquer correctement) pour commander efficacement. En un sens, ce roman est une jolie métaphore politique, et c’est bien plus que ce qu’avaient été jusqu’ici les fictions dérivées des jeux Mass Effect.

À l’exception de Blasto: Eternity is Forever, qui se place à un niveau hypodiégétique, toutes ont adopté une approche intradiégétique, avec pour but d’éclaircir, avec plus ou moins de bonheur (ou d’utilité), les points obscurs laissés volontairement de côté dans le jeu: l’histoire d’Anderson avec Saren, la relation Liara/Feron, la manière dont Tali s’est retrouvée sur la Citadelle, etc. Celui-ci ne fait pas exception, mais il le fait globalement mieux que ses prédécesseurs.

Et les seuls reproches que je trouve à faire à son histoire sont vraisemblablement liés au background du jeu en lui-même, des choix qui appartiennent davantage à Bioware qu’aux auteurs (genre pourquoi aucun Quarian n’est présent alors que c’était précisément LE peuple à embarquer dans cette odyssée, habitués qu’ils sont à vivre en permanence dans des habitats artificiels et à faire littéralement voler des poubelles dans l’espace).

De fait, il est assez ironique de constater qu’une préquelle à un jeu généralement considéré comme mauvais, au mieux décevant, s’avère être l’une des meilleures fictions dérivées de la saga. Ce qui est d’autant plus dommage: l’échec critique et commercial de Mass Effect Andromeda a semble-t-il placé la franchise en cryostase durable, peut-être définitive. Tandis que ce qui reste de Bioware Montréal se retrouve relégué au rang de studio de soutien. Déprimant.

Au revoir; à bientôt.

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