Predator a 30 ans

… et il a fichtrement bien vieilli, le bougre. Non, sérieusement, je l’ai revu il y a, quoi, deux ou trois jours, et à part un ou deux effets qui font aujourd’hui un peu cheap, ça passe crème. Rétrospective.

Est-il bien nécessaire de résumer l’histoire? Allez, pour ceux qui sont restés en hibernation depuis trente ans. La CIA est bien embêtée: dans un pays d’Amérique latine, un potentat se retrouve retenu en otage par la guérilla locale; mais les forces spéciales américaines, déjà sur place et censées résoudre le problème, ne donnent plus signe de vie. Le colonel Dillon recrute donc le major Schaefer, aka Dutch, et son équipe d’élite pour les retrouver, et finir le travail. L’ennui, c’est que si les agents des forces spéciales sont bien retrouvés par l’équipe de Dutch & Dillon, ils ne sont plus vraiment en état de faire quoi que ce soit: une créature extraterrestre a en effet investi la jungle pour en faire son terrain de chasse; elle a en outre choisi de considérer toute personne armée comme un futur trophée potentiel. Dutch et ses acolytes vont donc devoir faire face à ce dangereux prédateur.

On ne le répètera jamais assez: John McTiernan est l’un des plus brillants réalisateurs d’actioners de sa génération (et on ne peut guère que regretter que sa carrière ait été mise en hiatus depuis l’affaire Pellicano): du cultissime Piège de cristal (dont le titre français pète quand même beaucoup moins que Die Hard) au sous-estimé Le 13e Guerrier en passant par À la poursuite d’Octobre Rouge et Last Action Hero. Predator est son deuxième film, après Nomads (que je n’ai pas vu mais que la critique a défoncé). Autant dire que McTiernan avait encore tout à prouver en 1987. Et il l’a fait. Violemment.

Par des choix de mise-en-scène audacieux, sur lesquels je ne vais pas m’attarder, vu que le Fossoyeur de Films y a consacré une vidéo l’année dernière (et qu’il fait les choses beaucoup mieux que moi). Et par des choix de casting des plus pertinents. Arnold Schwarzenegger et Carl Weathers étaient alors des figures déjà bien connues des films d’action américains, et ils collent totalement à leurs rôles respectifs. Tout comme les autres, d’ailleurs: les acteurs ont une gueule (à commencer par Bill Duke & Jesse Ventura, dont c’est d’ailleurs le premier rôle au cinéma), ce qui, à une ou deux exceptions près, les rend mémorables; de plus, le fait d’avoir affaire à des soldats d’élite largués en zone hostile justifie le surdosage de guns, de muscles et de testostérone balancé sans ménagement à la gueule du spectateur.

Un surdosage qui laisse l’impression d’avoir affaire à de quasi-surhommes (ce que tend à confirmer le combat contre les guérilleros) et ne fait que renforcer l’impression de puissance qui émane du Yautja, quand il commence à les massacrer, l’un après l’autre. Hm? Oui, c’est le petit nom vernaculaire de l’espèce de l’ET du film. Un ET doté d’une technologie évidemment avancée, et d’une sale gueule; qui lui sied complètement, hein, mais on a quand même échappé au pire, vu que la première version du costume était plutôt ugly (mais avait un JCVD fourni avec). Merci Stan Winston (eh oui, encore lui).

Dans sa version finale, le Yautja est devenu un être iconique de la SF des années 1980, au même titre que les deux autres monstres sacrés de son temps (soit le T800 de Terminator et le Xénomorphe d’Alien); des créatures qu’il a d’ailleurs par la suite affronté en comics ou films ou jeux ou autres, mais c’est une autre histoire (une histoire souvent beaucoup plus triste). Le thème du Yautja, d’Alan Silvestri, est particulièrement mémorable, composé de percussions qui accentuent l’aspect menaçant du monstre tapi dans la jungle, prêt à fondre sur ses proies. Le fait que chacune de ses victimes se voie convertie en trophée de chasse joue aussi beaucoup dans son iconisation. Mais paradoxalement, ce sont peut-être les séquences en vue subjective du prédateur qui y ont le plus contribué: l’usage de filtres divers manifestait sa vision du monde viscéralement et biologiquement différente, celle d’un chasseur né.

Alors évidemment, le film est perclus de lieux communs, en particulier au niveau de la construction des personnages, mais il est suffisamment marqué par son identité propre et la qualité de sa réalisation. Au point de s’élever au rang de franchise culte et incontournable, jusqu’au tournant des années 1990 (avec une suite mémorable). Avant d’être mise de côté au cinéma pendant près de douze ans. Après, c’est sûr que lorsqu’on voit ce qui a pu être fait avec Alien ou Terminator sur ce même laps de temps, on se dit que ce n’est peut-être pas plus mal, mais il est assez étrange d’avoir dû attendre l’année 2004 pour voir sortir une… merde. Je ne vois pas d’autre mot.

Alien vs. Predator était le titre d’un très bon fps dans les années 1990 (le seul bon jeu de la Jaguar avec Rayman), d’un beat’em up super cool de Capcom sur CPS2 dans la même période, et d’une série de comics franchement sympa (et qui avait d’ailleurs été publiée en France, chez tellement d’éditeurs successifs que je ne sais même plus si elle l’avait été dans son intégralité). Alors pourquoi avoir voulu salir ce nom avec les navets de Paul W. S. Anderson? Bref.

Il aura fallu attendre 2010 pour que sorte un nouveau film de la franchise qui ne soit pas un cross-over miteux, et… mouaif. Predators tient plus du remake bling bling que de la suite de l’épisode 2 (ce dont d’ailleurs il ne se revendique pas; par contre, les dialogues font allusion aux événements du premier, si je ne m’abuse). Quant-à The Predator, censé sortir l’année prochaine… mouaif encore. Je sais bien qu’il ne faut jamais juger un film sur sa fiche technique, avant qu’il ne sorte en salle (ou ailleurs), mais Shane Black (réalisateur & scénariste de Iron Man 3; bon, il a aussi co-signé Last Action Hero) + Fred Dekker (réalisateur & scénariste de Robocop 3), ça fait quand même un peu flipper d’avance. Malgré la présence de Trevante Rhodes dans le casting.

Mais il n’empêche: trente ans après, la créature de Stan Winston a encore quelques belles années devant elle.

Au revoir; à bientôt.

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