Tsuki ga Kirei, ou comment dire « Je t’aime » sans en avoir l’air

Il arrive parfois qu’un titre dont on n’attend absolument rien, que l’on découvre, par curiosité, au détour du feuilletage d’un catalogue de site de streaming, s’avère être en réalité une petite perle. C’est précisément ce qu’est Tsuki ga Kirei.

Kotarô Azumi est en dernière année de collège, prépare assidument le festival traditionnel local, et rêve de devenir écrivain. Akane Mizuno est dans la même classe, prépare assidument sa prochaine compétition d’athlétisme et met le paquet pour rentrer dans un bon lycée. Les hasards de la vie voudront qu’ils commencent à s’intéresser l’un à l’autre, réciproquement, quand dans le même temps certains de leurs camarades se mettent à leur tourner autour.

Et bordel ce que cet anime peut faire du bien. Je suis bien conscient que, sur le papier, ça ne paie pas de mine, sent le plat réchauffé trois fois au micro-onde et semble singulièrement manquer d’ambition, mais il n’en est rien. Car, si l’histoire s’avère, dans les grandes lignes, plutôt convenue, son traitement délicat lui donne l’élégance qui fait défaut à énormément d’anime du genre.

Déjà par une luminosité rare, du fait d’un usage systématique d’aplats blancs sur les personnages. Ensuite par de petites notes narratives ou scénaristiques assez subtilement amenées. Et enfin par un refus de certaines facilités et ficelles habituelles: l’hésitation, consubstantielle au genre de la romance, ne revêt ici jamais l’aspect « ah mais il y a deux ou trois meufs/mecs qui me tournent autour; le/laquel(le) choisir? » par exemple.

La relation Kotarô/Akane est celle de deux ados timides qui se découvrent des sentiments l’un pour l’autre et les acceptent, sans jamais tergiverser ou jouer les tsundere à deux francs. Les interrogations ou les inconnues se situent à d’autres niveaux: partage-t-il/elle vraiment mes sentiments, notre relation survivra-t-elle à telle ou telle « épreuve » (lesquelles ne sont d’ailleurs jamais des événements grandiloquents à pathos exacerbé)? Et au delà du sentimental, qu’est-ce que je vais faire de mon avenir, suis-je vraiment « doué » dans ce que j’entreprends de faire? Autrement dit, des questionnements de pur coming of age.

Niveau réalisation, pas grand-chose à dire, vu qu’elle est très soignée, si ce n’est qu’elle semble avoir bénéficié de moyens relativement modestes. Je dis ça sans avoir vérifié son budget et le reste, alors peut-être que je me trompe, mais il y a des indices qui m’invitent à fortement le penser. Le fait qu’on ait un épisode résumé au bout de seulement six épisodes par exemple. Ou l’économie de moyens que l’on peut observer tout du long.

Si le paquet semble en effet avoir été mis sur certains passages (la danse traditionnelle de Kotarô ou les performances sportives d’Akane, notamment), d’autres laissent penser qu’on a essayé de réduire les coûts au maximum, par l’intégration ponctuelle (et discrète, généralement en arrière-plan) de CG, mais surtout par un usage réguliers de plans fixes. Et parmi ces derniers, des vues en gros plan d’écrans de smartphones utilisant la messagerie LINE.

Dont je ne parlerai pas ici, vu que je ne l’utilise pas et que l’article d’Amo évoque la question mieux que je ne le ferais. Mais je trouve assez brillant d’avoir, à l’heure où s’élèvent des voix contre l’addiction aux GSM, rappelé ce qu’ils étaient réellement, à savoir un outil de communication. Et dans le cas qui nous intéresse, une connexion logique et indispensable pour nos tourtereaux, rarement en présence l’un de l’autre en dehors des heures de classe: passions différentes, activités différentes, amitiés différentes (mais pas incompatibles, évidemment)… leur relation amoureuse naissante n’est pas une énième histoire d’amis d’enfance qui se découvrent des sentiments ou d’amitié de voisinage qui devient un peu plus par la force des choses: la connexion technologique est absolument nécessaire à son succès. Au point que c’est lorsque le GSM fait défaut que leur histoire risque le plus de se terminer (avant d’avoir réellement commencé).

L’aspect sonore joue aussi également sur la qualité générale de Tsuki ga Kirei, et si les OST sont peu mémorables, l’opening et l’ending font totalement leur boulot. Idem pour le doublage, fonctionnel dans l’ensemble, sauf pour Kotarô, doublé par Shôya Chiba. Ce dernier livre une performance radicalement opposée à celle qui était la sienne dans All Out!! (où il doublait Gion, le personnage principal tête-brûlée et un peu con): il n’élève ici jamais vraiment la voix et fait preuve de beaucoup de retenue (au point qu’on a parfois l’impression que sa voix se limite à un chuchotement), à l’image de son personnage timide, réservé et plutôt cérébral. Et donc à des années lumières de l’exubérance vocale à laquelle on est habitué dans l’animation japonaise. Ça n’a l’air de rien, mais c’est aussi par ce genre de détail que se crée une identité.

Car oui, cet anime, qui ne paie pourtant pas de mine, a une identité très forte, visuelle, sonore, et narrative. Cette dernière est d’ailleurs très… littéraire. Mais il faut dire que le titre annonce déjà bien la couleur: la formule est empruntée à Natsume Sôseki, une manière détournée d’avouer ses sentiments, de dire « je t’aime » sans en avoir l’air (mais en étant suffisamment explicite pour être compris). Tsuki ga Kirei déborde de références littéraires, que ce soit dans les titres des épisodes (celui du dernier étant, justement, celui d’un roman de Sôseki), dans les monologues intérieurs de Kotarô (qui apparemment adore Osamu Dazai), ou dans la relation que l’apprenti écrivain entretient avec sa passion dévorante (et qui est d’ailleurs l’occasion de troller un peu les milieux éditoriaux), en parallèle à sa relation amoureuse avec Akane.

Bref, Tsuki ga Kirei est une série à voir, l’une des meilleures du catalogue actuel de Crunchyroll. Une série qui, quelque part, joue sur la corde nostalgique (enfin, pour moi, c’est le cas), et réussit élégamment à saisir le moment de l’éveil des sentiments, le tout début d’une relation amoureuse, avec ce que cela implique de candeur et de naïveté, en esquivant avec brio la plupart des écueils du genre (le fan-service est en outre totalement absent, et c’est tant mieux). L’anime feel good du moment, donc.

Au revoir; à bientôt.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. VpViennetta dit :

    L’anime rappelle vraiment I »s de Katsura (Roman, ce sosie d’Itsuki xD), les boobs et les prétextes ou rebondissements abracadabrants en moins. Ce qui est très bien, on se concentre sur l’essentiel.
    Par contre, ce côté réaliste voire naturaliste des situations, des réactions et autres laisse comme une impression de platitude sur l’ensemble. Surtout que la case de chaque poncif est coché : le voyage scolaire, le festival, etc. Une réalisation un peu plus ambitieuse ou de meilleure facture aurait peut-être pu apporter le relief manquant.

    Après, les épisodes s’enchaînent sans peine, ce qui n’est jamais anodin. J’avais plus regardé d’anime du genre depuis Kimi ni Todoke. 😮

    Aimé par 1 personne

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