All-New X-Men: Death of X

Près de trois mois se sont écoulés depuis le dernier post relatif à des comics sur ce blog. À vrai dire, s’il y a bien un type de bandes dessinées que j’ai quasiment abandonné, c’est bien celui-ci (encore que niveau fumetti, manhwa, BD franco-belge, manhua et autres, ce n’est pas plus reluisant). Le seul type de BD que je continue à acheter avec une certaine régularité, c’est le manga, et ma consommation a fortement baissé depuis l’année dernière (beaucoup de séries terminées et pas beaucoup de nouvelles entamées). Ceci dit, la publication en édition kiosque chez Panini d’un hors série Death of X/Inhumans vs. X-Men 0 avait attisé ma curiosité, puisqu’il s’intéressait à un événement marquant de ces dernières années dans les univers Marvel: la mort de Cyclops et les prémices du conflit avec les Inhumains.

Les Inhumains ont lâché sur la Terre 616 deux nuages tératogènes, inoffensifs pour les humains, mais permettant aux gènes dormants des Inhumains encore non-révélés de s’activer… sauf qu’ils s’avèrent également toxiques pour les porteurs du gène X, soit la totalité des mutants. Cyclops et son équipe découvrent ainsi sur l’île de Muir le carnage causé par le passage d’un de ces nuages et décide de prendre des contre-mesures violentes, tandis que Storm et Beast choisissent quant-à eux de travailler main dans la main avec Medusa et les Inhumains, pour tenter de sauver un maximum de vies. Deux logiques contradictoires qui ne peuvent évidemment qu’aboutir au conflit lorsque la première l’emporte.

Contrairement aux apparences, ce n’est pas Cyclops le personnage « principal » de cette histoire, mais Emma Frost, qui tire les rênes en coulisses, se posant à la fois comme le meilleur soutien des idéaux du binoclard et une manipulatrice cynique de son propre camp (dans un intérêt qui n’est d’ailleurs pas vraiment le sien): elle démontre encore une fois qu’elle demeure l’une des meilleures télépathes de son temps, tout en parfaisant sa maîtrise de sa peau de diamant.

Outre Emma Frost et Cyclops, ce sont surtout d’anciens membres bien connus des X-Men qui occupent le devant de la scène: Storm et Beast, surtout, mais aussi Magik et Magneto, et dans une moindre mesure les Stepford Cuckoos, reléguant les autres (Iceman, Archangel, Sunfire…) au rang de gros bras, à l’exception très notable d’Alchemy. Ce dernier était un mutant secondaire des années 1980/90, sans réelle envergure et au pouvoir pas franchement flashy, mais idéal pour rendre inoffensifs les nuages tératogènes. Le voici donc pour la première (et dernière?) fois sur les planches, avec un rôle central.

Côté Inhumans… eh bien, outre les inévitables Medusa et Black Bolt, entourés de leurs pairs, ce sont surtout Crystal et son équipe qui sont mis en avant (principalement Iso quand il s’agit de faire de la science avec Beast). On y découvre également un nouvel Inhumain keupon japonais surnommé Narco, dont le pouvoir sera un des déclencheurs de la crise. Pour être tout à fait honnête, il s’agit d’un groupe de héros qui m’a toujours laissé de glace; que ce soit en comics ou en série TV (où ils ne ressemblent en rien à ce qu’ils sont sur papier). Même s’il faut bien avouer que le pouvoir de Black Bolt est ici utilisé à très bon escient, sur le plan symbolique.

Mais niveau visuel, c’est très inégal, en particulier sur le plan des scènes de baston, qui oscillent entre l’excellent et le Benny Hill, et de certaines expressions faciales, très meh voire totalement dégueulasses. L’écriture tient à peu près la route, mais elle n’est pas folichonne non plus, et si l’évolution d’Emma Frost a quelque chose d’assez poignant, le tout semble très rushé dans l’ensemble. Les Inhumains, par exemple, laissent une impression de construction très monolithique, quand les mutants semblent plus nuancés (même si ça ne va pas bien loin).

De plus, si ces derniers se retrouvent dans une logique de survie, les premiers sont bien loin d’être hostiles aux mutants, bien au contraire: s’il y a conflit, c’est bel et bien du fait de la clique de Cyclops, utilisant sciemment les maladresses des Inhumains comme autant de prétextes à l’affrontement. Au prochain paragraphe, je spoile, vous voilà prévenus.

Cyclops est officiellement tué par Black Bolt, mais Emma révèle après coup que tout cela était une mise en scène de sa part: Scott Summers avait été intoxiqué par le nuage de Muir et est décédé peu après; tout ce qui a suivi n’était que le fruit de la manipulation mentale de Frost, afin de rendre Scott « immortel » sous la forme d’un idéal. On a de fait un conflit généré par une frange radicale de mutants fanatisés par une télépathe rendue folle de douleur par la mort de son amant.

La dichotomie entre mutants et Inhumains semble donc devoir servir avant toute chose de faire-valoir pour les seconds: face à des mutants adoptant des postures agressives, leur posture unanimement défensive, associée à la main tendue vers les mutants les plus amicaux, tend à en faire les « gentils » de l’histoire, supplantant dans ce rôle des X-Men ralliant, même pour certains des plus modérés d’entre-eux, les positions extrémistes de Cyclops & Frost en cas de conflit, solidarité génétique oblige.

Si les mutants étaient traditionnellement des représentants symboliques des minorités dans les univers Marvel (la dualité Xavier/Magneto pouvant renvoyer à la dualité Martin Luther King/Malcolm X, l’émergence des pouvoirs à la puberté pouvant symboliser la prise de conscience d’une sexualité différente, etc.), force est de reconnaître que les Inhumains peuvent également, sur le plan métaphorique, jouer ce même rôle, confinant les détenteurs du gène X à un statut de terroriste, ou de sympathisants desdits terroristes. Ce n’est pas un hasard si Magneto collabore activement avec Frost, et si Cyclops s’était autrefois auto-proclamé leader de la révolution mutante.

Ce recueil ne fait que confirmer, au fond, un constat qu’on peut observer depuis quelques années déjà: tout semble avoir été mis en œuvre chez Marvel pour faire évoluer les X-Men vers une position d’antagoniste par rapport aux autres équipes. Ils se sont entre-déchirés, ont été opposés aux Avengers (après avoir adopté une position totalement neutre dans Civil War; un comble) et enfin aux Inhumains, qui semblent à deux doigts de les supplanter dans leur ancien rôle symbolique, les reléguant à ce qui était autrefois le rôle de la Brotherhood de Magneto (à leur corps défendant pour beaucoup d’entre-eux, mais pas pour tous).

Peut-être faut-il y voir l’influence grandissante du MCU sur l’ensemble des univers Marvel, les X-Men en version papier payant le prix du maintien de leur franchise chez la 20th Century Fox pour son pendant cinématographique: il est plus intéressant pour Marvel & Disney de voir des Inhumains (dont ils ont conservé les droits) sortir grandis aux dépends de leurs adversaires mutants que de continuer à entretenir en kiosque ou librairie la flamme X-Men, si c’est une autre compagnie qui doit en récolter l’essentiel des fruits. Enfin, je dis ça, mais le tout récent arc ResurrXion tendrait à me faire mentir, si j’en crois les retours critiques (pas encore lu).

Au revoir; à bientôt.

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