Starship Troopers a 20 ans

Ce qui est toujours bon à rappeler, vu que ça donne un bon prétexte à re-visionnage (des fois que vous ne sauriez pas quoi faire de votre TV ce soir). Après tout, c’est un des meilleurs films de space opera de la seconde moitié des années 1990, peut-être même le meilleur. Après, il faut bien avouer que la concurrence n’était pas trop rude, non plus; les bons films de space op pouvaient se compter sur les doigts d’une main de lépreux (Star Trek: Premier Contact est le seul qui me vienne à l’esprit; à la limite Le Cinquième Élément et Star Wars, épisode 1: La Menace fantôme en se montrant très indulgent). Mais au fond, qu’est-ce qui fait de Starship Troopers de Paul Verhoeven une œuvre de SF incontournable de cette époque? Plein de choses.

Plein de choses qui ont été rappelées dans cette vidéo de Nexus VI (j’aime quand d’autres disent ce que je pense):

Vu? Bon. Cela étant fait, comme pour Le Monde perdu: Jurassic Park, j’aimerais revenir sur un point particulier: le statut d’adaptation de l’œuvre.

Starship Troopers est à l’origine un roman de Robert A. Heinlein, auteur de SF considéré comme un des plus grands de sa génération. Mettant en scène Johnny Rico, il dépeint à travers son regard la guerre que l’humanité livre aux Arachnides et à leurs alliés. Et il est TRÈS premier degré.

Je sais qu’il y a une grosse controverse autour du roman, dont certains lecteurs et critiques ont estimé (souvent a posteriori, du fait de la publication en 1961 de En terre étrangère) qu’il pouvait être lu comme une œuvre à prendre au second degré, dénonçant ironiquement ce qu’elle décrit. Sauf que, contrairement au film de Verhoeven, rien dans le texte de Heinlein ne le laisse entendre. Enfin je crois. Je n’ai lu que la version française, qui ne laisse pas vraiment d’équivoque. Mais surtout, le contexte de rédaction est éloquent.

À titre indicatif, Isaac Asimov déplorait que son collègue fût aussi facilement influençable (ouais, j’aime l’imparfait du subjonctif). Ancien militaire de la Navy et marié à une ancienne militaire de la Navy, ses opinions républicaines, tendance militariste, ne faisaient en 1959 aucun doute. En fait, la publication d’Étoiles, garde-à-vous! (et je ne comprendrai jamais le pourquoi de certaines traductions d’œuvres de SF en français) constituait la réponse de l’auteur à ses collègues, qui le taxaient de conservatisme suite à sa prise de position contre le National Committee for a Sane Nuclear Policy.

Pour le contexte, il faut savoir que 1958 marqua en quelque sorte une pause dans une course effrénée aux essais nucléaires états-uniens et soviétiques (pause à laquelle l’évolution de la question cubaine et celle de la guerre du Vietnam vinrent mettre un terme au tout début des années 1960; le passé simple, c’est bien, aussi). Or, la guerre froide étant toujours d’actualité, le couple Heinlein était de ceux qui estimaient que la supériorité nucléaire constituait une nécessité dans la lutte larvée contre le gouvernement de Moscou.

Le roman de Heinlein est donc pétri de sentiment anti-soviétique, militariste et pro-nucléaire revendiqué: ce n’est pas un hasard si la Terre est dirigée par un gouvernement de vétérans ou que les Arachnides ont une structure-ruche (caricature souvent usitée pour représenter le fonctionnement d’un État communiste à l’époque). Le début du récit est d’ailleurs particulièrement éloquent: on y voit le commando de Johnny intervenir sur une planète habitée par des alliés des Arachnides, les Squelettes, que la Terre tente d’arracher à leur alliance par la force (pour rappel, 1959, c’était le début d’une phase particulièrement violente dans la guerre du Vietnam; l’imparfait tout court a moins de classe, mais c’est utile quand même).

La tonalité a complètement changé dans le film de Verhoeven, qu’il ait considéré l’œuvre d’Heinlein au second degré ou ait volontairement choisi de la biaiser. On a de fait un film critique des dérives du militarisme et, dans une certaine mesure, de l’impérialisme. Le tout en suivant le déroulé général du récit avec une relative fidélité. En fait, les divergences avec l’original sont d’ordre ponctuel: les Squelettes sont absent du film, de même qu’il n’y aucune allusion à d’autres formes de vie intelligentes dans cet univers; l’origine de Johnny Rico (philippin dans le roman) a aussi été modifiée, pour en faire un Argentin; les exosquelettes de l’infanterie mobile (équipés d’un armement nucléaire, si mes souvenirs sont bons; on y revient) ont aussi purement et simplement disparu (et ce n’est peut-être pas plus mal, quand on voit l’usage qui en a été fait dans Starship Troopers 3). Sans que ça change grand-chose au déroulé général, au final.

En temps normal, on considère qu’un film est une bonne adaptation quand il respecte l’esprit général de l’œuvre originale, plutôt que le déroulement littéral de son histoire. Or, Starship Troopers version Verhoeven fait l’inverse, ce qui fait qu’on devrait la considérer comme une « mauvaise » adaptation… et pourtant un très bon film (du coup, un certain nombre de fans du roman le conchient). Comme quoi, détourner un récit de sa vocation pamphlétaire originelle vers une vocation inverse peut donner quelque chose d’assez brillant.

Et ça tient, à mon humble avis, à deux choses. D’une part, le talent du cinéaste, qui avait alors une carrière pour le moins remplie d’œuvres iconoclastes (qu’on songe à La Chair et le sang, RoboCop ou Total Recall; pour lequel la démarche avait été inverse vis-à-vis de l’œuvre d’origine, d’ailleurs). D’autre part, l’air du temps: en 1997, une demi-douzaine d’années s’étaient écoulées depuis la fin de la guerre froide et la parabole du danger communiste n’avait plus grand sens; celle du militarisme et de l’impérialisme, en revanche…

Quoi qu’il en soit, je vous invite, si ce n’est pas déjà fait, à voir le film et lire le roman, qui constituent les deux facettes d’un même récit. Essayez aussi de lire En terre étrangère, c’est un vrai monument de la SF des années 1960 (au même titre que Dune de Frank Herbert). Par contre, les suites de Starship Troopers, vous pouvez vous abstenir (à part peut-être l’anime CGI Starship Troopers: Invasion, qui n’est pas trop mauvais).

Au revoir; à bientôt.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. VpV dit :

    Ce film, quoi. Lorsque Carmen, avec une candeur exagérée, gare son croiseur en faisant un créneau de l’hyperespace millimétré… 20 ans après, j’en pouffe encore de rire. ;D

    Aimé par 1 personne

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