Star Wars – Les Derniers Jedi

Comme à chaque fois qu’un film Star Wars sort, ce dernier s’est retrouvé catapulté, nonobstant ses éventuels défauts ou qualités, au rang de « film de l’année » avant même sa diffusion en salle. Inutile de revenir sur le blabla type « Star Wars, phénomène de société » vu qu’on en a bouffé à toutes les sauces sur tous types de média depuis plus d’une décennie (au passage, je conseille le visionnage de la comédie Fanboys). L’épisode VII, très inégal (mais meilleur que la « prélogie » quand même, faut pas déconner) nous avait laissé sur un final déconcertant, qui laissait pas mal de choses en suspens.

Et l’épisode VIII reprend, précisément, là où on s’était arrêté (ce qui est une première dans la série principale). La base résistante prépare son évacuation car à deux doigts de se faire attaquer par le Premier Ordre, Finn est dans les vapes suite à son duel perdu contre Kylo Ren et Rey a retrouvé Luke Skywalker. Le film va donc suivre ces trois « intrigues » connectées. D’abord la Résistance, qui tente d’échapper à ses poursuivants sous la férule de Leia Organa et de la vice-amirale Amilyn Holdo, puis Finn qui va tenter en compagnie de la résistante Rose de retrouver un hackeur de génie pour bousiller les traqueurs du Premier Ordre, et enfin Rey qui va essayer de rallier le dernier Jedi à la cause de sa propre sœur.

Ce film est… très différent de ce à quoi je m’attendais. Pas formellement, l’univers est globalement respecté (enfin, pas moins que dans l’épisode précédent, ou ceux d’avant). Mais en termes de scénarisation… j’avoue que je ne m’attendais pas à ça. En fait, c’est un peu comme si le film passait son temps à taunter son passif (un peu comme Thor 3, mais en plus bourrin).

Déjà, il accumule les tentatives de briser les mythes. Celui des Jedi, déjà, présentés comme une impasse: Luke est au bout du rouleau et va passer l’essentiel de son temps à dissuader Rey de suivre son chemin. Celui de la noblesse de la guerre menée par les ex-Rebelles, aussi: ce n’est pas que le Premier Ordre soit présenté comme moins nocif, mais on voit surtout pour la première fois dans la saga l’idée qu’il existe des profiteurs de guerre particulièrement opulents, des marchands d’armes qui œuvrent pour les deux camps, indifféremment.

La dualité de traitement qui existe entre Poe Dameron et Amilyn Holdo tend aussi à relativiser l’image véhiculée par la Résistance. Le premier, pilote exceptionnel, mène des coups d’éclat extraordinaires, mais au coût humain exorbitant. Cela n’a rien de nouveau dans la franchise, mais on ressent désormais fortement le poids des pertes humaines: l’héroïsme n’est non seulement plus le meilleur chemin vers la victoire, il est au mieux inutile, au pire contreproductif, et les stratégies suicidaires, pour une victoire temporaire, peuvent détruire l’espoir à long terme. Ce que Holdo tente justement de limiter… au prix d’autres sacrifices.

Laura Dern joue d’ailleurs son rôle à merveille et, en dépit de son peu de temps de présence à l’écran, s’inscrit comme une figure mémorable de la saga, au même titre que l’amiral Akbar (pour des raisons très différentes, d’ailleurs). Elle n’est d’ailleurs pas la seule actrice à sortir du lot: Benicio del Toro, qui joue DJ, est assez génial à sa façon. Il est l’image même de l’opportuniste égoïste mais pas nécessairement pourri jusqu’à l’os, une sorte de pendant négatif du Han Solo des épisodes IV et V, dont la démarche est précisément inverse.

Mais c’est surtout Mark Hamill qui porte le film sur ses épaules, jouant un Luke qui n’a rien d’un nouvel Obiwan et ne ressemble plus du tout à ce qu’il était dans l’épisode VI. Son idéalisme est mort avec son rêve de restaurer l’ordre Jedi et avec le départ de Ben Solo dans le camp ennemi. De fait, il est devenu une sorte de vieux sage cynique, qui rechigne à infliger à Rey le même destin, quand bien même serait-ce la seule solution pour sauver le rêve de Leia d’une nouvelle république pacifiée. Et quand bien même serait-elle la seule à pouvoir s’opposer à Kylo Ren et Snoke, du fait de son affinité pour la Force.

À ce sujet… si Kylo est plus intéressant que dans l’épisode VII (pas dur), Snoke semble en comparaison torché à l’arrache, comme une sorte de sous-Palpatine bâclé. Quant-à Rey, elle a toujours ce côté Mary-Sue désagréable, mais ne semble pas faire un usage disproportionné de la Force. Contrairement à Luke, qui devient une sorte de deus ex-machina ambulant. D’ailleurs, l’usage de la Force ou de certaines technologies « anciennes » a parfois tendance à coller des pains à la crédibilité et à la cohérence générale, puisque, en tant que spectateur, on en vient à se demander pourquoi ces « techniques » n’ont pas été employées plus tôt (ce qui aurait évité bon nombre de pertes dans le camp rebelle/résistant); après, on va pardonner ça parce qu’elles offrent des visuels parmi les plus iconiques du film, voire de la franchise.

Car, au niveau visuel, le film est un des plus réussis de la saga… sur son dernier tiers, du moins. Parce qu’avant, c’est assez décevant et sent beaucoup le déjà vu. Logique, pour les environnements clos des vaisseaux, mais beaucoup moins pour les planètes qui, à l’exception de la dernière, ne se différencient de la Terre que par deux ou trois espèces indigènes. Mais la planète Crait, au sol rouge recouvert de sel (qu’on voit dans les trailers) dégage clairement quelque chose, donne l’impression, qu’on est, effectivement, à l’autre bout de la galaxie; et ce même si elle est un peu traitée comme la planète Hoth de service (ce n’est d’ailleurs pas le seul aspect que l’épisode VIII partage avec l’épisode V).

Niveau musical, c’est… vraiment John Williams, à la compo? Parce qu’à part les vieux thèmes qu’on connaît déjà très bien, il n’y a pas grand-chose de mémorable ici. Comme dans l’épisode précédent, d’ailleurs. Idem pour les dialogues, qui à quelques fulgurances près sont très plan-plan. Ceci dit, ils sont aussi souvent contextualisés de manière à les tourner en dérision: l’idéalisme et les espérances qui se heurtent à la violence de la réalité constituent une sorte de comic relief récurrent, et parsèment le film d’une ironie lancinante.

On ne va pas se mentir, le film va faire grincer des dents et hurler certains: dans sa tentative de démolir méthodiquement le manichéisme classique de Star Wars en même temps que de jeter aux orties ses symboles les plus forts (cf le lightsaber de Luke/Anakin au début du film), il prend le risque de mécontenter. Toutefois, contrairement à ce qu’on a pu trouver dans la prélogie, il s’agit d’un risque calculé et volontaire. Dans la saga, il s’agit peut-être de l’épisode le plus proche de l’épisode V, tout en étant dans une certaine mesure son négatif (ce n’est pas un hasard si la scène qui rappelle la bataille de Hoth se déroule dans la dernière demi-heure). Film iconoclaste, il est de fait bien plus pertinent que son prédécesseur, qui lorgnait vers le « remake » du IV et débordait de fan-service plus ou moins subtil. Rien que pour ça, merci Rian Johnson. Même si le film souffre de certaines longueurs et de moments dispensables, qui cassent un peu son rythme au début.

Au revoir; à bientôt.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Rian Johnson propose quelque chose de neuf et qui prend à contre pied. Soit on aime les surprises, les risques… Ou pas…

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  2. j’ai beaucoup apprécié ce nouvel épisode (qui m’a fait vraiment beaucoup rire aussi) et partage intégralement ton point de vue et analyse 😀 !!

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