Black Out

Et non, il ne sera pas ici question de Transformers, bien que j’aie eu par le passé une énorme affection pour cette franchise; quand j’avais huit ans. Non, Black Out est un titre du romancier autrichien Marc Elsberg, publié en 2012.

Dans un futur proche non daté, le réseau électrique européen s’effondre, privant le sous-continent de sa principale ressource énergétique. Avec les conséquences qu’on imagine: plus de chauffage, Internet aux fraises, systèmes médicalisés en rade, institutions bancaires à la ramasse et tout le toutim. Pire, non seulement les centrales nucléaires ne produisent plus rien, mais en plus, elles commencent à partir en vrille (la France étant étrangement la première touchée). Pour l’ancien hacktiviste rangé Piero Manzano, cela ne peut signifier qu’une seule chose: un piratage à grande échelle. Reste à savoir comment, par qui, pourquoi et pour quoi. Ce qui fait pas mal de questions, en fait.

Contrairement à ce qu’affirme la page Wikipedia relative à l’auteur, Black Out n’a rien d’un roman post-apo; c’est un roman catastrophe construit comme un thriller. On y suit (principalement) les aventures de Manzano, qui va dans un premier temps tenter d’aider les forces de police européennes à retrouver les coupables, puis dans un deuxième tenter de retrouver les coupables malgré les forces de police européennes. Oui, on a en effet droit au lieu commun de l’enquêteur fugitif soupçonné à tort.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul cliché, puisque, dans sa structure, le récit ne présente pas d’originalité particulière (à part une multiplication des personnages-point-de-vue, ce qui fait qu’on se retrouve parfois à suivre des gens en se demandant « c’est qui? » sur plusieurs pages).

Et puis… pas mal de personnages sont cons, c’est vrai, mais… n’est-il pas d’usage, en Europe, de coller des incompétents ou des abrutis à des postes décisionnaires? Donc quelque part, c’est un élément qui renforce la crédibilité du récit. Même si on a parfois envie que les persos sortent un peu de leur caricature. Ou qu’ils soient juste un peu plus futés. Parce que les « gentils » sont quand même beaucoup aidés par le scénario, et les antagonistes sont leur propre pire ennemi.

Enfin, on l’aura compris: les ressorts narratifs ne sont pas le point fort de l’histoire et les personnages non plus. En fait, ce qui fait la force de ce roman, c’est sa crédibilité. L’auteur est manifestement très documenté et a mis le paquet pour qu’on y croie: tout ce qui est raconté sonne tellement vrai qu’on imaginerait parfaitement la chose se produire dans les semaines à venir.

L’histoire se déroule, en gros, dans un espace européen restreint: principalement Italie, France, Belgique, Allemagne et Pays-Bas (même si on assiste à deux ou trois scènes au Mexique, aux USA, en Turquie…). Il a de fait une résonance toute particulière pour ses résidents, auxquels il s’adresse directement, comme une sorte d’avertissement. Ce n’est pas un hasard si le titre Black Out est suivi du sous-titre « Demain il sera trop tard » (ou « Morgen ist es zu spät » dans sa version originale).

La crédibilité du contexte et du déroulement de la catastrophe (provoquée) sonne donc comme une alerte, vu ses conséquences directes et indirectes: la centrale française qui part en mode Tchernobyl, les morts qui se multiplient faute de soins ou les émeutes générées par la situation ambiante sont autant d’occasions pour des coups d’état militaires et de prétextes à l’action pour des mouvements révolutionnaires.

Pourtant, je le répète: le roman ne part jamais en mode « post-apo » car se bornant à décrire la catastrophe sur deux semaines (plus deux jours): s’il est bien question de conséquences, ces dernières sont immédiates ou presque. Jamais il ne sera question de changements à long terme ou de rebattre les cartes à échelle globale, pas plus que ne seront évoquées les questions de « survie » à long terme.

La spéculation et l’anticipation trouvent ici leur limite, mais la fin (que je ne vais pas spoiler, rassurez-vous) laisse toutes les perspectives ouvertes. Un peu comme si l’action des personnages principaux n’avait finalement servi que de hors d’œuvre à une nouvelle histoire à venir… et qui n’est pas écrite. Les dernières pages laissent donc une impression mi-figue mi-raisin, un peu comme si l’auteur avait choisi de botter en touche au moment le plus fatidique du récit.

Au final, Black Out est plus intéressant pour ce qu’il décrit et pour les enjeux qu’il soulève, que pour l’histoire qu’il raconte. Je me suis un peu foutu jusqu’au bout de ce qui pouvait arriver à Manzano ou ses love interest potentielles; par contre, l’évolution de la situation générale au jour le jour, c’était une autre histoire. Et une histoire dont le point de départ, pour le coup, fait froid dans le dos; surtout quand on réalise que, à moindre échelle, il est plus que crédible.

Au revoir; à bientôt.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s