Recovery of an MMO Junkie

Des anime traitant avec plus ou moins de bonheur des MMO RPG ou proposant un univers de MMO, il y en a eu un sacré paquet, mine de rien. Depuis le succès d’estime de .Hack// et surtout depuis l’explosion consécutive au carton Sword Art Online, on a eu droit à de multiples titres aux accents divers, mais qui pour l’essentiel tournaient autour de deux thèmes: l’émergence de l’intelligence artificielle et l’isekai à tendance « romantique » (dans 90% des cas, un harem à la con). Eh bien pas ici. Genre, pas du tout ici.

Moriko Morioka (Mori-Mori pour les intimes) est une NEET de trente piges, célibataire et dotée d’un self-esteem qui doit se chiffrer en négatif. Au chômage après une douloureuse expérience de burn out professionnel, elle encaisse un nouveau coup dur quand les serveurs de son MMO préféré sont fermés (eh, chacun ses priorités dans la vie). Elle décide donc de se mettre à un nouveau free-to-play aux retours critiques prometteurs: Fruits de Mer (ouais; en même temps, c’est bien plus créatif que pas mal de titres réels). Et cette fois-ci, elle choisit d’incarner un personnage masculin, Hayashi, qui correspond plus ou moins à l’image qu’elle se fait du mec idéal. Au fil de ses pérégrinations, elle rencontre Lily, une healeuse, et intégrera la même guilde qu’elle. Et si tout s’y passe pour le mieux, il lui faut cependant aussi compter avec l’IRL, ce qui est moins la fête.

Et j’aime vraiment beaucoup cet anime. Déjà parce que, comme dit plus haut, ça tranche avec les productions du même genre, et pas seulement sur la façon d’aborder le MMO. Ici, l’univers de Fruits de Mer n’est que très superficiellement abordé, juste assez pour comprendre ses ressorts principaux (qui sont simplement ceux d’un MMO free-to-play lambda), l’histoire se focalisant sur les aspects relationnels et les difficultés que rencontre Moriko IRL. Car au fond, cette passion pour un MMO n’est que la manifestation de l’incapacité de cette dernière à s’accepter.

Paradoxalement, et contrairement à ce que sous-entend le titre international, c’est le fait d’y jouer et d’y croiser certaines personnes (qu’elle va également rencontrer plus ou moins accidentellement à proximité de chez elle, comme le hasard fait bien les choses) qui vont l’aider à sortir de sa coquille, et notamment la personne qui joue Lily. Loin d’être la cause de ses maux, Fruits de Mer passe progressivement du statut d’échappatoire à celui de connecteur salvateur, de créateur d’un lien social qui se serait délité s’il n’avait existé; ce qui prend totalement à rebrousse-poil le discours moralisateur qu’on entend régulièrement sur ce genre de jeu; et c’est fondamentalement une bonne chose.

L’anime évite par ailleurs un certain nombre d’écueils, comme la rivière de larmes débordant de pathos qu’on aurait pu attendre à une certaine époque sur ce type d’histoire (il va moins loin que ReLIFE, par exemple), ou l’exagération du côté désespérant de la vie recluse de quelqu’un qui se considère ouvertement comme une ratée. L’anime insiste finalement peu sur ces aspects, qu’il tourne souvent à la dérision (voire l’auto-dérision), et bien qu’on nous montre une Moriko aussi négligée que complexée, il insiste justement sur la façon dont elle réussit à garder la tête hors de l’eau grâce au MMO tout d’abord, puis grâce à la personne qui joue Lily, et qui n’est pas vraiment ce à quoi elle s’attendait.

À ce sujet, j’avoue que je n’ai pas trop compris le concept du « c’est la honte de jouer un avatar qui n’est pas de son genre » ; de ma modeste expérience des MMO, il n’est pas rare que le genre de l’avatar ne corresponde pas au genre du joueur ou de la joueuse; et tout le monde s’en fout dans la très grande majorité des cas. Après, je ne sais pas ce qu’il en est au Japon, c’est peut-être une spécificité locale; mais je pense plutôt que c’est Moriko qui se fait son petit film et s’ajoute un complexe supplémentaire (comme si elle en avait besoin, la pauvre).

Il s’agit d’un personnage profondément attachant, qui, comme le reste, tranche avec ce qu’on trouve habituellement en perso principal d’une série traitant de MMO: il s’agit d’une femme ayant déjà une expérience (malheureuse) de la vie professionnelle, si bien qu’au fond, plus que la thématique du MMO à proprement parler, c’est celle de sa résilience par le MMO et les gens qu’elle y rencontre qui constitue la colonne vertébrale de l’histoire, rythmée par les classiques events, donjons, farms et longs moments passés à discuter en ligne avec ses potes.

Après, formellement, la série n’est clairement pas exempte de défauts. Elle est certes loin d’être aussi dégueulasse que certains trucs auxquels on a pu avoir droit, mais elle n’a rien de bien exceptionnel, que ce soit en termes de design ou de réalisation: dans l’ensemble, c’est vraiment très quelconque et sans grande identité. Idem pour la musique, qui n’est en rien mémorable. Quant-à la narration en tant que telle, elle s’appuie principalement sur des ressorts bien rodés propres aux rom-com (quiproquos ou autres). Donc autant dire que tout ça fleure bon le déjà-vu.

Au fond, j’ai bien conscience d’avoir affaire à une romance tout ce qu’il y aurait de plus classique dans un drama, et que je ne l’apprécie vraiment que pour son rapport à un genre de jeu que j’aime particulièrement; et aussi parce que Moriko est un personnage très attachant, auquel il n’est pas difficile de s’identifier pour peu qu’on ait une expérience pro désagréable derrière soi. Mais ce n’est certainement pas la rom-com de l’année.

Au revoir; à bientôt.

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