Le Monde perdu: Jurassic Park a 20 ans

… enfin presque: il semble que Los Angeles ait été quelque peu favorisée par rapport au reste des USA et ait pu découvrir le film une semaine avant (je n’ai jamais trop su si cette histoire était vraie ou non, mais bon). Quoi qu’il en soit, le film devait assumer à la fois la charge de succéder à son illustre prédécesseur, auréolé de multiples prix (notamment pour ses effets spéciaux) et marquer le retour de Steven Spielberg sur le devant de la scène en tant que réalisateur, près de quatre ans après La Liste de Schindler. Mais il n’obtint qu’un retour critique au mieux mitigé.

Il se trouve que le Fossoyeur de Films lui a dédié un épisode récemment, que voici:

Ce qui m’arrange bien, puisque je n’ai pas grand-chose à ajouter, si ce n’est sur un point en particulier: son statut d’adaptation de roman. Mais il faut pour cela revenir quelques années encore en arrière; en 1990, pour être précis, année où fut publié Le Parc jurassique de Michael Crichton (qui n’est arrivé sous ce titre chez nous qu’en 1992).

En effet, si ce dernier avait bien servi de base au script de S. Spielberg pour la réalisation de Jurassic Park, en 1993, force est de constater que de multiples divergences apparaissaient entre les deux récits. Des détails, parfois, comme le fait que l’âge de Tim & Lex ait été inversé, et que, dans le roman, c’est le premier qui touchait sa bille en informatique. Ou que certains autres personnages jouaient un rôle un peu différent, comme Donald Gennaro (qui dans le film était fusionné avec un autre personnage du roman, Ed Regis; un con) Ou que certaines espèces de dinosaures étaient différentes entre les deux versions du parc (apatosaures remplacés par des brachiosaures dans la version filmique, etc.). Mais parfois, ces divergences avaient des conséquences plus, disons, importantes.

Il va falloir que je spoile, donc désolé d’avance. Le roman s’avérant relativement épais (et pas seulement du fait des fioritures de type tableaux statistiques, « captures d’écran » de PC ou représentations de fractales, très à la mode chez les matheux à l’époque), il a fallu élaguer pour en faire un scénario de film digeste, et un certain nombre de scènes ont logiquement disparu dans le processus d’adaptation. Parmi celles-ci, en vrac, l’attaque d’une fillette en vacances par des compys, un homme à l’écart de son groupe attaqué par une meute de ces mêmes compys jusqu’à ce que mort s’en suive, une attaque de T-Rex au travers du filet d’eau d’une cascade, ou un jeune T-Rex apprenant à chasser en jouant avec sa victime humaine (et aussi un passage avec des nids de raptors dans une zone volcanique, qui a réussi à se frayer un chemin jusque dans certaines adaptations vidéoludiques, mais c’est une autre histoire). Des scènes disparues du scénario du premier épisode de la franchise, mais qu’on finit par retrouver, par contre, dans la version filmique du Monde perdu (sauf les nids dans le volcan).

En revanche, et c’était plus problématique, la destinée de certains personnages principaux divergeait fortement entre le roman et le film. Notamment: John Hammond et Ian Malcolm mouraient dans le texte d’origine (et Donald Gennaro survivait, mais ça tout le monde s’en fout). De fait, lorsque M. Crichton a rempilé en 1995 pour écrire une suite à Jurassic Park, il dut tenir compte aussi bien de son roman que du succès du film, et de l’affection des fans pour certains personnages… dont Ian Malcolm. Aussi, par une pirouette scénaristique aussi crédible qu’un journaliste travaillant pour Laurent Ruquier, Ian Malcolm n’était-il en fait pas mort dans Le Monde perdu version roman. Mais Hammond, si, quand même (et en même temps, vu que c’était un vrai connard dans le roman, ce n’était pas bien grave; en plus, c’était lui qui mourait bouffé par la meute de compys).

Quoi qu’il en soit, ce nouveau roman suivait Ian Malcolm comme personnage principal. Pourquoi lui plutôt que Grant ou Sattler, alors qu’il était mathématicien et eux paléontologue/paléobotaniste? Parce que fuck la logique, mes bons amis! J’imagine que Jeff Goldblum devait être plus populaire que Sam Neill à l’époque (pourtant, merde, L’Antre de la folie de John Carpenter, quoi…). Bref. M. Crichton fit se dérouler l’action sur le « site B » d’InGen, soit Isla Sorna, où Malcolm, compte tenu de son expérience sur Isla Nublar, devait accompagner une équipe de secours censée retrouver le paléontologue Richard Levine, déjà sur place mais qui ne donnait plus signe de vie; pendant ce temps, une autre équipe, menée par Lewis Dogdson (le mec qui négociait avec Nedry dans Jurassic Park) débarquait sur l’île afin de s’emparer d’œufs de dinos pour le compte de la société Biosyn, rivale d’InGen.

Si le premier Jurassic Park version Spielberg prenait pas mal de libertés avec son matériau d’origine, Le Monde perdu allait, lui, beaucoup plus loin. En fait, il respectait vaguement dans un premier temps la trame générale (avec des fusions notables de personnages, comme Levine et Sarah Harding; avec disparition au passage de l’allusion à un éventuel lien de parenté avec le Dr Harding du premier épisode), pour ensuite s’en éloigner si totalement qu’on peut considérer qu’il ne s’agissait simplement pas de la même histoire. En gros, à partir de l’attaque des T-Rex sur le camion de l’équipe de Malcolm, il n’y avait pratiquement plus rien de commun entre les deux.

Les segments finaux, par exemple, n’avaient juste plus rien à voir entre eux, le roman s’achevant par une « fuite » de l’île devant des carnotaures caméléons (alors que l’équipe de Dogdson était décimée et qu’une épizootie ravageait la faune néo-mésozoïque d’Isla Sorna), tandis que la séquence « un T-Rex à San Diego » du film était une invention pure et simple de Spielberg (un hommage à King Kong, il paraît; jamais compris le rapport avec cette charmante ville de Chine orientale).

Bref; le film en lui-même était assez moyen (voire moins), même (et surtout, en fait) selon les critères de l’époque: quatre ans après un premier épisode aux petits oignons (j’écris ce mot comme je veux), dans lequel on nous avait appris à « respecter » ces « grosses dindes » et dont la portée symbolique écologiste était évidente. Le Monde perdu ruinait ces acquis (nan mais sérieusement, une gamine qui arrive à later un raptor en faisant des exercices de barres asymétriques???) et ridiculisait son message, moins par ses aspects de mise-en-scène ou de réalisation que par une écriture qui ne savait manifestement pas très bien où elle allait.

Ceci étant dit, le pire restait à venir, avec un troisième épisode en totale roue libre que même Sam Neill et William H. Macy ont échoué à sauver, et un Jurassic World très… meh.

Au revoir; à bientôt.

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