Shining Force III a 20 ans

… ou pour être plus précis, c’est il y a 20 ans qu’est sorti sur Saturn au Japon le premier scénario de la trilogie Shining Force III, réalisé par Camelot pour le compte de Sega. Il s’agissait du nouvel avatar d’une série qui comptait alors déjà cinq épisodes et demi (moui) sur Megadrive et Game Gear (le « demi » étant pour Shining Force CD, compilation des remakes des deux premiers épisodes Game Gear). Sachant que je ne parle là que du pendant « Shining Force » de la franchise Shining, vu qu’il y avait aussi eu des épisodes en RPG/Dungeon Crawler (Shining in the Darkness sur Megadrive et Shining the Holy Ark sur Saturn) ou en A-RPG (Shining Wisdom sur Saturn; qu’on peut oublier parce qu’il est très bof, en plus d’être moche). Bref. Cet épisode III était pour le moins attendu par les fans de la saga à l’époque.

Il y avait déjà longtemps que la jeune République d’Aspinia et le vieil Empire de Destonia s’affrontaient lorsque des perspectives de paix commencèrent à se dessiner. Dans la cité neutre de Saraband, aux confins de l’Empire, des pourparlers réunissant le roi Benetram et l’empereur Domaric devaient aboutir à la fin de la guerre. Las, l’empereur fut enlevé par un roi-imposteur pour le compte du mystérieux culte de Bulzome, une secte hérétique particulièrement violente. Vous étiez Synbios, fils du seigneur Conrad, épéiste émérite au service de la République, accompagné du chevalier Dantares, de la magicienne Masqurin et de la prêtresse Grace, chargé de la protection du roi Benetram. Ce qui n’était plus vraiment une mince affaire, vu qu’il vous fallait désormais faire face au culte de Bulzome comme aux impériaux, persuadés que Benetram était réellement impliqué dans le complot contre l’empereur. Sachant que ni la République, ni l’Empire, n’étaient un tout uniforme, et que les factions s’y entre-déchiraient.

Enfin ça, c’est pour le Scenario 1. Le Scenario 2, sorti en avril 1998, vous mettait lui dans la peau de Medion, dernier rejeton de l’empereur et cherchant à sauver son père, dans les circonstances décrites plus haut. Ce qui impliquait de croiser régulièrement le chemin de Synbios, votre rival républicain. Quant-au Scenario 3, sorti en septembre 1998, il vous faisait incarner Julian, compagnon d’armes de Synbios puis de Medion, ennemi juré des Vandals, êtres démoniaques dont Bulzome était un éminent représentant.

Shining Force III – Scenario 1 (ou Shining Force III tout court chez nous) n’était évidemment pas le premier T-RPG sur Saturn (qui devait être, de mémoire, Riglord Saga), mais il était à sa sortie l’un des meilleurs disponibles sur le marché, rendant honneur à sa franchise après le très apprécié Shining the Holy Ark.

Sans être particulièrement exceptionnelle, l’histoire tenait la route selon les standards de l’époque, et le système de combat, qui avait fait ses preuves sur Megadrive, continuait de faire le taf avec brio. Si, au départ, l’aspect tactique était quelque peu limité du fait du peu de personnages jouables, la possibilité de recruter progressivement de nouveaux membres pour la « Synbios Army » augmentait largement l’intérêt des combats. D’autant que, évidemment, le damier n’était pas plat et qu’il fallait tenir compte des dénivellations ou des divers obstacles, voire d’événements venant chambouler le sens d’une bataille. Genre comme devoir se retourner contre un allié devenu fou et s’attaquant à des réfugiés sans défense.

Niveau difficulté, on ne va pas se mentir: il y avait un temps d’adaptation, comme dans tout Shining Force qui se respecte, et l’usage d’une magie de Synbios revenait régulièrement: Return. Elle permettait de TP à l’église la plus proche, pour évacuer un champ de bataille perdu ou, plus pragmatiquement, faire de l’exp. L’exp ne s’acquerrait en effet qu’en combat, et il était récurrent de devoir refaire plusieurs fois la même bataille juste pour gagner un niveau suffisant afin de pouvoir tenir sur la suivante (laquelle devait être refaite plusieurs fois pour leveler, etc.). Outre ce joli doigt dressé à la cohérence, ça rendait le jeu par moment répétitif.

Sur le plan esthétique, le jeu continuait sur la lancée initiée sur Megadrive, avec de la fantasy 90ies extrêmement classique, mais efficace, à base d’elfes, nains, hommes-bêtes, centaures, etc. (un peu comme dans Dragon Force, en fait), sur fond de médiévalisme parfois mâtiné de steampunk. Sachant qu’à la musique, c’était Motoi Sakuraba (qui avait d’ailleurs officié sur Shining the Holy Ark auparavant), livrant peut-être ici les meilleures musiques de la saga Shining Force; cette opinion n’engage que moi, mais certains thèmes sont indéniablement mémorables.

Par contre, niveau technique… c’était déjà moins la fête. Alors, ce n’était pas catastrophique non plus, hein. Mais certaines magies avaient juste un rendu dégueulasse, même selon les standards de l’époque. Je songe en particulier aux magies de foudre bien crades. Quant-aux personnages, bah, si ça passait très bien sur le champ de bataille (en mode SD), dans les phases de combat rapproché, c’était assez… Lego. Après, on va relativiser en se disant que Final Fantasy VII, ce n’était pas mieux et c’était pourtant sur une machine plus facile à programmer et plus à l’aise avec la 3D. Les choses se sont de toute façon bien améliorées par la suite en la matière avec les Scenario 2 & 3.

Sauf que nous autres pauvres Européens n’en avons jamais vu la couleur. Bah ouais, de la trilogie Shining Force III, seul le premier épisode a eu droit à une localisation en anglais. Localisation d’ailleurs discutable sur pas mal de points. Outre un passage où les textes ont été manifestement mal intégrés (ils sont décalés par rapport aux personnages censés les exprimer, rendant le truc non-sensique), on notera que les noms propres ont été modifiés par rapport à la version japonaise. Je veux bien que Equal, Spirited, Arrogant ou Justice, ça fasse bizarre pour un anglophone, mais que je sache, ça n’a jamais posé de problème aux lecteurs de Robin Hobb.

Mais c’est surtout au niveau du doublage que la version anglophone était insupportable. Ce n’était pas grand-chose, c’est vrai: seules les attaques lors des combats étaient doublées. Mais justement, ce n’était pas grand-chose, et on comprend mal comment on a pu arriver à un résultat aussi lamentable pour si peu de travail à effectuer. Sachant que la pire de toutes les voix était celle de Synbios, donc le seul personnage qu’on avait obligation d’utiliser à CHAQUE combat. Heureusement, il y avait moyen de supprimer ça dans les options, mais malheureusement pas d’accéder au doublage original, nettement plus percutant.

Quoi qu’il en soit, Shining Force III – Scenario 1 n’est arrivé dans nos contrées qu’en juin 1998 (soit après la sortie de Shining Force III – Scenario 2 au Japon), quelques jours avant Panzer Dragoon Saga et à une époque où il était acquis que la machine était quasiment morte pour le continent européen; le dernier jeu PAL de la Saturn, Deep Fear, n’est sorti d’ailleurs que peu de temps après. Nous n’avions donc aucune chance de voir arriver une localisation des épisodes suivants. Même son de cloche en Amérique du Nord, où Shining Force III – Scenario 1 a peut-être été l’avant-dernier jeu de la machine, le dernier ayant été Magic Knight Rayearth (plus de trois ans après la sortie originale du jeu au Japon).

La vraie fin de l’histoire est donc restée jusqu’ici une exclusivité japonaise. En décembre 1998, soit trois mois après la sortie du Scenario 3, Sega sortit un « Premium Disk » qu’on pouvait obtenir en fournissant les preuves d’achat des trois épisodes. CD de bonus pour les fans, l’opération commerciale devait à l’origine être de courte durée, mais rencontra un tel succès qu’elle fut prolongée quelques années, signe de l’importance de la saga dans son pays d’origine.

Cependant, Shining Force III en est longtemps resté le dernier épisode. Car si la saga Shining n’a jamais été mise en dormance (avec plusieurs Action-RPG de qualité variable sortis depuis vingt ans, et même un jeu de baston très meh), son volet tactique a lui pris beaucoup de plomb dans l’aile. Si bien qu’en dehors des portages/remake des anciens épisodes, il aura fallu attendre la fin des années 2000 pour voir arriver un nouveau T-RPG estampillé Shining Force; uniquement au Japon et sans véritable espoir de postérité, puisqu’il n’y a pas eu (à ma connaissance) d’autre T-RPG sur la franchise après 2012 (le dernier en date n’étant même pas à proprement parler un Shining Force, puisqu’il s’agit de Shining Blade sur PSP).

Entre temps, Camelot s’est carapaté chez Nintendo, le développeur ayant beaucoup travaillé sur les consoles portables de la firme de Kyoto durant les deux dernières décennies. On lui doit notamment la série des Golden Sun, dans laquelle la pâte « Shining Force » est très palpable, sur le plan thématique comme sur le plan esthétique. Et qui est d’ailleurs une franchise morte, de nos jours. Monde de merde.

Au revoir; à bientôt.

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