Blame! (le film)

Tsutomu Nihei est à peu près unanimement considéré comme l’un des mangakas actuels les plus pertinents et déterminants en matière de SF d’anticipation; ce qui explique probablement pourquoi la majorité de son travail a été publiée en France, malgré le fait que son style soit peu racoleur (et donc peu vendeur). Cela explique aussi, sans doute, pourquoi deux de ses œuvres ont été adaptées sur petit écran: Knights of Sidonia, en série; et Blame!, tout récemment, en long métrage. Et c’est de ce dernier qu’il sera évidemment question ici.

Quelque part, dans le futur, le cyborg Killy (enfin, je crois que c’est un cyborg) erre dans une gigantesque cité à la recherche d’humains dotés de ce qu’il nomme « terminal génétique » (et que manifestement aucun des humains qu’il rencontre ne possède). Il se trouve que la cité en question est habitée par des machines meurtrières connectées en un réseau (la Safeguard) dont l’une des principales activités est d’éliminer les humains non-habilités à y résider (ceux qui n’ont pas le fameux terminal; autrement dit tout le monde). La quête de Killy l’amène à croiser la route d’un petit groupe de jeune gens, pourchassés par les exterminateurs de la Safeguard, auquel il vient en aide. Et qui le remercie en lui permettant d’accéder aux restes cybernétiques de la scientifique Cibo, qui cherchait autrefois un moyen de simuler artificiellement ledit terminal.

Ma connaissance du manga étant superficielle, je ne vais pas courir derrière les infidélités, mais dans mes souvenirs, il était beaucoup moins verbeux que cet anime. Parce que, là, ça parle; beaucoup. Et bien que ça se justifie par la complexité de l’univers créé par Nihei, le rythme s’en ressent fortement, avec moult phases explicatives qui, pour certaines, auraient peut-être pu être remplacées par du show don’t tell. Encore que je dis ça, mais ç’aurait été difficile quand même.

L’univers en question est un vaste espace high tech plus ou moins ruiné dont la nature a quasiment disparu, où survivent avec peine les quelques humains que les machines n’ont pas encore exterminés (bien qu’elles s’y emploient avec ferveur). Ces derniers sont réduits (déjà en nombre et en connaissances, leurs savoirs ayant décliné avec leurs pertes) à une vie tribale dans laquelle chaque sortie du périmètre sécurisé qui leur sert d’habitat est un risque de mort. Ce qui, en période de disette, est un sérieux problème (et c’est d’ailleurs le point de départ de l’histoire, puisque le groupe de Zuru est en quête de nourriture lorsque Killy vient leur sauver la mise).

Esthétiquement, cette cité est une vraie réussite. Nihei, architecte de formation, a su générer une ville splendide d’un point de vue post-apocalyptique et cyberpunk: elle est gigantesque, majestueuse, viscéralement hostile à la vie biologique (qu’on ne voit d’ailleurs quasiment pas en dehors des humains) et où les formes de vie les plus adaptées sont des transhumains (comme Cibo). Ce monde est devenu celui des machines, celui du réseau qui, au départ au service de l’humanité, a fini par se retourner contre elle. Il continue, mécaniquement, d’exister, de vivre dans la non-vie, sans que l’on sache bien dans quel but (ni s’il y en a réellement un, tant les machines semblent se contenter d’exécuter les tâches pour lesquelles elles ont été programmées de base).

Le design de ces machines n’est pas en reste, d’ailleurs, avec des exterminateurs qui ne sont pas sans rappeler certains archétypes du même genre (je songe notamment à certaines machines biologiques de la série Panzer Dragoon), un bâtisseur de taille monumentale et le surpuissant doppelgänger Sana-kan. Les différentes « phases » de l’existence de la transhumaine Cibo ont également une puissante force symbolique, de l’aspect rebutant de sa forme de cadavre cybernétique (façon T800 déglingué) à l’élégance mécanique de sa forme « restaurée » (à la fois humaine et inhumaine).

Ceci étant dit, il est bon de préciser un peu les choses: l’anime est en CG. De fait, si tout ce qui est décor et « artificiel »  ressort de fort belle manière, tout ce qui est humain traine dans l’uncanny valley permanente. On pourra objecter que l’expressivité des visages n’a jamais été le fort de Nihei, mais là, c’est juste crade 90% du temps. Acceptable pour Killy, Cibo ou Sana-kan, compte tenu de leur nature, mais totalement contreproductif pour les personnages 100% humains.

De plus, il faut bien dire que l’histoire narrée dans ce film ne surprend jamais vraiment, tant les thèmes abordés ont été largement traités dans la SF, au cinéma comme en série TV et tout un tas d’autres formats. Même les ressorts narratifs relèvent, au mieux, du déjà vu. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi, mais cela implique que l’anime n’aura finalement pour lui que son background et son identité visuelle.

C’est peut-être cela, le plus gros reproche que l’on puisse formuler au long métrage: il est formellement et narrativement plus proche de Vexille que de Ghost in the Shell, et ne tire son épingle du jeu que parce qu’il s’agit d’une adaptation d’une œuvre de Nihei, dont les univers ont une touche personnelle très palpable. Ce qui fait de lui un film sympa et intéressant, mais loin d’être aussi décisif qu’avait pu l’être le travail de Mamoru Oshii il y a plus de vingt ans (même si j’ai bien conscience qu’il s’agit d’adaptations de mangas radicalement différents dans leur propos, il s’agit dans les deux cas de cyberpunk et de réflexion sur le rapport humain/machine).

Plus qu’un simple divertissement, mais pas un chef d’œuvre intemporel, donc.

Au revoir; à bientôt.

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