The Mist – Saison 1

… ou Brume sous son titre français (j’imagine que le titre n’a été traduit que parce que le celui de la nouvelle dont elle est tirée l’a été, histoire de profiter de sa relative popularité, vu que c’est rarement la norme) est une série de SF horrifique toute récente sortie cet été au pays de Donald Trump et Sarah Palin; et donc librement adaptée d’un texte de Stephen King, comme cela arrive régulièrement.

Bridgeville, dans le Maine (non, pas à côté d’Angers), est une petite ville étasunienne comme les autres: on vire les profs qui osent parler en cours de sexualité (la prévention des MST n’est pas dans la Bible, j’ai vérifié), on pisse (littéralement) sur les gays (ou plus globalement sur les gars qui manquent de virilité), et le quaterback star du patelin est à la fois le fils du shérif et également soupçonné de viol. La victime, c’est Alex Copeland, fille de Eve Copeland (ladite prof virée, considérée par l’ensemble de la population comme une pute) et de Kevin Copeland (écrivain bobo, considéré par l’ensemble de la population comme une fiotte), meilleure amie de ce qui semble être le seul gay revendiqué du lycée, Adrian Garff. Oui, nos personnages principaux ont beaucoup de bol dans la vie, c’est fou. C’est dans ce contexte, alors qu’Alex et Eve s’apprêtent à quitter la ville et que Kevin et Adrian se trouvent au commissariat, que tombe sur les lieux une mystérieuse brume. Ce qui ne serait pas un problème (tous les habitants d’Hamilton vous le diront), si les gens qui y pénètrent n’y décédaient pas une fois sur deux, le plus souvent dans des circonstances atroces, à base d’insectes, de morts revenus d’entre les morts et de saloperies diverses.

Alors, si vous avez décidé de perdre foi en l’humanité dans les jours qui viennent, je vous invite vivement à regarder cette série. Parce qu’elle va grandement vous y aider. Elle se pose en effet comme une sorte de suite de huis clos, où les protagonistes se retrouvent confrontés à leurs homologues Homo sapiens dans des circonstances terrifiantes. Eve et Alex sont ainsi enfermées dans un centre commercial alors que le principal suspect de son viol s’y trouve également, et doivent faire face à l’hostilité progressive d’une partie de la clientèle et du personnel, qui commencent à partir en vrille.

Kevin et Adrian (avec Mia et Bryan, deux détenus) fuient le commissariat pour rejoindre l’église catholique locale, puis une station service, puis l’hôpital local, puis la maison d’Adrian… des « sauts de puce » pour parvenir au centre commercial, vu que Kevin a bien l’intention de retrouver sa femme et sa fille. Plus mobiles que les ces dernières, ils découvrent avec effroi que la brume n’est pas le seul danger.

Entre les personnages qui deviennent cinglés à cause de la perte d’un proche et ceux qui n’ont pas besoin de prétexte pour cela, le scénario semble s’évertuer à nous cracher à la gueule en permanence que rien n’est plus dangereux qu’un individu normal (en particulier s’il détient une forme d’autorité), surtout dans des circonstances anormales: déchaînement de violences (individuelles mais surtout collectives), meurtres banalisés ou justifiés par superstition (ou par curiosité malsaine), complotismes divers et délires prophétiques, la rationalité est aux abonnés absents. Bref, n’ayant pas lu la nouvelle, je ne sais pas si c’est fidèle (apparemment non), mais on perçoit cependant la pâte de Stephen King dans le développement des personnages, avec plusieurs marottes de l’auteur (je n’en dirai pas davantage, pour éviter les spoilers).

Ceci étant dit, venons-en aux points qui fâchent. Certaines performances d’acteurs sont assez ratées et sont loin de retranscrire l’intensité qui siérait à ce genre d’histoire. Alyssa Sutherland s’en tire plutôt pas mal, et j’aime bien Morgan Spector (Kevin), qui me rappelle Bruce Campbell à l’époque du premier Evil Dead (un film qu’aime beaucoup Stephen King, apparemment), mais je serais de mauvaise foi en affirmant qu’il était taillé pour le rôle. Idem pour les personnages adolescents, qui peinent un peu à exprimer quoi que ce soit. Ce sont finalement les personnages plus âgés qui s’en sortent le mieux, tous incarnés par des vétérans des écrans (comme Dan Butler, Irene Bedard ou Isiah Whitlock Jr., mais surtout Frances Conroy).

Autre point qui fâche: les dialogues. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont, disons, irréguliers. On a parfois droit à certaines fulgurances, malheureusement suivies par une suite de lieux communs et de clichés bas de gamme. D’ailleurs, niveau écriture sur un plan plus général, on a parfois droit à des clichés de personnages bien nauséeux (comme les geeks qui tiennent une boutique de jeux vidéo, complètement teubés), ou des choix de twists très mal amenés. Tout ça à côté de fulgurances narratives ou visuelles très bien vues.

Et puisqu’on en parle, niveau visuel, c’est assez inégal aussi. Tout ce qui est practical effect passe dans l’ensemble plutôt bien, mais dès que la CG s’en mêle, on frôle la production Asylum (en particulier pour les animaux de synthèse et les mouvements de la brume).

The Mist était une série que j’attendais impatiemment, du fait de son plot qui me plaisait beaucoup sur le papier. Et dans les faits… il y a bien pire, on est d’accord, mais on est quand même assez loin de la réussite totale: j’ai connu de meilleures adaptations de bouquins de Stephen King sur écran. Maintenant, je mentirais en disant que j’ai passé un mauvais moment devant. Par la pertinence de son propos et malgré la façon bancale dont il est traité, elle arrive à conserver son intérêt jusqu’au bout. Même si j’avoue que je n’attends pas grand-chose de la saison 2 (en fait, je trouve dommage que la série ne se soit pas terminée en un seul cours; surtout vu la manière artificielle dont la fin-cliffhanger est amenée).

Au revoir; à bientôt.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s