Rival Schools a 20 ans

Lorsque la baston en 3D a commencé à s’imposer dans le paysage vidéoludique des versus fighters (en gros vers le milieu des années 1990), Capcom a caressé comme d’autres l’idée de s’y mettre à son tour, en utilisant le système ZN-1 élaboré en collaboration avec Sony. D’abord avec Street Fighter EX, qui, bien qu’apprécié par un certain nombre de joueurs, ne faisait visuellement pas le poids face à des Tekken ou Virtua Fighter 2. Puis avec le premier Star Gladiator, qui lui n’avait même pas l’étiquette « Street Fighter » pour attirer le chaland. Et ensuite, sur ZN-2 (en gros, une version RAM-boosted du premier), avec Rival Schools: United by Fate (ou Justice Gakuen: Legion of Heroes dans sa version originale), présenté comme une sorte de spin off de Street Fighter Zero 2, qui tournait plutôt bien en arcade à l’époque (du moins chez les initiés), vu que Hinata Wakaba, l’une des principales protagonistes, était présentée comme une amie de Sakura Kasugano (laquelle était d’ailleurs jouable; dans la version PS1, du moins).

La ville d’Aoharu connaissait une recrudescence de la criminalité juvénile, avec une multiplication des disparitions de jeunes gens. Les figures éminentes des bahuts locaux avaient donc décidé de mener leur petite enquête. En se foutant sur la gueule au passage, parce que sinon, c’est pas drôle.

Un gros plot de nanar, qui n’est pas sans rappeler celui de Last Bronx, sorti un peu plus d’un an avant. Mais hé, c’est un jeu de fight: le scénar’ n’est là que pour le prétexte, la décoration. D’autant que, vu la gueule des persos, il était évident pour tous que le but n’était clairement pas de se prendre au sérieux.

Chacun était en effet une petite caricature ambulante, issue d’un bahut archétypal: Gorin était un lycée spécialisé dans les filières sport-étude, donc il fallait que ses persos soient joueur de baseball, volleyeuse et footballeur; Gedo était réputé pour ses racailles et c’était donc ce qu’étaient Akira, Edge et Gan; Pacific était le bahut des expat’, donc que des États-uniens; etc.

Même le trio de personnages principaux se tapait une répartition nekketsuenne et streetfighterienne (neologism achievement unlocked): Batsu  était un karatéka tête-brûlée à boule-dragon, Hinata une martialiste enjouée rapide et percussive et Kyôsuke un combattant calme et sérieux aux coups tranchants. Une trinité narutesque avant l’heure, quoi.

Niveau gameplay, c’était un peu le jeu des compromis. La 3D marchait à fond sur le moment, mais c’était sur la 2D qu’on savait briller? Eh bien le jeu fut un hybride entre 2.5D et vraie 3D, avec un gameplay à la Street Fighter Zero et pourtant des éléments de gameplay inspirés de Virtua Fighter (à la manière de Street Fighter EX). La mode du tag battle battait son plein, mais le 1 vs. 1, c’était cool aussi? Eh bien le jeu fut un hybride entre les deux, avec une double sélection de perso en début de partie, le premier servant de fighter et le second de striker, sachant qu’on pouvait alterner entre chaque round.

Cela servait de prétexte à des furies en coop’ parfois spectaculaires et souvent hilarantes, quand elle ne lorgnaient pas carrément vers le clin d’œil méta. Genre celle d’Akira qui, dans sa version dé-casquée, se permettait avec son ou sa partenaire du moment de copier/coller l’enchainement synchronisé de Shinji & Asuka dans l’épisode 9 d’Evangelion (diffusé deux ans auparavant mais encore tout frais dans les esprits).

Après, il faut aussi être franc: niveau équilibre, ce n’était pas tout-à-fait ça, avec quelques persos totalement pétés. Comme Kyôko, l’infirmière du lycée Justice (celui qui justifiait le nom original du jeu). Et les deux bosses, mais ça, on commençait à avoir l’habitude (surtout si on lorgnait du côté de chez SNK).

Niveau graphisme, ce n’était pas non plus fête. Le ZN-2 n’était déjà clairement pas à la hauteur de la toute récente Model 3 de Sega, et s’il rivalisait sur le papier avec le System 12 de Namco (avec lequel il partageait beaucoup sur le plan technique, vu qu’ils étaient tous deux inspirés de l’architecture de la première PlayStation), force est de reconnaître que le rendu 3D de Rival Schools était assez moyen, même pour son époque (pour rappel, Tekken 3 et Virtua Fighter 3 étaient sortis l’année d’avant).

Par contre, niveau sonore, ça pétait grave, que ce soit au niveau vocal ou musical, l’ensemble donnant clairement l’impression qu’on était en plein dans une franchise d’animation (ce qui n’était pas le cas). Les musiques du lycée Taiyo, en particulier, avaient un excellent rendu et sont certainement les plus iconiques du jeu.

Celui-ci a été porté sur PlayStation en 1998, puis de nouveau dans une version améliorée l’année suivante. Et c’est tout. Il a ensuite eu droit en 2000 à une suite, Moero! Justice Gakuen (renommée Project Justice en Occident), sortie sur Sega Naomi avant d’être portée sur Dreamcast. Et c’est tout. Ce qui est quand même très short quand on connaît la richesse du background de cette franchise. Mais ça ne veut pas dire, pour autant, que son influence se limite à ces seuls jeux.

Déjà, les personnages se sont exportés vers certaines séries de cross-over de Capcom: Kyôsuke figure dans le roster de Capcom vs. SNK 2, Batsu apparaît dans celui de Tatsunoko vs. Capcom et Akira aurait dû (avec Batsu) se retrouver dans celui du projet avorté Capcom Fighting All-Stars. Batsu (encore lui) a plus récemment tapé l’incruste dans le T-RPG Project X Zone de Namco.

Ensuite, la franchise a connu, au moins au Japon, un succès d’estime tel qu’il en a influencé un certain nombre de créateurs, parfois dans des domaines qui n’ont strictement rien à voir (comme le manga Love Hina, qui doit son nom au personnage de Hinata Wakaba). Difficile, par exemple, de ne pas voir la pâte de Rival Schools à travers le manga Ken-ichi, le disciple ultime (dont la version animée, co-produite par Capcom, a fait l’objet d’une adaptation en jeu de baston en 2007 sur PS2, comme par hasard).

Rival Schools, plus qu’une série avortée de jeux de combat, est un instantané de culture pop japonaise, avec ce que ça peut impliquer de kitch et d’humour un peu débile. Mais si la franchise est a priori morte, elle aura au moins laissé une trace palpable par son influence ultérieure et une petite communauté de fans qui continue de réclamer le retour de certains persos dans les jeux de combat Capcom (j’imagine mal Shôma ou Roberto s’intégrer ailleurs, mais pour des persos comme Akira ou Roy, ça peut passer à peu près n’importe où, même dans un Street Fighter).

Au revoir; à bientôt.

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