Valait Rien

Ah oui, oui, tout-à-fait, je ne me suis pas foulé pour le titre. Mais c’est (presque) mérité, je vous assure. Et en même temps… j’ai arrêté de croire en Luc Besson après avoir vu Le Cinquième Élément au cinéma il y a vingt ans, donc on ne peut pas dire que la qualité générale de Valérian et la Cité des mille planètes soit à proprement parler inattendue; ou décevante.

Valérian et Laureline, agents spatio-temporels, sont chargés par le gouvernement de récupérer un animal censé être le dernier représentant de son espèce dans la galaxie. Seulement voilà: Valérian rêve de la destruction d’Aquablue habitée par des Na’vis-pas-bleus, et il se trouve qu’il y a sur la « Cité des mille planètes » (aka Alpha, station spatiale errante construite par les humains et qui n’a jamais cessé de s’agrandir, avec plein d’ET) un gros problème posé par une zone radioactive en expansion, que le Commandeur Filitt voudrait bien éradiquer en même temps que le peuple qui s’y trouve et qui… « hohoho, moi, conspirateur, qu’allez-vous chercher, hohoho! »

Hm? Le paragraphe précédent n’a ni queue ni tête? Certes, mais c’est l’histoire du film en résumé (moins la deuxième partie; je ne vais pas vous spoiler le plus important, quand même; ce n’est pas comme s’il s’agissait de remplissage). En fait, je crois que Luc Besson ne sait pas écrire un scénario de SF; parce que, quand on regarde sa filmographie, on se rend bien compte qu’il y a en son sein de grands films, comme Léon ou Nikita. Mais dès qu’on touche au domaine du film de genre, ça fait pshitt, comme dirait un ancien président (ça ne veut pas dire pour autant que tout ce qui ne relève pas du cinéma de genre est bon chez Besson, il suffit de regarder Jeanne d’Arc pour s’en convaincre; j’ajouterais bien Taxi aussi, mais il n’était « que » scénariste et producteur sur le film; ce qui n’excuse rien, en fait; bref).

Quoi qu’il en soit, on a un film qui est visuellement irréprochable sur le plan technique, inégal sur le plan esthétique, et totalement à chier sur le plan de l’écriture. Niveau visuel, bin on ne va pas se mentir: Besson sait filmer et mettre en scène. Les couleurs sont magnifiques, les décors sont léchés et la musique colle relativement bien à l’ensemble, surtout dans la séquence d’introduction. Cette dernière, qui est d’ailleurs certainement la meilleure de l’ensemble du film, se présente sous la forme d’un montage exposant l’évolution de la station « Alpha » au fil des ajouts de population, en commençant par divers peuples terriens, puis extraterrestres, sur fond de Space Oddity. J’aurais même tendance à dire que le film est à voir rien que pour elle; mais qu’on peut aussi sortir de la salle après.

Niveau esthétique générale… je ne vais pas m’avancer sur la fidélité à l’œuvre d’origine, vu que je n’ai pas lu la BD (oui, j’ai honte, tout ça). Il est très possible qu’elle lui soit extrêmement fidèle, je n’en sais rien. Ce que je sais, en revanche, c’est que tout est du déjà vu sur écran depuis. Pour ce qui se trouvait déjà dans Le Cinquième Élément, on va mettre ça sur le compte du fait que Besson voulait depuis un bail travailler sur Valérian et Laureline, et que c’était en quelque sorte une forme de galop d’essai. Pour le reste, les auteurs de la BD ont beaucoup insisté sur le fait que leur boulot avait été pompé des années durant par les méchants américains qui n’ont décidément aucun respect pour les honorables français.

C’est certainement vrai, je n’en sais rien, je leur fais confiance, vu qu’ils sont les mieux placés pour le savoir; ce que je sais, en revanche, c’est qu’une grande part de ce qui se trouve dans le film pré-existait de toute façon dans la science-fiction littéraire avant que ne sorte le premier tome de la BD (la SF, américaine, notamment, s’était montrée particulièrement riche en matière de space opera ou de planet opera dans les années 1950/60). Quoi qu’il en soit, il ressort que, dans ce film de 2017, tout ce qui est montré a déjà été vu sur écran par ailleurs depuis, et donc qu’il arrive juste trop tard pour avoir l’impact visuel qu’il n’aurait pas manqué d’avoir s’il était sorti il y a trente ou quarante ans. Ou même ne serait-ce qu’il y a vingt ans, à la place du Cinquième Élément. Là, je dirais même qu’il fait un peu tache après deux épisodes convaincants des Gardiens de la Galaxie.

Quant-à l’écriture… ouch! L’intrigue principale est une énième histoire de complot d’un méchant de l’armée sur un peuple victime, tout ça (ce n’est même pas un spoil: le Commandeur Filitt pue la trahison dès son apparition à l’écran), mais ce ne serait pas un réel problème si elle était bien racontée. Et ce n’est pas le cas. Outre le fait que le film parte par moment dans tous les sens, il se paie en plus PLEIN de longueurs inutiles une fois le duo arrivé sur Alpha, un peu comme si le scénariste (Besson, en l’occurrence) avait décidé qu’il fallait des péripéties, plein de péripéties, TRÈS VACHEMENT BEAUCOUP de péripéties. Il en a donc rajouté des tas (le film aurait facilement pu durer une heure de moins sans perte), qui ne servent à rien, si ce n’est à ridiculiser ses propres personnages.

Tiens, puisqu’on en parle, les persos sont… vides. Déjà parce que la plupart sont justes fonctionnels et sans grande personnalité. Mais en plus, à part le vieil alcoolo joué par Alain Chabat, tous les acteurs ont l’air d’être morts à l’intérieur, c’est hallucinant. On dirait qu’ils n’ont strictement rien à foutre de ce qui se passe sous leurs yeux, c’est déprimant au possible. Au départ, j’avais peur que Cara Delevingne gâche un peu le truc, mais c’est finalement une des plus impliquées, en dépit du fait qu’elle doive jouer un personnage tête-à-baffe comme pas possible. Mais Laureline n’arrive pas à la cheville de Valérian en termes de connerie pure.

Parce que c’est bien là le plus gros problème du film: si son duo principal est con, c’est Valérian qui remporte la palme du perso le plus naze du film, haut la main. En gros, c’est un jeune crétin prétentieux qui ne peut pas s’empêcher de jouer les kékés en présence de sa « nana » (qui joue d’ailleurs à je t’aime/moi non plus avec lui jusqu’à la fin, et c’est super agaçant). Ah oui, parce que, si on en doutait, on a la preuve explicite que le film a bien été tourné en France, du fait qu’il souffre de la plus grande malédiction pesant sur le cinéma français de ces deux dernières décennies: le couple pour qui c’est compliqué parce que ce n’est pas facile de s’engager… Non mais sérieusement…

Enfin, le pire, ce sont les dialogues. Luc Besson n’a jamais vraiment été un dialoguiste de génie, mais là, c’est catastrophique. On dirait carrément du George Lucas, au point que, dès que les deux « tourtereaux » ouvraient leur claque-merde pour parler de leur relation, j’avais des réminiscences de Star Wars: Episode II! Ce n’est pas parce que les auteurs de la BD en veulent manifestement au créateur de Star Wars qu’il était nécessaire de se venger en imitant son « talent » pour l’écriture, hein…

Tout ça pour dire que ce fut un visionnage par moment pénible. Trop long (je ne mens pas en disant que le film dure une heure de trop), trop mal écrit, trop… déjà vu. Valérian et Laureline version BD devait être novateur en son temps, ne serait-ce que visuellement, mais nous sommes en 2017, et cinquante ans nous séparent de sa première publication dans Pilote. Entre temps, il y a eu tout un tas de séries, de films ou de jeux (difficile, par exemple, de ne pas penser à Star Trek ou Mass Effect en le regardant) pour traiter de l’ensemble de ces thématiques avec une pertinence et une qualité d’écriture que n’a pas le film de Luc Besson. Mais bon, vu que le film semble cartonner en France, je ne me fais pas trop de souci pour la santé financière d’EuropaCorp, en dépit de l’accueil très mitigé qui lui a été réservé outre-Atlantique.

Au revoir; à bientôt.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tomabooks dit :

    Je découvre ton blog par le biais de cet article et nous avons la même vision de ce film. Vraiment dommage… Pour une fois que l’on fait de la Sf gros budget en France

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    1. tommyloser dit :

      Et j’ai l’impression que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, si j’en crois la plupart des critiques que j’ai lu. ^^

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  2. Mikaya dit :

    Raté ! vu aujourd’hui et j’avoue avoir vraiment apprecié 😀
    Après, faut quand même se dire que Mass effect avaient déjà pompés allègrement sur l’univers de Valerian :p
    Déjà vu, certes, mais ça bouge bien, c’est drôle et ça en jette dans les mirettes !
    un bon divertissement sans se prendre la tête en somme 😀

    mais bon, comme tu le sais déjà j’ai des gouts des chiotte :p

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