L’Abîme au-delà des rêves

Peter F. Hamilton est à l’heure actuelle l’un des écrivains de SF britannique les plus appréciés, et à raison, la plupart du temps. Je n’ai pas encore lu ses plus vieux titres (la trilogie Greg Mandel et le cycle de L’Aube de la Nuit; qui trainent sur ma PAL depuis un bail), mais je dois bien admettre n’avoir jamais vraiment été déçu par ses romans (à part peut-être Dragon déchu, que j’ai trouvé assez faiblard car sous-exploité malgré des thèmes super intéressants). En tout cas, j’avais adoré le diptyque Pandora/Judas (devenu tétralogie en VF) et, plus globalement, j’ai beaucoup d’affection pour son Commonwealth Universe. L’Abîme au-delà des rêves initie, en son sein, un nouveau cycle, celui des « Fallers » (ou en VF, « Les Naufragés du Commonwealth » et donc une traduction discutable).

Au début du XXXIVe siècle, le « Vide » au cœur de la galaxie constitue tout autant un mystère qu’une menace, pour le Commonwealth et ses alliés extraterrestres. En 3326, alors que les visions d’Inigo sur ce qui se trouve à l’intérieur ont été largement partagées et que le culte du Rêve Vivant se développe, Nigel Sheldon choisit de prendre les choses en main et tente de s’y rendre pour enquêter directement sur ce qu’il est réellement advenu des humains piégés à l’intérieur. Or, il se trouve que l’une des planètes au cœur du Vide, Bienvenido, est le théâtre d’un affrontement sans merci entre les descendants des survivants du vaisseau colonial Vermillion et les Fallers, une espèce de prédateurs body snatchers particulièrement dangereuse.

À la différence de la Trilogie du Vide, l’alternance entre intrigue au cœur du Commonwealth/intrigue au cœur du Vide n’a ici plus cours: le récit est nettement et explicitement divisé en six parties aux personnages principaux distincts, à l’exception de la dernière. De fait, on assiste parfois à plusieurs chapitres d’intervalle à des événements similaires de points de vue différents, étant donné que chaque « livre » est un peu l’histoire continue d’un personnage donné sur un laps de temps donné.

Nous aurons donc le point de vue de Laura Brandt, membre de l’équipage du Vermillion en perdition dans le Vide, de Nigel Sheldon, le cofondateur du Commonwealth, de Slvasta (à vos souhait) et Kysandra, deux natifs de Bienvenido (entre autres), qui se croisent à plusieurs reprises au fil du récit, quand ils ne font pas cause commune, ayant des objectifs convergents. Encore faut-il, ceci dit, qu’ils en aient conscience, ou soient bien certains que leurs interlocuteurs ne sont pas des Fallers.

Ces derniers sont en effet quasiment indistinguables des humains « normaux » si ce n’est par la couleur de leur sang et l’étendue de leurs pouvoir télépathiques; et aussi parce qu’ils laissent derrière eux une traînée de meurtres: pour se reproduire, l’espèce crée des sortes d’œufs qui absorbent leur victime et la dévorent, afin de la reproduire à l’identique, version Faller.

Dans une société qui a régressé, faute de technologie, à un niveau semi-industriel, et qui fonctionne avec un système politique pseudo-démocratique de plus en plus défaillant, ils commettent des ravages mais n’ont pour autant pas encore réussi à exterminer l’humanité, laquelle détruit leurs « nids » dès qu’ils sont découverts. Enfin, dans la mesure du possible, comme le constate amèrement Slvasta.

Ce dernier, encore davantage que les autres, est LE personnage central de cette histoire: officier ayant dédié sa vie à l’anéantissement de ces monstres, il a fini par développer une sorte de paranoïa qui l’amène à contester la voix de l’autorité, conservatrice et peu efficace contre cette menace qu’elle semble prendre trop à la légère. C’est que l’existence de ces créatures meurtrières constitue aussi une bonne excuse pour tous les débordements des subordonnés du Capitaine, gouverneur de la planète: si elles venaient à être vaincues, comment justifier le maintien du statu quo, alors que la révolte gronde en sourdine?

En effet, la particularité de cette histoire de body snatchers tient au fait qu’elle se déroule dans un contexte social et économique extrêmement tendu au point de devenir insurrectionnel: Bienvenido semble rejouer les grandes heures de la révolution soviétique, avec ce que cela comporte d’assassinats politiques, de magouilles, de purges, d’émeutes plus ou moins contrôlées, de répressions plus ou moins aveugles, d’espionnage, etc.

Bref, c’est un récit passionnant. Mais pas dépourvu de réels défauts. L’utilité du livre deux ne m’a pas sauté aux yeux, si ce n’est pour une re-situation chronologique (bien que la frise du début suffisse amplement pour ça). De plus, le style de Peter F. Hamilton se caractérise par un souci du détail qui alourdit très souvent la narration, se perdant parfois dans de longues explications ou descriptions qui, sans être désagréables, font qu’on se retrouve avec un pavé de plus de 800 pages à l’arrivée. Mais bon, c’est un constat qui n’est pas vraiment un reproche, pour le coup: c’est la marque de fabrique de l’auteur, donc autant dire qu’on sait à quoi s’attendre quand on ouvre un de ses bouquins.

Quant-à l’univers du Commonwealth à proprement parler, il n’y est pas très développé: à l’exception du dispensable livre deux, l’action se déroule quasi-exclusivement dans le Vide, et principalement sur Bienvenido. Aussi est-ce donc davantage une œuvre de planet opera qu’une œuvre de space opera, contrairement au cycle Pandore/Judas. Le parallèle avec l’histoire d’Edeard dans la Trilogie du Vide est inévitable, et pourtant pas vraiment pertinent: le seul personnage qui pourrait ressembler un tant soi peu à ce dernier est Slvasta, et il s’en distingue très fortement, autant par ses actions que par ses motivations ou son caractère, et enfin surtout par son absence de « pouvoir » (ou du moins, son « pouvoir » n’est en rien écrasant par rapport à celui des autres humains de Bienvenido; il est aussi nettement inférieur à celui des Fallers).

Quant-au Vide en lui-même… eh bien disons qu’il n’a pas fini de révéler tous ses secrets, même au terme de ce roman. Plus qu’à lire la suite.

Au revoir; à bientôt.

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