Legend of the Galactic Heroes – Stratagem

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Alors que nous désespérons de voir la franchise revenir officiellement un jour en France (même si l’annonce d’une nouvelle série animée pourrait changer la donne), Haikasoru continue son œuvre de publication outre-atlantique, avec la sortie en juin dernier du volume 4, intitulé Stratagem. Ce qui est une très bonne chose. Ah, oui, j’oubliais: risques de spoils. Voilà, c’est dit.

Alors que le précédent volume insistait sur le maintien dans une forme de statu quo suite à l’échec de la tentative de reconquête d’Iserlohn par l’Empire, un événement inattendu vient changer la donne. Une cabale d’aristocrates romantiques a en effet comploté, avec l’appui de Phezzan, pour s’emparer du jeune empereur Erwin Josef II et le soustraire au pouvoir de Reinhard von Lohengramm. Or, il s’avère que Job Trünicht, à la tête de l’Alliance, s’est découvert des velléités de jouer à Constantin XI, et les accueille à bras ouverts, offrant ainsi un magnifique prétexte à Reinhard pour une guerre totale et une invasion en bonne et due forme. Mais alors que tout le monde (excepté Yang Wen-li)  imagine qu’Iserlohn sera de nouveau la principale ligne de défense de l’Alliance, les plans de Reinhard mènent la flotte impériale dans une tout autre direction.

Encore une fois, c’est Reinhard von Lohengramm qui mène la danse dans ce volume, avec un complot pas si inattendu qui constitue une véritable aubaine pour l’empereur en devenir. Erwin Josef II, âgé de sept ans, est un gamin imbuvable et les aristocrates qui l’ont embarqué chez l’ennemi héréditaire ont ainsi ruiné le peu de crédibilité et popularité qu’il leur restait au sein de l’Empire. Reinhard y règne désormais sans partage, avec l’appui du peuple et de la flotte, laquelle lui est désormais totalement acquise.

Côté Alliance, c’est la merde, du fait de calculs politiques malheureux et profondément factieux. Si tout le monde prend au sérieux la menace que représente Reinhard von Lohengramm, il est cependant largement sous-estimé, comme le prouvent la surprise provoquée par sa déclaration de guerre ou son choix de contourner Iserlohn en la jouant Plan Schlieffen. Seconde erreur du côté de l’Alliance: Yang Wen-li est encore et toujours perçu comme une menace par et pour le pouvoir en place; de fait, par sa défiance envers celui qui est à la fois son meilleur stratège et son meilleur tacticien, l’Alliance fait le choix de s’affaiblir militairement, au moment le plus critique, facilitant la tâche aux autocrates du camp d’en face.

Mais c’est surtout à Phezzan que la douche est la plus froide: à manipulateur, manipulateur et demi, serait-on tenté de dire, et au jeu des magouilles, la petite nation a trouvé un adversaire des plus retors avec Reinhard von Lohengramm. Ce dernier a gagné encore en cynisme, retournant à son avantage les complots des autres, tandis que le culte terrien continue implacablement son œuvre en toute discrétion. Julian Mintz est d’ailleurs le seul à envisager cette possibilité, supplantant même Yang Wen-li en termes de lucidité.

À ce sujet, le jeune aide de camp continue ce qui ressemble de plus en plus à un voyage initiatique, et après avoir fait ses premières armes sur le champ de bataille, le voilà catapulté à Phezzan par promotion. Il y découvre les joies de la duplicité, de l’hypocrisie diplomatique et de la lâcheté, tout en se trouvant au premières loges pour admirer les conséquences du stratagème de Reinhard. Si bien que, plus que ce dernier ou Yang Wen-li, il devient d’une certaine manière, petit-à-petit, le personnage central de l’histoire.

Enfin, Wolfgang Mittermeier et Oskar von Reuentahl sont dans une certaine mesure un peu plus mis en valeur que précédemment. Le premier en tant que fer de lance de la flotte d’invasion de l’Empire (ce qui n’est d’ailleurs pas particulièrement héroïque, vu la résistance rencontrée) et le second en affrontant directement les défenses d’Iserlohn, montrant que, s’il ne peut vaincre Yang Wen-li, il peut cependant constituer une menace préoccupante.

Julian Mintz, Wolfgang Mittermeier et Oskar von Reuentahl sont donc d’une certaine manière les étoiles montantes de ce volume, préfigurant la suite des événements. Ceci étant dit, le duo antagoniste des deux plus grands stratèges & tacticiens de leur temps demeure le moteur de l’histoire, par ses décisions ou par les oppositions qu’il suscite. Toutefois, depuis deux volumes, Yang Wen-li se retrouve pieds et poings liés, écrasé par la machine politique de Job Trünicht, contraint dans une certaine mesure à l’attentisme malgré des événements qui nécessiteraient une plus grande réactivité, et surtout une meilleure lucidité de la part des décisionnaires de son camp.

On notera, en outre, que la démarche spéculative d’une demi-douzaine de personnages (Reinhard von Lohengramm, Hildegard von Mariendorf & Oskar von Reuentahl côté Empire; Yang Wen-li, Frederica Greenhill & Julian Mintz côté Alliance) constitue un véritable moteur à spoiler interne à la série de roman, puisque ces derniers énoncent les événements à venir bien avant leur déroulement, avec exactitude, ce qui confine l’effet de surprise aux dindons de la farce (en l’occurrence, ici, Phezzan, l’Alliance moins Iserlohn, et les aristocrates rebelles de l’Empire), mais en exclut de facto le lecteur.

À ce titre, on peut constater que, sur les quatre premiers volumes, seules les décisions tactiques « à chaud » des grands chefs de guerre d’un camp comme de l’autre ont pu surprendre le lecteur. Or, les deux derniers volumes n’ont proposé que peu de scènes de bataille, et à chaque fois il s’agissait de combats dont l’issue était tellement évidente qu’elle ne constituait en aucun cas une surprise. Une donne qui devrait changer assez rapidement.

Au revoir; à bientôt.

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