Ça… m’a fait un peu flipper, j’avoue

Pourtant, ça n’aurait pas vraiment dû, vu que, pris comme film d’horreur brut, Ça version 2017 n’est pas si effrayant que ça. Mais que voulez-vous, les clowns, ça me fout les pétoches; ça me foutait déjà les pétoches avant même d’avoir vu Ça, le double téléfilm/nanar de Tommy Lee Wallace avec Tim Curry dans le rôle de Radin, le clown qui fait du breakdance. Ça aura traumatisé toute une génération, d’ailleurs, alors que bon, on ne peut pas vraiment dire que c’était très brillant (ni très effrayant, rétrospectivement, mais bon, quand on est mioche, on s’effraie d’un rien). La mouture d’Andrés Muschietti s’avère, elle, contrairement à ce que je craignais, beaucoup plus convaincante.

1988: George H. W. Bush remporte l’élection présidentielle états-unienne sur le démocrate Michael Dukakis, succédant ainsi à Ronald Reagan. Nul ne le sait alors, mais il sera le président américain qui verra sombrer l’URSS, tandis que son allié irakien deviendra la Némésis de sa famille. Sauf que dans la ville de Derry (Maine, toujours pas du côté d’Angers), tout le monde semble s’en foutre: des gamins disparaissent les uns après les autres dans une sorte de torpeur générale. Bill, un collégien bègue qui a perdu son jeune frère Georgie, fait partie des dernières personnes à espérer un jour le retrouver. Ses amis et lui vont rapidement devoir faire face, à leur tour, à la monstruosité qui sévit dans l’ombre depuis des siècles, prélevant sa dîme de sang sous la forme de Pennywise, le sinistre clown dansant.

Et, quand sa gueule a commencé à filtrer, alors que le film était encore en cours de production, j’ai cru à un bon gros foirage comme Hollywood sait nous en pondre régulièrement: ce clown est dès le premier abord flippant. Du coup, impossible de croire une seule seconde qu’il pourrait jouer la carte de la confiance pour attirer ses victimes, comme dans le téléfilm, où il est au premier abord une figure assez débonnaire. De fait, aucun contrepied n’est possible en jouant sur la dichotomie bouffon-sympa/monstre-tueur avec un design et une expression faciale permanente qui te crache au visage qu’il va te buter s’il te chope. Or, il se trouve que le scénario a facilement résolu ce problème: son rôle, tout au long du film, restera confiné au second aspect. Pennywise est un monstre et ne cherche jamais vraiment à s’en cacher, son apparence de clown étant au final moins un leurre qu’une incarnation phobique pure.

Encore fois, je vais me faire taper: je n’ai pas lu le bouquin de Stéphane Roy. Toutefois, si j’en crois quelques personnes qui l’ont lu, Ça joue énormément avec les phobies de ses victimes, se nourrissant de leur peur autant que de leur chair; la version du film de Muschietti semble suivre dans une certaine mesure ce postulat en frappant précisément où ça fait mal: un tableau creepy qui prend vie dans le bureau d’un père sévère, un lépreux devant un hypocondriaque, Georgie pour Bill, Pennywise et ses ballons tout du long histoire de rappeler qu’un des personnages est coulrophobe… plus quelques lieux communs de films de hantise (lumières qui clignotent ou s’éteignent, appareils qui montrent des trucs flippants, sang qui sort d’endroits d’où ça ne devrait pas, etc.).

Mais surtout, Pennywise/Ça est convaincant parce que l’acteur qui l’incarne est… convaincant. Jusqu’ici, Bill Skarsgård était surtout connu pour des seconds rôles (du moins pour la partie internationale de sa carrière, car j’avoue que je n’ai vu aucun des films suédois dans lesquels il a tourné); on l’avait notamment vu dernièrement dans Atomic Blonde, dans le rôle de Merkel (aucun lien), informateur et faussaire berlinois. Ici, son jeu est juste effrayant, particulièrement son sourire creepy. Et quelque part, heureusement qu’il est là, parce que c’est finalement lui (et lui seul) qui fait tourner le trouillomètre.

Le reste est tout de même très convenu, aussi bien sur l’esthétique que sur la mise-en-scène, du moins pour ce qui relève de l’horreur surnaturelle. Pour ce qui relève du non-surnaturel… eh bien j’ai envie de dire que la basse réalité est parfois plus effrayante que les monstruosités qui se terrent dans les égouts, et que c’est peut-être sur cet aspect que Muschietti voulait insister. Parce que pour le coup, c’est assez violent.

Le club des losers que constituent les personnages principaux s’en prend plein la gueule au collège, dans la rue et parfois même à la maison (Bev, en particulier): humiliations, tabassages, harcèlement, névroses en tous genres, mutilations et j’en passe sont le quotidien de ces gamins, chacun victime à sa façon de la société ou de son entourage direct. Ça n’est au fond que la cristallisation de ces problèmes, une sorte de condensé de toutes les horreurs qu’ils vivent chaque jour, ce qui le rend d’autant plus effrayant à leurs yeux; cependant, le revers de la médaille, c’est qu’il leur permet de faire face (brutalement) à leurs peurs les plus viscérales, à les affronter à travers lui: vaincre Ça revient à surpasser leurs propres peurs, un moyen pour progresser auquel n’est opposé qu’une unique autre alternative, en l’occurrence la fuite (réelle ou symbolique).

Paradoxalement, malgré de nombreuses similitudes, Ça m’a au fond moins rappelé le double téléfilm de 1990 que Stranger Things. Outre le fait que Finn Wolfhard joue dedans, il y a un certain nombre d’aspects visuels et thématiques qui le rapprochent de la série de SF sus-nommée (mais c’est peut-être simplement parce que les deux récits sont profondément ancrés dans les eighties).

Bref, Ça est une réussite, ou du moins c’est bien meilleur que ce à quoi je m’attendais. L’ambiance y est oppressante, parfois moins par son aspect horrifique que par la crudité brutale du quotidien de ses personnages, avec les coups qu’ils se prennent en pleine tronche (au propre comme au figuré) et les diverses phobies et angoisses qu’ils se trainent (parfois à raison), dont Pennywise/Ça est en quelque sorte l’incarnation ultime et meurtrière.

Au revoir; à bientôt.

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