Event Horizon a 20 ans

C’est à un morceau un peu particulier que nous nous attaquons aujourd’hui, car il s’agit non seulement d’un des films les moins célèbres d’un réalisateur/producteur célèbre, mais aussi du seul bon film réalisé par Paul W. S. Anderson. Tenez, si je vous dis « Resident Evil, les films » ou « Alien vs. Predator, les films », il y a de fortes chances que vous me répondiez « c’est de la merde » (ce qui implique que vous les avez déjà vus). Alors que Event Horizon

2047: le vaisseau Lewis & Clark est chargé d’embarquer le docteur Weir pour un vol vers l’orbite neptunienne. En effet, il se trouve que, quelques années auparavant, ledit physicien avait conçu un vaisseau nommé Event Horizon, théoriquement capable de briser la limite supraluminique et qui avait disparu corps et biens. Or, ce dernier a refait surface, aux alentours de la huitième planète solaire, mais il n’y a manifestement plus personne à son bord. À charge pour l’équipage du Lewis & Clark d’enquêter, et ce alors qu’il commence à être victime d’hallucinations diverses.

Et je me surprends vraiment à devoir dire ça, mais ce film est plutôt bon, sincèrement. Que ce soit au niveau de la réalisation, des plus honorables selon les standards de son temps (et compte tenu de son budget) ou de la scénarisation, qui est exceptionnellement réussie comparativement à ce à quoi nous a habitué monsieur « je trashe mes franchises comme Uwe Boll » (bon, OK, j’exagère, même le plus mauvais Resident Evil reste bien meilleur que BloodRayne, Alone in the Dark ou House of the Dead; mais après, il y a du fric pour aider, il faut dire).

L’atmosphère du film est angoissante au possible, presque aussi pesante que du John Carpenter. La présence de Sam Neill dans le rôle de William Weir doit probablement beaucoup jouer: n’oublions pas que ce dernier avait eu le temps de briller dans L’Antre de la folie un peu avant. Il y a un petit côté lovecraftien dans Event Horizon aussi, dans l’aspect indicible de la menace et le fait qu’elle semble se foutre royalement des lois les plus basiques de la physique, faisant sombrer petit-à-petit les personnages dans une forme de folie auto-destructrice.

Si on ajoute à cela une atmosphère claustrophobe liée au fait que, comme dans tout vaisseau spatial qui se respecte, si on sort, on meurt (sachant qu’on meurt aussi dedans), on obtient une ambiance assez étouffante. Elle est cependant parfois desservie par des choix de cadrage discutables ou par des mises-en-scène qui atténuent son effet au lieu de le renforcer, mais le fait est qu’elle reste écrasante jusqu’à la fin (après, il est évident que, vu que le film se borne souvent à copier/coller des plans d’Alien, 2001 ou autres, on ne peut pas dire que la prise de risque soit très élevée).

Du côté du scénario, eh bien on va dire qu’à défaut d’être originale, l’histoire est au moins prenante, et que c’est en un sens la démonstration que ce qui importe, dans un film, tient moins à celle-ci qu’à la façon dont elle est racontée. De même, il n’y a rien de révolutionnaire dans le design des vaisseaux, mais il est efficace et sobre, dans les standards de son époque, suffisamment pour ne pas gâcher l’ambiance par une esthétique trop propre ou trop clinquante.

Lorsque P. W. S. Anderson s’est lancé dans ce projet, il n’avait à son actif que la réalisation de deux films, un navet et un nanar (Shopping & Mortal Kombat); aussi Event Horizon aurait-il pu produire un « effet L’Échelle de Jacob » assez violent, parce que, pour le coup, personne n’a vu le truc venir. Sauf que, contrairement au très bon film d’Adrian Lyne, Event Horizon a reçu un accueil glacial un peu partout, un peu comme si le fait que le film était estampillé « P. W. S. Anderson » avait conditionné a priori sa réception critique.

Comprenons-nous bien: le film est très imparfait, c’est vrai, mais il est aussi beaucoup plus  réussi que ce que le cinéaste est habitué à réaliser; même au regard de productions de la même époque, en termes de SF/Épouvante (comme le discutable Sphère, pourtant adapté d’un roman de Michael Crichton, ou Ghosts of Mars de John Carpenter, sorti 4 ans après), il s’en tire fort honorablement. Suffisamment pour avoir été primé au BIFFF, d’ailleurs. Suffisamment, aussi, pour mériter un visionnage lors de votre prochaine soirée « séries B de SF » (en compagnie de Planète Hurlante et Tremors).

Au revoir; à bientôt.

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