Le Roi Arthur: La Légende du name-dropping

La Fête du Cinéma est parfois l’occasion de voir à moindre coût des films… qu’on serait allé voir de toute façon. Ou pas. Enfin, c’est difficile à dire, en ce qui me concerne, à propos de Le Roi Arthur: La Légende d’Excalibur de Guy Ritchie (cinéaste qui, en général, me laisse de marbre). J’étais prêt à faire totalement l’impasse dessus, en mode « mouaif, bon, y a autre chose à voir et c’est sûrement mieux » (sauf que, la moitié du temps, non). Parce que bon, on ne va pas se mentir: des nanars & navets pur jus baignant dans une atmosphère de fantasy à deux balles, il y en a eu un sacré paquet depuis la sortie de La Communauté de l’Anneau au ciné. Et quand il s’agit de porter à l’écran une partie du cycle arthurien, on n’a que rarement affaire au haut du panier (La Dernière Légion demeurera à jamais un de mes plus effroyables souvenirs en la matière).

Après avoir vaincu le magicien Mordred, le roi Uther doit faire face à la rébellion de son jeune frère Vortigern, qu’il ne parvient pas à enrayer: tout au plus parvient-il à faire fuir son jeune fils Arthur vers Londinium, où il sera élevé dans un bordel, apprendra la baston de rue et la ruse. Jusqu’au jour où, ayant mécontenté un chef viking protégé de Vortigern, son petit monde de gangsta-wannabe va s’effriter; d’autant que, c’est vraiment pas de bol, mais c’est lui qui retire l’épée du rocher, celle qui doit désigner l’héritier du trône d’Angleterre, attirant sur lui l’attention et les foudres de Vortigern. Heureusement pour lui, Merlin a prévu le coup et envoyé pour le soutenir une mage, laquelle s’est empressée de rejoindre la révolte contre Vortigern.

Je sais qu’il y a eu pas mal de rage et de larmes sur le scénario, en mode « c’est pas comme dans la vraie histoire » mais… techniquement, c’est quoi la « vraie histoire »? Parce que, pour autant que je sache, les plus anciennes versions écrites du cycle arthurien à nous être parvenues datent, au plus tôt, du Moyen Âge central (je parle là de récits arthuriens en bonne et due forme, pas de documents se contentant de mentionner le nom d’Arthur ou de Lucius Artorius Castus). Or, elles se basaient sur des traditions orales beaucoup plus anciennes (de plusieurs siècles). Même en admettant qu’il y ait eu une « vraie histoire » (l’originelle), cette dernière était déjà perdue depuis si longtemps, lorsque naquit le genre du roman arthurien en vers, qu’il est aujourd’hui a priori impossible de connaître précisément son contenu. Donc oui, des digressions et variations sur la légende, il y en a eu, moult, sur tous supports, au fil des siècles jusqu’à nos jours; d’autant que ces fictions se sont toujours profondément inscrites dans l’air du temps (que l’on songe à l’imaginaire clinquant de l’Excalibur de John Boorman ou aux motards du Knightriders de George Romero). Le film dont il est question ici n’échappe donc pas à cette règle.

Le futur roi Arthur est devenu un enfant des bas-fonds élevé par des prostituées et des malandrins (ce qu’il n’avait à ma connaissance jamais été jusque-là), qui va, par la force des choses perdre ce à quoi il tient, et, à son corps défendant, accomplir son royal destin. On pourrait se dire que, au moins, les scénaristes ont tenté des trucs, puisqu’on y trouve quelques choses d’assez nouvelles dans les légendes arthuriennes… sauf que ce sont quelques choses qu’on a vu des dizaines de fois par ailleurs: l’orphelin des rues au destin extraordinaire (on a même vu ça récemment dans Re:Zero), la bande rebelle en mode « Robin des Bois » (celui de Kevin Reynolds, notamment; ou celui de Mel Brooks, difficile à dire), la mage deus ex-machina bourrin, le roi usurpateur shakespearien…

Si bien qu’on a l’impression que le travail des scénaristes s’est limité à balancer tout ça dans un shaker, secouer, rajouter Excalibur, et coller des noms arthurien (Petit-Jean devient Perceval, Ahchoo devient Bédivère, MacBeth devient Vortigern, Tom Wu devient George, Ursula devient une « syren » anonyme avec deux filles…). Bref, ne nous voilons pas la face: ce film est un exemple parfait de name-dropping, et seul le coup de l’épée dans le rocher permettrait de rappeler la légende arthurienne sans cela. Et encore, ce n’est pas un élément exclusif à la légende arthurienne (et Excalibur n’est pas non plus l’exclusivité d’Arthur au sein de certains récits de ladite légende, mais c’est une autre histoire).

Pour ce qui est des aspects plus techniques, je dois avouer que j’ai un problème avec le rythme étrange du film, qui alterne entre l’épique PeterJacksonien et des moments montés comme des films d’espionnage ou des films de casse. Par ailleurs, certaines séquences sont filmés comme des séquences de films d’action et/ou de fantasy épique, quand d’autres adoptent une esthétique plus intimiste (les « moments Vortigern » notamment), créant une certaine dichotomie. Et de fait, on a l’impression que le film a le cul entre deux chaises en permanence. Ça, plus les habituelles incohérences d’un bloc buster moderne, le scénario qui aide les personnages, des effets visuels parfois moches (même si je pense que c’est plus une question de direction artistique qu’une question de qualité technique; mention spéciale à Skeletor, le boss de fin)…

Niveau casting, ce n’est pas franchement folichon. Ou plutôt, ce le serait s’il n’y avait pas deux exceptions qui font de leur mieux pour tenter de sauver le film. Eric Bana, tout d’abord, nous refait Hector, mais avec plus de classe, dans le rôle d’Uther. Et surtout, enfin, Jude Law incarne Vortigern, qui justifierait de voir le film s’il était le personnage principal de l’histoire, en lieu et place d’Arthur. Personnage tragique de traître obsédé par le pouvoir et la magie, il semble déchiré entre son affection pour sa femme et sa fille, et les sacrifices nécessaires à son maintien sur le trône. La mage anonyme pourrait tirer son épingle du jeu si elle n’était pas traitée de manière aussi monolithique, mais on lui sait quand même gré de ne pas s’être transformée en love interest d’Arthur, en dépit de la tension permanente entre les deux.

Bref, c’était plutôt bof, malgré quelques beaux moments de bravoure. J’ai le sentiment, au final, que le film essaie de courir trop de lièvres à la fois, créant régulièrement des dissonances de ton et des moments WTF. Pas franchement de quoi redorer le blason d’Arthur au cinéma, donc.

Au revoir; à bientôt.

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