Atomic Blonde

The King of Fighters de Gordon Chan est, comme son nom l’indique, une adaptation filmique de la série de jeux de combat éponyme. Et c’est une catastrophe. L’histoire n’a qu’un très vague rapport avec les jeux, le scénario est non-sensique au possible, les scènes de combat sont au mieux ridicules et les personnages sont cons comme la mort. Tiens, un exemple pour illustrer tout ça: Terry Bogard, le « Legendary Hungry Wolf » de Fatal Fury, y apparaît sous les traits de David Leitch, dans le rôle d’un agent de la CIA qui se bat à coups de sacs poubelles contre des clodos inféodés à Darth Maul. Hm? Le rapport avec Atomic Blonde? Bin c’est ce dernier qui a réalisé le film. Donc autant vous dire que mes attentes n’étaient pas particulièrement élevées.

Novembre 1989: je fête mes neuf ans quelques jours plus tard, mais tout le monde s’en branle, car c’est à Berlin que se joue l’histoire, pas dans un patelin paumé au beau milieu de la Vendée profonde. C’est que les choses bougent à l’Est du Rideau de Fer, et notamment dans la capitale est-allemande où des manifestations monstres s’évertuent à faire remarquer que bon, le mur, là, il n’est quand même pas très joli et fait baisser les prix du marché de l’immobilier dans les quartiers adjacents, alors ce serait bien de lui donner quelques coups de bulldozers. C’est dans ce contexte qu’est tué James Gasciogne, agent du MI6 chargé de récupérer une liste d’espions particulièrement importante. Lorraine Broughton, également agent britannique, est chargée de la retrouver, et doit s’appuyer pour cela sur David Percival, un autre agent du MI6 qui est un peu parti en vrille à force de vivre à Berlin.

Adapté d’un roman graphique que je n’ai pas lu (The Coldest City), le pitch du film aurait tout de celui d’un bon gros nanar d’espionnage, s’il n’y avait pas du fric derrière. Il est surtout un prétexte à de l’action bourrine, et le résultat est fun. Franchement fun. On a clairement un James Bond décérébré au féminin, mais qui fait un bien fou à regarder.

Visuellement déjà, le film est caricatural, mais plutôt dans le bon sens du terme, avec une imagerie de la dichotomie du Berlin des années 1980 assez tranchée: à l’Ouest, l’exubérance, les bars gays, le consumérisme et les Porsches; à l’Est l’austérité, les fêtes clandestines réprimées par la police, la Stasi (avec son pote le KGB) et les Trabis (partout). Ce qui est quand même exagéré: il y avait des Ladas, aussi. Mais bref. On retrouve également cet aspect caricatural chez les espions des divers bords (Française ingénue et sympa, Russe très méchant, etc.), et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Ce film est conçu comme une sorte de gros défouloir où Charlize Theron s’en donne à cœur joie pour taper sur tout ce qui bouge dans le mauvais sens, prenant ainsi la norme classique du film d’espionnage en la renversant, faisant du « love interest » traditionnel du héros une héroïne en bonne et due forme. Le tout étant au service de l’action pure et dure; mais ici, on a manifestement cherché à limiter les exagérations exagérément exagérées: on n’est pas dans Mission Impossible, et sans être réaliste, ça reste dans les limites de l’à peu près humainement acceptable (à peu près, hein). Ce qui donne parfois d’ailleurs lieu à des scènes de baston marrantes où les protagonistes sont dans un tel état qu’on a l’impression de voir des gens bourrés se cogner dessus dans un logement social.

Le montage est cependant un peu déroutant, puisqu’il laisse le sentiment qu’on a une suite de clips musicaux ponctuellement interrompue par des morceaux de film censés assurer la cohérence entre eux (un peu comme dans une comédie musicale, en fait). De fait, la dimension sonore occupe une place prépondérante ici, baignant dans une ambiance eighties à base de divers courants de new wave et de rock de l’époque (pas que, mais principalement). Cela donne un certain rythme aux scènes d’action et contribue à renforcer l’intensité et la lourdeur des scènes qui sont dépourvues de musique, mais j’ai du mal à y voir autre chose qu’une facilité. Et en même temps, il n’a jamais été dit qu’un monteur devait forcément chercher la difficulté: tant que ça marche, pourquoi se prendre la tête?

Niveau jeu d’acteur, le résultat est plutôt probant, avec un casting globalement dans le ton; c’est-à-dire caricatural et peu ambivalent en termes de jeu. C’est au niveau de l’écriture que se situent les retournements et surprises. Et de ce côté-là, ça fonctionne plutôt pas mal. Je ne sais pas si c’est lié au matériau d’origine, mais l’ensemble est franchement cool, malgré une intrigue téléphonée. Enfin, comme on dit, ce n’est pas l’histoire qu’on raconte qui importe, mais la manière dont on le fait. Et cette manière m’a permis de passer un bon moment (pas comme La Tour Sombre et Valérian, donc).

Atomic Blonde n’est cependant pas exempt de défauts (rien que le titre fait tache, déjà; pourquoi ne pas avoir repris celui du roman graphique?), et il n’est certainement pas le film de l’été. Mais parmi les blockbusters du mois, il arrive à faire bonne figure, et parmi les films d’action-espionnage de ces dernières années, il est un des plus réussis (ou des moins ratés, question de point de vue). Au fond, c’est à peu près tout ce qu’on lui demandait.

Au revoir; à bientôt.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. tomabooks dit :

    Nous allons le voir ce soir et j’avoue que ton avis m’a encore plus intrigué !
    Nous devrions en sortir une chronique demain, je pourrais ainsi revenir te donner notre avis !

    Aimé par 1 personne

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