La Planète des singes: Suprématie (sur le box-office, en tout cas)

Je ne sais pas vraiment quoi penser de Matt Reeves. J’avais adoré Cloverfield: c’était la première fois (à ma connaissance) qu’un film de kaiju adoptait la forme d’un found footage. Sauf que ça s’arrêtait-là: il n’y avait pas de transgression, d’innovation ou d’audace particulière, juste du kaiju en found footage, avec au final un traitement archétypal du scénario qui ne se distinguait du reste que par la position de la caméra (ce qui est certes déjà pas mal). Pour Let Me In, j’ai eu le malheur de le voir après son brillant original suédois (Morse, sous son titre français), et il ne tient pas la comparaison; pas qu’il soit mauvais, mais il est juste inutile, car se contentant de resituer l’action aux USA en supprimant des trucs au passage. Enfin, échaudé par le remake de Tim Burton, je m’étais juré de ne pas retourner voir un film estampillé « La Planète des singes » au cinéma, et avais donc fait l’impasse sur les deux précédents. Pourtant, je me suis étrangement laissé tenter par celui-ci. Peut-être parce que c’est LE blockbuster de l’été (en termes de fréquentation en salles, s’entend).

La guerre continue de faire rage entre l’humanité décimée et les singes intelligents. Les premiers, menés par le colonel McCullough, veulent en finir avec les simiens dirigés par César, lequel ne demande qu’à vivre en paix avec les siens. Mais une attaque directe contre sa famille, qui tue sa femme et son fils aîné, le convainc d’en finir avec les Homo sapiens hostiles. Laissant son peuple partir vers sa terre promise, il se lance avec trois compagnons à la poursuite des hommes du colonel, jusqu’à ce qu’ils tombent sur une petite fille malade: une nouvelle épidémie serait-elle en train de ravager les reliquats de l’humanité?

Vu que je suis TRÈS à la bourre et qu’il y a déjà eu beaucoup de choses de dites ou d’écrites à propos de ce film (très rarement en mal, par ailleurs), je vais faire court.

La Planète des singes: Suprématie, c’est un peu un règlement de compte d’Hollywood avec l’histoire des États-Unis, en deux heures de temps et avec des singes. Pas seulement (l’imagerie puise aussi pas mal dans l’iconographie de la Seconde Guerre Mondiale européenne, avec un camp d’emprisonnement qui n’est pas sans rappeler les camps de concentration), mais principalement.

Sur un plan métaphorique, on a une minorité en passe de devenir majorité qui se fait brutalement oppresser (et même réduire en esclavage) par une majorité qui voit ce qui reste de sa « civilisation » disparaître petit-à-petit, au point d’en être réduit à des extrémités criminelles vis-à-vis de son propre peuple. Ce n’est pas un hasard si McCullough est un blanc crâne rasé arborant comme étendard l’Α & l’Ω.

Bref, rien que par son propos, le film a une résonance toute particulière dans l’actualité de l’Amérique de Donald Trump (d’ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard non plus si les singes réduits en esclavages sont contraints de construire un mur, et si les tunnels souterrains jouent un rôle aussi décisif).

Après, le film n’est pas parfait non-plus, il a parfois ses moments assez étranges où on en finit par se demander pourquoi la base de McCullough est aussi mal foutue (on dirait un design de map de campagne solo de FPS), ou pourquoi telle ou telle décision, notamment, encore, avec McCullough, qui est d’ailleurs assez caricatural (mais comme c’est Woody Harrelson, ça passe).

Niveau CG, le film est au top, avec une performance capture globalement sans faille dans laquelle Andy Serkis laisse libre-cours à un jeu tantôt exagéré, tantôt retenu, mais pratiquement toujours convaincant. Il n’est d’ailleurs pas le seul, et il en ressort, finalement, des singes souvent plus humains par leur expressivité que les humains eux-même . Il est de fait plus facile de s’identifier à eux qu’aux hommes de McCullough.

La Planète des singes: Suprématie, c’est donc l’histoire de civilisés qui ont perdu ce qui en faisait des civilisés au nom de la survie de l’espèce, au profit d’êtres qui se civilisent petit-à-petit, devenant plus humains que les humains eux-mêmes, le tout reprenant les codes du messianisme chrétien (peuple déchu multipliant les actes immoraux, pandémie s’abattant comme un fléau divin, César en forme de nouveau Moïse, terre promise, etc.). Mais ça aussi, ça appartient à l’histoire (symbolique) des États-Unis.

Au revoir; à bientôt.

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