Retour sur la Super NES Classic Mini

Parler d’une console qui vient juste de sortir avec pertinence est, habituellement, un exercice périlleux, qui ne peut généralement guère se limiter qu’à des discussions sur son hardware et de la spéculation ludique… sauf là. Parce que, niveau hardware, bin c’est de l’émulation d’une vieille bécane sur du matos a priori largement suffisant, et que niveau spéculation, ça se met sur l’oreille: à moins de hacker la machine, la liste des jeux jouables est finie et déjà établie (et quand bien même par je ne sais quelle méthode Nintendo réussirait-il à implémenter la possibilité de rajouter du software, le catalogue, on le connait déjà; sauf éventuel proto jamais sorti ou que sais-je). Tout ça pour dire que, si je n’avais pas réussi à me procurer de NES Classic Mini (laquelle n’avait d’ailleurs pas fait l’unanimité), j’avais pris mes précautions pour la Super NES Classic Mini.

Les « consoles mini » ont le vent en poupe, ces derniers temps; enfin, surtout celles de Nintendo, parce que ça fait un bail que la même chose a été faite avec la Megadrive et l’Atari 2600 (et même la Neogeo AES), avec beaucoup, beaucoup moins de succès. Comment expliquer la réussite dépassant toutes les espérances de la firme de Kyôto par rapport à la concurrence? Plusieurs hypothèses, mais on peut déjà exclure celle du « ce sont des consoles mythiques » vu qu’on peut dire la même chose des machines de Sega, Atari & SNK. Il y a vraisemblablement une question d’image, mais je pense que ce qui a été déterminant aura été la parcimonie avec laquelle Big N a traité son patrimoine, quand on trouve des simili-MD à ludothèque intégrée de facture discutable depuis une douzaine d’années en supermarché, dans l’indifférence générale. Une question de com’ et de design, aussi: les NES & SNES mini ont toutes deux un aspect « collec' » grâce à leur trombine, et ce n’est que depuis récemment qu’on commence à trouver des mini-consoles d’autres constructeurs designées dans la même optique. Mais bref, venons-en au sujet.

La machine est de plutôt bonne facture et semble relativement solide; manque un adaptateur secteur, qu’il faudra se procurer séparément à moins de brancher la machine sur un port USB quelconque (ce qui est assez putois, quand on y réfléchit, et rappelle beaucoup la politique de vente de la 3DS). Le câble HDMI est inclus, comme c’est désormais à peu près la norme (ce qui n’a pas toujours été le cas, n’est-ce pas ma chère PS3?), et il n’y a pas besoin de faire de frais supplémentaires pour avoir une seconde manette et profiter pleinement du mode deux joueurs d’une poignée de jeux (même si au fond, c’est surtout vrai pour Street Fighter II Turbo et Super Mario Kart). « Mini » n’est pas un qualificatif usurpé: en termes de volume, on est sur des dimensions sensiblement inférieures à celles d’une manette sans fil de XBox 360 (pour un poids a priori légèrement inférieur, également). En fait, les manettes simili-SNES fournies avec sont plus larges que la console elle-même n’est longue.

Ces dernières sont d’ailleurs de bonne facture, très proches des originales sur le plan visuel (dimensions incluses) mais aussi au niveau des sensations. Dommage que ce ne soit pas de l’USB, j’aurais bien voulu m’en servir sur certains jeux PC. Dommage aussi que le câblage soit si court, mais il y a du progrès par rapport au fil des pads NES Classic Mini, vu qu’on dépasse désormais le mètre de longueur; donc on va éviter de trop râler (et puis bon, console japonaise, aussi, hein).

Niveau interface, on ne change pas un système qui marche, c’est donc sensiblement la même que celle de la grande sœur. Il est possible de reclasser le listing des jeux, de modifier l’habillage des bandes noires latérales (4:3 oblige; mais les skins proposés sont dans l’ensemble plutôt kitchouilles et assez moches) et de changer un peu la définition selon trois modes (préférence pour le mode dit « original » bien que le mode « cathodique » ait un certain charme vintage).

Niveau sélection de jeux, aucune surprise vu qu’elle est connue depuis un bail et, contrairement à celle de sa grande sœur, fait un quasi sans faute. Certes, 21, c’est moins que 30, mais ils sont pratiquement tous intéressants à leur manière et funs à jouer en dépit de leur âge avancé. Inutile de revenir trop longuement dessus, ils sont déjà très bien connus de la plupart des joueurs, et si ce n’est pas le cas, bin c’est l’occasion de découvrir.

D’ailleurs, à moins de tomber sur un enculé qui aime vendre à des prix abusés, l’achat de la bécane serait rentabilisé rien qu’avec deux ou trois jeux (genre Megaman X, Super Castlevania IV et Secret of Mana, dont la cote demeure encore élevée)… même si la plupart sont déjà dispo sur la console virtuelle de la Wii U (donc autant dire que l’intérêt de la SNES Classic Mini est à relativiser si vous les avez déjà par ce biais). Ceci étant dit, si la liste comprend d’indiscutables « classiques » comme l’indique le nom de la machine, force est d’admettre qu’elle aurait pu être plus longue.

Je veux bien croire que pour des jeux d’éditeurs tiers, il y aurait eu des problèmes de droits à négocier, de frais à payer, etc.; mais que des jeux Nintendo iconiques comme Pilotwings, Kirby’s Dream Land 3 ou Super Mario All-Stars (ou encore Donkey Kong Country 2 & 3, même si c’était Rare le développeur) soient absents de cette sélection est inexplicable (ce n’est pas non plus comme s’ils pesaient très lourd en mémoire selon les standards actuels, en plus). On constatera aussi la quasi-absence de shoot’em up en 2D, hormis le run & gun Contra III, alors que la SNES était pourtant plutôt bien lotie en la matière (U.N. Squadron, Super R-Type, Axelay, Super Aleste…).

D’ailleurs, les plus tatillons regretteront également que nous autres, pauvres européens que nous sommes, héritions de Contra III sous sa forme américaine et non de Super Probotector (constat valable pour tous les jeux de la sélection, ce qui explique qu’on ait StarFox plutôt que StarWing). Mais il s’agit là d’un détail, car au fond, cette sélection propose un nombre d’heures de jeu conséquent, même en ne jouant qu’en solo. Final Fantasy III (US, aka VI au Japon), Super Mario RPG, Earthbound, Zelda – A Link to the Past et Secret of Mana pèsent à eux seuls plusieurs dizaines d’heures de jeu. Sans compter la présence de Super Ghouls’n Ghosts, le jeu qui fait relativiser la difficulté des Dark Souls

Enfin, concernant StarFox 2, le cadeau à déballer de la sélection, l’inédit qu’on ne connaissait que de nom et par quelques images de prod’ jusqu’ici parce que Nintendo n’avait jamais voulu le sortir… je comprends aujourd’hui pourquoi. Il n’est pas, à première vue, foncièrement beaucoup plus mauvais que le premier (même si la maniabilité laisse à désirer), mais la 3D de cette génération, ça vieillit quand même beaucoup plus mal que la belle 2D de la SNES. On pourra objecter que ce n’est pas très pertinent de juger la 3D de cette époque à l’aune de standards plus récents, mais le jeu est daté de 1996, année de la sortie de Panzer Dragoon II Zwei (entre autres; Virtual-On a été porté sur Saturn la même année).

À l’heure de la 3D reine et des consoles de 5e génération qui commençaient à se roder, il semble rétrospectivement logique que Nintendo ait préféré s’abstenir de sortir un jeu qui aurait renvoyé tout le monde 3 ans en arrière sur le plan technique (d’ailleurs, 1996, c’est aussi l’année de la sortie de Super Mario 64): Donkey Kong Country 3 passait encore, il restait visuellement dans les standards des meilleurs plateformers de cette époque (Rayman, Astal, Gex, Clockwork Knight 2…), mais pour un shmup en Lego, c’était déjà beaucoup trop tard (en dépit du défi technique que ça représentait pour la machine vieillissante). Je pense que je reviendrai dessus un peu plus tard, quand même.

Alors, la SNES Classic Mini vaut-elle le coup? Ben ça dépend. Vous avez un joli objet à poser sur le meuble TV et une sélection de jeu exhaustive plus que potable. Après, offrir la possibilité de rejouer au troisième Zelda ou à Super Metroid, c’est beau, certes, mais ce n’est pas comme si ce n’était pas déjà possible par ailleurs. C’est donc plus en tant qu’objet « de collection » qu’il convient de la regarder, car en tant que console proprement dite, c’est juste un (bon) émulateur, certes officiel, mais aussi fermé; ce qui n’est pas le cas des Virtual Consoles du même constructeur. Seule vient un peu nuancer cette conclusion la présence de son exclusivité, StarFox 2, qui n’est pas franchement exceptionnel, même contextualisé dans son époque de production.

Au revoir; à bientôt.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s