Death Note, le film (celui de Netflix)

C’était sacrément casse-gueule. Alors que Dragonball Evolution n’en finit pas de faire rager tout le monde et juste quelques mois après la sortie d’un Ghost in the Shell américanisé qui n’a satisfait quasiment personne, Netflix diffuse son adaptation d’un des plus gros succès du manga des années 2000, et ce alors que la hype est bien retombée (en même temps, la publication du manga s’est terminée il y a plus de dix ans). Le résultat?

Light Turner est un lycéen de Seattle plutôt brillant mais également un peu à l’écart. Il tombe un jour presque par hasard sur le Death Note, un cahier qui tue les personnes dont on inscrit le nom dedans. Ce qui est une aubaine pour lui: sa mère a été assassinée par un mafieux qui n’a jamais été condamné, au grand dam de son père policier. Mais Light, qui met sa copine Mia Sutton dans la confidence, n’a pas l’intention d’en rester là: il est temps que la justice s’abatte enfin sur le monde, et pour le révolutionner, Light devient Kira, assassin surnaturel des criminels. Sauf que le FBI n’aime pas tellement ça et fait appel à L, brillant détective dont l’objectif sera d’identifier et mettre Kira hors d’état de nuire.

Sur le papier, à première vue, rien de plus qu’une transposition aux USA du pitch du manga. Ce qui a suffi pour provoquer une volée de bois vert à son encontre dès l’annonce de sa mise en chantier, et notamment une condamnation du whitewashing dont il ferait l’objet. Alors, deux choses. Premièrement, si je trouve absurde et stupide l’absence de « minorités » ethniques quand leur présence est justifiée par le contexte, dans le cas présent, l’histoire a été resituée aux USA, donc il est assez légitime que les personnages principaux soient étasuniens plutôt que japonais (d’autant que Light n’est pas un nom à consonance asiatique). Deuxièmement, il faut savoir de quoi on parle: « whitewashing » est un terme très spécifique et fortement connoté, et donc très peu pertinent pour qualifier le casting d’un film qui comprend un acteur afro-américain (Lakeith Stanfield) dans son trio de personnages principaux (d’autant que parmi les persos secondaires, il y a Paul Nakauchi, Masi Oka, Kwesi Ameyaw ou encore Tony Ali, entre autres). Le paradoxe final de l’histoire, c’est qu’on en vient à accuser de whitewashing un film qui propose une plus grande diversité ethnique que ses homologues japonais (dramas & films live-action). Surtout que, obnubilés par ce débat stérile, on en a occulté le principal problème: la pertinence du film, en tant qu’adaptation, et en tant que film tout court.

Et autant dire que, dans les deux cas, ce n’est pas reluisant. La réécriture des personnages, et en particulier de Light, a consisté, principalement, à lui donner une raison personnelle et viscérale d’utiliser le Death Note, probablement pour l’humaniser et faciliter l’identification du spectateur. Je ne veux pas dire par là que Light Yagami n’était pas humain, loin de là: il était très humain, et son comportement mégalo d’ordure cynique semble (malheureusement) tout ce qu’il y a de plus naturel chez un Homo sapiens standard moyen; c’était par ses capacités déductives qu’il se démarquait du lot. Light Turner, lui, est juste un ado intelligent mais un peu à l’écart qui a une blessure affective à guérir; et est donc archétypal; loin d’être aussi « doué » que son original, il développe son sens tordu de la justice non par calcul narcissique, mais d’abord par vengeance, et ensuite sous l’influence de Mia.

Cette dernière constitue d’ailleurs, dans une certaine mesure, un progrès par rapport au manga: on ne va pas se mentir, Obata et Ôba n’ont jamais réussi à créer de personnage féminin potable, quelque soit le manga considéré. Mia a beaucoup plus de personnalité que Misa, loin d’être une groupie énamourée et même manipulatrice par moments. Ryuk reste en retrait, comme une figure méphitique inquiétante et traitresse, sans son aspect dramaticomique du manga. Quant-à L, il est beaucoup moins crédible en tant que « génie de la déduction » que son homologue d’encre et de papier, mais aussi beaucoup plus « humain » dans ses réactions, surtout vis-à-vis de Watari.

Tout cela aurait cependant pu donner un film correct, si le réalisateur n’avait pas décidé d’en faire un ersatz de Destination Finale: les mecs, Dragonball Evolution est unanimement détesté, alors pourquoi s’évertuer à vouloir copier le style de James Wong dans le cadre d’une adaptation de manga? De fait, le film ressemble à une alternance entre teen-horror movie et thriller bas de gamme (avec même une course poursuite pendant un bal de promo… génial, paie ton cliché). Le tout manquant singulièrement de conviction, dans la direction d’acteur comme dans les ambitions générales et la mise-en-scène (malgré quelques plans et éclairages très jolis; si bien qu’ils semblent sortis d’autres films, c’est étrange). Quant-à Ryuk, il fait visuellement très kitch et ne passe que parce qu’il y a Willem Dafoe derrière (et aussi parce qu’il reste le plus souvent dans l’ombre).

Le film n’est pas une déception à proprement parler: manifestement, tout le monde avait décidé de le haïr avant même sa sortie, et pour être déçu, il faut déjà avoir quelques attentes positives. Pour ma part, j’avoue que l’annonce d’une version filmique américaine ne m’avait fait ni chaud ni froid. Ce que j’ai plus de mal à comprendre, c’est la maladresse générale avec laquelle la franchise a été abordée par la production. Transposer directement l’histoire du manga dans un contexte nord-américain pouvait sembler sur le papier une bonne idée, vu que l’abandon de la contextualisation japonaise n’aurait pas dû y changer grand-chose (il suffisait de changer les noms propres et hop, magie!), mais il faut, aussi, compter avec les fans, qui DÉTESTENT ça. Alors que faire une préquelle, située aux USA avec un précédent propriétaire de Death Note, je suis persuadé que ç’aurait été beaucoup mieux toléré. D’autant que le réalisateur semble apprécier les références visuelles et sonores aux années 1980. Au lieu de ça, on a eu un film bashé sur son casting avant sa sortie et bashé après parce que très bof (et ça, c’est l’évaluation positive).

Au revoir; à bientôt.

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