Justice League

La poubelle est une invention du préfet éponyme, qui joua évidemment un rôle très important dans la généralisation dudit récipient à couvercle dans les rues de Paris, durant la seconde moitié des années 1880. Un outil depuis largement entré dans notre quotidien, en dépit des quelques oppositions d’origine, qui ont entretemps été balayées: nul (ou presque) ne conteste plus l’utilité de la poubelle. Ce qui nous amène à cette question fondamentale: doit-on y jeter Justice League, pour qu’il y rejoigne Suicide Squad?

Ah, je préfère prévenir: je ne vais pas me gêner pour spoiler.

Superman est mort. L’ennui, c’est que Batman a l’air de galérer pour compenser, malgré l’appui de Wonder Woman. D’autant que c’est le moment qu’a choisi pas-Sauron pour revenir sur la Terre-pas-du-Milieu après en avoir été chassé, cinq mille ans auparavant, par une coalition d’amazones, atlantes et humains, soutenus par les derniers dieux. Pas-Sauron est à la recherche de trois pas-Tesseracts, et a mis la misère aux deux premiers peuples pour récupérer ceux qui se trouvaient sous leur garde. Désespérant d’en venir à bout, Batman et Wonder Woman essaient de convaincre d’autres surhumains de les rejoindre: pas-Quicksilver, pas-Poseidon et pas-RoboCop.

Bon bon bon… par où commencer… disons, les points positifs? La photographie est plutôt cool. Voilà. Pour le reste, ça va du mitigé au mauvais, sans être non plus aussi catastrophique que Suicide Squad. Difficile de le comparer avec le décrié Batman v. Superman, vu que la tonalité s’avère au final assez différente: le premier cross over du DCEU s’essayait (naïvement) à décrire la réaction de l’humanité à l’apparition d’un être divin, réaction qui allait de la tentation du contrôle à la tentative (réussie) de destruction, en passant par le « OSEF, il nous protège, reste cool » et l’idéalisme béat. Mais sa « suite » semble, elle, surtout tourner autour de l’idée de l’unité devant la menace.

Pour être plus précis, le film a la même consistance, sur ce point, qu’Avengers: il s’agit de rassembler une équipe composée de gens balèzes aux sentiments contradictoires face à une attaque venue d’un autre monde. Sauf que… ben… à part Aquaman qui fait son kéké pour la frime, tout le monde semble d’accord dès le départ pour collaborer (conditionnellement). Donc, le rassemblement ne peut décemment pas servir d’enjeu. À la limite de McGuffin, mais c’est bien tout. Il a donc fallu trouver autre chose, et cet autre chose, c’est le retour de Superman.

L’enjeu principal du film est donc sa résurrection; ce qui du coup nique un peu la finition du build up de l’équipe, puisque le Kryptonien peut a priori venir à bout tout seul de la menace (non sans difficulté, certes), les autres ne servant que de faire valoir (à part à la limite Cyborg, pour sa connaissance technique des pas-Tesseracts). D’ailleurs, tout est fait, soit par la mise-en-scène, soit par le texte, pour montrer combien Superman est un meilleur super-héros que tous les autres membres de l’équipe: il est plus efficace que Flash pour évacuer les victimes (et apparemment tout aussi rapide), plus « humain » et meilleur leader potentiel que Batman du propre aveu de ce dernier, plus « symbolique » que Wonder Woman (toujours d’après Bruce Wayne) et capable d’encaisser les chocs énergétiques aussi bien si ce n’est mieux que Cyborg; le seul qui échappe à la comparaison est Aquaman, mais rien dans ses performances au combat ne laisse entendre qu’il pourrait rivaliser avec Superman (d’ailleurs, il galère avec Wonder Woman pour gérer Steppenwolf).

Si bien qu’on en arrive à cette simple conclusion: la Justice League ne se forme que pour pouvoir ressusciter Clark Kent, et occuper le bad guy le temps que le taulier vienne régler toute cette histoire. Ce qui crée quelque part une dissonance, donnant l’impression que le film a le cul entre deux chaises… et c’est effectivement le cas.

Commencé par Zack Snyder, ce dernier a dû, après avoir réalisé la majeure partie du film, céder sa place à Joss Whedon, suite à un drame familial. Sachant que les producteurs ont vraisemblablement mis leur grain de sel aussi dans le montage final. Si bien qu’on a au sein d’un même film plusieurs films qui se télescopent; pas de manière aussi caricaturale que dans Suicide Squad, mais le fait est que le film prend des tonalités très différentes, voire contradictoires: par moment, c’est Avengers version DC; par d’autres, c’est Man of Steel 3 ou Batman v. Superman 2; et parfois, c’est même un nouvel ersatz de LotR.

De fait, le film est assez mal rythmé, et par moments même assez chiant, car il semble que chacun avait une vision différente de ce qu’aurait dû être le produit fini. C’est une chose assez courante à Hollywood, on est bien d’accord, mais dans ce cas précis (comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs), les ambitions semblent avoir été suffisamment contradictoires pour obtenir à l’arrivée un scénario brinquebalant.

Lequel n’est pas sauvé par la dimension musicale: rien de mémorable ici, juste du recyclage de thème des deux précédents films de Snyder. Idem pour le jeu d’acteur: Gal Gadot n’est pas à la hauteur de ce qu’elle avait donné sous la direction de Patty Jenkins, Henri Cavill et Ben Affleck semblent ne pas en avoir grand-chose à foutre, et Ezra Miller… ne tient simplement pas la comparaison avec Grant Gustin. Je sais qu’il s’agit de deux types de média différents, que ce n’est pas vraiment comparable, et qu’en plus on avait déjà plus ou moins rencontré ce problème avec des personnages de Suicide Squad (encore), mais le fait est que, quand on a le Barry Allen du Arrowverse en tête, on a un peu de mal à trouver de la crédibilité à celui du DCEU (surtout quand on nous le montre en train de courir). En faire le comic relief du groupe, pourquoi pas, mais il y avait certainement meilleure façon de le traiter. Les autres acteurs sont soit dans du non-jeu (Amy Adams, pour ne citer qu’elle), soit dans du gros cabotinage (Jason Momoa, pour ne citer que lui).

Quant-aux SFX… ouille. Bon, ce n’est pas non plus complètement à chier, et ce n’est pas foncièrement pire que ce qu’on avait vu sur Batman v. Superman ou Wonder Woman… mais ces derniers avaient justement été bien critiqués sur ce point. La CG a quasiment dix ans de retard sur la concurrence super-héroïque, que ce soit chez Marvel Studios ou 20th Century Fox.

Dernière chose: je l’ai vu en VF, donc je ne sais pas si c’est du fait de la traduction, mais tout ce qui ressemble à une punchline tombe à plat. Plus généralement, d’ailleurs, tout ce qui ressemble à une tentative d’humour tombe à plat. À part le coup du « le super pouvoir de Batman, c’est son pognon » mais ça fait bien trente ans que la blague tourne chez les fans de DC (voire plus).

Bref, c’était décevant, surtout après le Wonder Woman du semestre précédent. Mais ça reste quelque part dans la lignée de Batman v. Superman, en moins cohérent, globalement (je parle de cohérence artistique générale, pas des scenarii; qui se valent sur ce point).

Au revoir; à bientôt.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. La Warner aurait dû attendre avant de pondre ce produit. Tout n’était pas réuni pour que ce soit une réussite.

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    1. tommyloser dit :

      On ne peut plus d’accord: c’était très prématuré. J’ai dans l’idée que les pontes ont pesé de tout leur poids pour que le film sorte au plus vite, histoire de concurrencer le MCU, sans se soucier de ce que ça impliquait réellement derrière. Maintenant, faut voir ce que les films sur Flash et Aquaman vont donner: de leur réussite dépendra peut-être celle de Justice League 2 (s’il voit le jour).

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    2. Perso je lâche le DCEU, marre que l’on prenne les gens pour des « cons »ommateurs.

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