Princesse Mononoké a 20 ans

Histoire de continuer dans la catégorie « coup de vieux dans ta gueule », Princesse Mononoké du Studio Ghibli fête aujourd’hui les vingts ans de sa sortie au cinéma au Japon. Voilà, ça, c’est dit.

Durant l’époque de Muromachi, un sanglier divin rendu fou par une malédiction s’attaque au village d’Ashitaka, jeune prince qui parvient à le tuer. Las, son mal lui a été transmis, et Ashitaka doit se mettre en quête de sa cause pour éventuellement trouver un remède, sous peine de mourir. Commence pour lui un voyage initiatique vers une forêt peuplée d’esprits et d’animaux-divinités, non loin d’une forge où les humains vivent dans un rapport d’hostilité vis-à-vis de ces forces de la nature: San, une jeune fille élevée par des loups divins, se dresse violemment avec sa famille lupine contre les velléités industrielles de Dame Eboshi.

L’écologie et le mysticisme se sont toujours trouvées au cœur des œuvres de Miyazaki, et celle-ci ne fait non seulement pas exception à la règle, mais en est un des plus brillants représentants, une sorte de synthèse (réussie) entre Mon voisin Totoro et Nausicaä de la Vallée du Vent. Dieux-loups, dieux-sangliers et surtout dieu-cerf personnifient ici une nature surnaturelle, pas foncièrement hostile à l’humanité mais viscéralement hostile à certaines de ses activités qui impliquent sa destruction (au moins partielle), en l’occurrence celles de Dame Eboshi et de ses sbires.

Pour autant, les antagonismes de cette histoire ne se posent pas de manière binaire, et les raisons, tout comme la cause, de Dame Eboshi ne sont pas nécessairement moins valables que la lutte pour la (sur)vie des créatures divinisées: la volonté d’émancipation sociale et économique se heurte aux forces de la nature, qui n’a aucunement l’intention de s’effacer. À l’instar de ce qu’on pouvait trouver chez Nausicaä, ce sont donc ici deux formes de progressismes qui s’affrontent: celui, écologique, des partisans des « monstres » (ômu ou mononoke), contre celui, techniciste, des humains industrieux (même si pour le coup, il y a un sacré différentiel entre l’empire tolmèque et la petite entreprise de Dame Eboshi).

Toutefois, ces considérations seraient restées à l’état de vœux pieux si elles n’étaient servies par une excellente réalisation, dans les standards les plus élevés du Studio Ghibli aussi bien en termes esthétiques qu’en termes techniques (ce qui fait que l’anime a extrêmement bien vieilli par ailleurs): des musiques inoubliables, des paysages splendides, un dieu-cerf magnifique, etc.

Surtout, ses personnages sont profondément attachants, particulièrement San, mais également Moro, la mère-louve de San, ou le vieux dieu-sanglier Okkoto; même la hautaine Eboshi ou l’insidieux Jiko le sont aussi, à leur façon. Tous incarnent une facette du monde que découvre Ashitaka, lequel sera invité soit à prendre parti, soit à ne pas prendre part aux événements, et dont les décisions pèseront ce qu’elles pourront dans la balance.

Ce dernier se pose en pacifiste et médiateur, mais n’entend pas rester passif; son approche, naïve, ne manque cependant pas de pertinence (et plus d’une fois les faits lui donneront raison). Si bien qu’au fond, on peut se demander si ce ne sont pas les gens qu’il rencontre qui profitent de ce voyage initiatique, avant lui-même: s’il sort grandi de l’aventure, il n’en est pas nécessairement le plus profondément changé, intérieurement.

Bref, il s’agit d’une œuvre magistrale, pour toutes ces raisons. Distribution Buena Vista oblige, il aura fallu attendre encore quelques années pour le voir arriver dans nos contrées, mais en salle et dans une version correcte (ce qui n’a l’air de rien dit comme ça, mais c’était loin d’être la norme à l’époque: les films Dragon Ball Z avaient eu droit à de la censure en plus d’une traduction plus que meh).

Je me rappelle l’avoir vu à l’époque en me disant que « tiens, un anime japonais correctement doublé en français, ça nous change » (parce que jusque-là, quasiment tout ce que j’avais vu comme œuvre japonaise sur écran en VF, c’était du Club Do & assimilé où les comédiens se torchaient avec leur talent après avoir chié sur l’anime). Une petite baffe dans la tronche et une de mes meilleures expériences d’animation japonaise au cinéma, avec Nausicaä (pas le montage français tronqué des années 1980, mais la version du début des années 2000; la même qu’au Japon, en fait) et les Ghost in the Shell (oui, ça n’a rien à voir, mais c’est de l’animation aussi; et ça faisait partie des très correctement doublés, aussi).

Il avait fait l’effet d’une petite bombe en son temps, à une époque où la majorité de la presse de l’hexagone commençait à se rendre compte que les mangasses, c’était peut-être pas si tout pourri que ça, en fait (accessoirement un des plus magistraux retournements de veste collectif de l’histoire du journalisme français). Nul doute qu’il y a contribué. Et que son succès a contribué à faire connaître, en France, la plupart des œuvres de Miyazaki et du Studio Ghibli, de manière générale.

De nos jours, le revoir (ou le découvrir, même si j’imagine que ça ne doit concerner qu’une minorité de personnes) reste une expérience des plus agréables, et pas seulement par nostalgie: outre le fait qu’il reste visuellement (et musicalement) somptueux, son propos demeure plus que jamais pertinent.

Au revoir; à bientôt.

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